En effet, et lorsque l'on récapitule dans les détails le cours des évènements, l'on peut comprendre que les multiples incidents qui se sont enchaînés au cours des dernières semaines ne sont pas nécessairement liés, comme l'on serait tenté de le croire, et ne devraient certainement pas avoir des répercussions au-delà de leur contexte immédiat.
Tout a commencé lorsque les Israéliens ont décidé de contrôler une zone considérée comme un « no man's land » dans la région de Kfarchouba pour y installer un poste militaire. Du côté libanais, cette avancée israélienne a été considérée comme un véritable acte de provocation puisque cette région, située au-delà de la ligne bleue, fait l'objet, depuis un certain temps, d'un contentieux entre les deux parties libanaise et israélienne, qui réclament chacune la souveraineté sur ce bout de territoire. Cette initiative « aurait été prise à un niveau individuel par un officier israélien qui cherchait probablement à se faire remarquer par sa hiérarchie militaire », selon les dires d'un responsable proche de ce dossier qui tente de minimiser la portée de cette incursion. Celle-ci n'en a pas moins suscité le courroux de certains habitants de Kfarchouba qui ont vu d'un mauvais œil cette violation du statu quo qui prévalait jusque-là. Selon une source informée, le député baassiste prosyrien Kassem Hachem posséderait à lui seul plusieurs lopins de terre dans cette localité. Ce serait d'ailleurs la raison pour laquelle ce dernier, accompagné du président de la municipalité de Kfarchouba et de quelques habitants du village, aurait pris le risque de s'aventurer dans cette zone pour y planter le drapeau libanais et celui du Hezbollah, histoire de marquer son territoire, défiant ainsi les soldats israéliens qui se sont abstenus de tirer en voyant que le groupe en question n'était pas armé.
Ce premier incident, considéré comme une violation par la partie libanaise, a déclenché toute une série de conséquences, notamment pour les unités de la Finul, qui ne pouvaient intervenir dans une zone située en dehors de la ligne bleue sans dépasser les prérogatives prévues dans leur mandat.
Deux semaines plus tard, survient la fameuse explosion de Kherbet Selm, suscitant cette fois-ci le courroux des Israéliens qui se sont dépêchés de présenter une plainte au Conseil de sécurité.
L'armée libanaise, qui a immédiatement bouclé le secteur, continue d'enquêter sur l'incident sans pouvoir dire à ce jour si le dépôt d'armes qui a complètement pris feu à cet endroit date d'avant la guerre de juillet ou s'il a été récemment installé par le Hezbollah. Mais quels que soient les résultats de l'enquête qui, étant donné le contexte, pourrait ne pas aboutir, les forces onusiennes ont considéré pour leur part cet incident comme une violation de la résolution 1701, plus particulièrement de la clause relative à l'exclusion d'armes ou d'équipements non autorisés dans la zone d'opération qui s'étend du fleuve du Litani jusqu'à la ligne bleue, comme l'a précisé le communiqué de la Finul. Il en est de même des autorités israéliennes qui, au premier jour de l'incident, ont assuré que le dépôt regorge d'armes récemment acquises par le parti chiite.
Deux jours plus tard, les forces de la Finul, censées coordonner leurs opérations sur le terrain avec l'armée libanaise, ont été dépêchées sur les lieux de l'incident dans la localité de Kherbet Selm, omettant cependant d'en informer la troupe, « par erreur et sans aucune mauvaise foi », soutient une source militaire autorisée.
L'arrivée de l'unité des forces onusiennes a provoqué une panique parmi la population qui a fait bloc aux Casques bleus, usant de pierres contre eux. L'incident, qui s'est soldé par 14 blessés au sein de la Finul (les blessures sont toutefois superficielles, confie un responsable), n'a fait d'autre dégât qu'entamer le crédit de confiance qui existait entre les Casques bleus et la population locale. C'est ce type de préjudice que tentent actuellement de surmonter aussi bien les forces onusiennes que les responsables politiques et sécuritaires. Il s'agit maintenant de rétablir les liens et de réajuster le tir au lendemain d'« un incident qui relève beaucoup plus d'une erreur tactique que d'une intention d'adversité envers la population locale », atteste une source militaire qui estime que quand bien même l'intervention de la Finul « est une violation de l'esprit de la résolution1701 », l'affaire devrait s'arrêter là et ne pas prendre plus de dimension qu'elle ne le mérite.
Il reste que les dirigeants israéliens, à l'instar du vice-Premier ministre Sylvan Shalom, continuent de hausser le ton et accusent même l'armée de violer la 1701.
Bref, ce sont autant de clarifications nécessaires qui démontrent clairement que la série d'incidents qui se sont succédé à un rythme accéléré ces dernières semaines au Liban-Sud « ne risquent en aucun cas de remettre en cause la fragile stabilité au Liban-Sud, encore moins la modification de ce qu'on appelle les règles d'engagement prévus par la résolution 1701 », atteste la source militaire. D'ailleurs, l'heure est plus que jamais à la coopération entre les forces de la Finul et l'armée qui vient de découvrir et d'arrêter une partie des membres d'un réseau terroriste des plus menaçants pour la sécurité du pays et pour celle des forces onusiennes qui semblent être, selon les premiers éléments de l'enquête, l'une des cibles favorites des terroristes.


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