Après le retrait d'Israël, qui n'a gardé que trois lopins, la donne change. Il devient possible de dégager le Liban du pétrin régional. L'armée et la Finul sont déployées à la frontière, conformément à cette 1701 qui consacre la souveraineté et les droits de l'État libanais, tant à l'intérieur que face à ses voisins. Rien n'empêche dès lors que les États-Unis, la communauté internationale et l'Union européenne, qui ne cessent d'affirmer leur plein soutien au Liban, ne volent à son secours pour le libérer de la présence occupante israélienne. Ce qui conforterait du même coup sa stabilité interne.
En bonne logique, les gouvernements amis et l'ONU devraient se focaliser en priorité sur le volet libanais, plus facile à traiter, dans le prolongement de la diplomatie de Kissinger, adepte du pas par pas. Cette ligne de conduite avait débouché sur les accords de Camp David entre Israël et l'Égypte puis de Wadi Arba entre la Jordanie et Israël. Les accords d'Oslo entre Palestiniens et Israéliens n'ont pu être appliqués, car les radicaux palestiniens les ont torpillés. En tout cas, lier tous les volets, c'est fixer la barre trop haut et rendre la solution de chacun d'entre eux quasi impossible.
D'autant qu'Israël refuse toute paix globale avant que sa sécurité soit absolument assurée, à l'intérieur encore plus qu'aux frontières. Il fait valoir que la conclusion d'un traité de paix ne serait qu'un trompe-l'œil, tant qu'il subsiste des groupes arabes subversifs hostiles à la paix. Des partis, des cellules, qui montent, contre lui, des opérations militaires ou des attentats, sur son territoire ou ailleurs.
Mais cette logique même de la sécurité avant la paix, les pays amis du Liban peuvent l'utiliser pour porter Israël à restituer Chebaa, Kfarchouba et Ghajar. En faisant valoir que s'il veut sécuriser solidement sa frontière nord, il n'a qu'à se retirer, pour rétablir la convention d'armistice de 1949. Aux termes de laquelle la zone frontalière est, en profondeur, sous contrôle de forces régulières, le no man's land étant sous surveillance étroite de l'ONU. Le calme régnerait alors au Liban-Sud ; tout comme il n'est jamais troublé sur le Golan syrien occupé.
Il convient de souligner que ce retour à la convention d'armistice de 1949 est ordonné par le pacte de Taëf. Le texte réclame l'exécution de la 425, intervenue onze ans plus tard, le respect de la convention du 23 mars 1949 après libération totale du territoire, l'établissement de la souveraineté de l'État libanais sur l'ensemble de son territoire, le déploiement de l'armée à la frontière, et le renforcement de la Finul.
Théoriquement, la réhabilitation effective de la convention de 1949, après libération, signifie que l'armement du Hezbollah, et a fortiori des Palestiniens du Liban, n'aurait plus lieu d'être. L'État libanais resterait seul armé sur son territoire où il établirait le règne de la loi. Il n'y aurait plus de soi-disant périmètres de sécurité qui ne sont que de mini-États dans l'État. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, et l'on se demande si Israël a intérêt à dégager le Liban, carte de pression et de négociation pour lui comme pour d'autres, du bourbier régional.

