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Nos lecteurs ont la parole

Lettres à une mère inconnue

Ces deux lettres ont été écrites par des enfants devenus adultes, l'un en France, l'autre belge. Nés de parents libanais inconnus, ils sont toujours à leur recherche et tiennent à leur signaler qu'ils existent. 
Maman,
Je t'écris cette petite lettre pour te dire plusieurs choses.
La première, je ne suis pas devenu un voyou. Je n'ai jamais tué ni volé. J'essaie d'élever mes trois enfants du mieux que je peux.
La deuxième, je pense que ça a dû être dur pour toi de m'abandonner, et je sais que pour toi, il est très difficile de me rechercher. Je voudrais simplement te demander, si tu es encore en vie, de me le faire savoir par l'intermédiaire du journal, et si ce n'est pas trop, de m'envoyer une photo de toi, toujours par le journal ou par la crèche Saint-Vincent-de-Paul.
J'espère que tu comprends ma démarche et je souhaite vraiment que tu me répondes.
Une dernière chose, enfin. Je n'ai pas été malheureux avec mes parents, mais il y a un vide, un manque dans mon histoire. Je voudrais remplir ce blanc historique. S'il te plaît, écris-moi.
Ton fils à qui tu manques.

Laurent HAMON,
né Gabriel Dabla

***
Que l'on soit enfant de l'amour, enfant de l'oubli, le fruit d'un amour intense, la trace d'un moment d'égarement ou de violence, nous sommes sans patrie de mère !
Enfant adoptée par des Belges, travaillant au Proche-Orient pour une organisation internationale œuvrant pour la paix et l'ouverture de certaines mentalités, venant en aide aux démunis... aux rejetés aussi, aux sans-patrie ...
Je me suis donc mise à les suivre depuis le premier jour de mon adoption.
Suite à mes documents, il aura fallu 6 mois de vie dans la crèche pour qu'on daigne me « relâcher ». La cause ? Personne ne le sait ...
Je les ai suivis pendant presque 30 ans, commençant ma vie de femme à l'âge de 30 ans, l'âge de raison, de déraison sans doute... veillant sur eux, sur leur santé. Je les ai accompagnés jusqu'au lieu ultime de l'adieu. Mes parents adoptifs m'ont donné et transmis ce qu'ils avaient et pouvaient, selon leurs moyens et éducation.
On apprend dans la souffrance, cette souffrance fortifie les comportements, nous fait grandir aussi.
Pourquoi faut-il passer par ces moments difficiles alors que tout pourrait nous être offert sur un plateau d'argent ?
Enfant « bâtarde » dite de la honte au Liban, je le suis. Après 41 ans de questions, je me suis décidée à franchir ce pas. D'où suis-je donc originaire ? Des envies de recomposer mon puzzle de vie, d'assembler la pièce manquante de mon échiquier de vie.
L'envie de comprendre mes manques affectifs, mes douleurs, mes questions sans réponses aussi...
Un abandon, un rejet vous suit tout le long de votre vie. Le tout est de parvenir à se satisfaire de ce que l'on raconte, de ce que l'on sait, ne sait pas.
Retour aux sources, à la case départ, se laisser envahir par les émotions, les accepter aussi. J'ai envie d'aller à la rencontre de mon passé, à ma rencontre.
L'envie de renaître de mes cendres, me faire toute belle pour ce renouveau, changer de peau, me laver de cette honte qui habite les esprits, prouver aux autres nos capacités à vivre tout simplement comme les autres, sans gêne ni honte de ce que nous sommes, étions, serons. Comment avancer, vivre, grandir, alors que nous n'avons jamais existé aux yeux du Liban ?
J'ai tellement envie de me laver de cette honte et d'aller à sa recherche. Pour la rassurer aussi : oui, je suis bien là, à l'abri de ces regards, jugements si lourds à porter après toutes ces longues années.
Je recherche Salimé, Dekouané, crèche Saint-Vincent-de-Paul, Beyrouth, Liban, 1964. Une mince aiguille dans un tel pays.
J'aimerais la voir, la rencontrer et lui parler, juste connaître mon histoire, celle qui fut la nôtre pendant 9 mois, je ne veux rien d'elle sinon ma pièce manquante afin de pouvoir enfin terminer ce puzzle qui ne se recolle pas
Je la laisse faire son choix de décision par rapport à sa vie actuelle, je ne veux en aucun cas la mettre en danger, juste avoir accès à ma vérité.

Leila B. JASSEM
Une enfant qui n'a pas honte de ses origines
Maman,Je t'écris cette petite lettre pour te dire plusieurs choses.La première, je ne suis pas devenu un voyou. Je n'ai jamais tué ni volé. J'essaie d'élever mes trois enfants du mieux que je peux.La deuxième, je pense que ça a dû être dur pour toi de m'abandonner, et je sais que pour toi, il est très difficile de me rechercher. Je voudrais simplement te demander, si tu es encore en vie, de me le faire savoir par l'intermédiaire du journal, et si ce n'est pas trop, de m'envoyer une photo de toi, toujours par le journal ou par la crèche Saint-Vincent-de-Paul. J'espère que tu comprends ma démarche et je souhaite vraiment que tu me répondes. Une dernière chose, enfin. Je n'ai pas été malheureux avec mes parents,...
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