Nous retrouvons ici un vieux débat. L'université fournit du savoir théorique et crée des esprits certes analytiques mais inaptes à fonctionner dans le monde réel des entreprises. Au contraire, les écoles de commerce fournissent du savoir professionnel et utile qui contribue à la bonne marche de l'entreprise. Le savoir théorique coûterait donc 231 euros alors que le savoir professionnel en vaut bien quelques dizaines de milliers.
Regardons le diplôme des patrons des 40 plus grosses entreprises françaises. Combien de grands patrons sont titulaires d'un de ces MBA prestigieux : 2 ! Cependant, 8 parmi eux ont fait le programme Grande École de HEC Paris. Les 32 autres ont surtout fait des écoles d'ingénieur publiques ou ont suivi des cursus universitaires diverses et variés. Visiblement, les grands patrons n'ont pas besoin des savoirs professionnels qu'on enseigne dans des MBA surtarifés.
Décortiquons un peu ce commerce du savoir. Qu'est-ce qui permet à une Business School de pratiquer des tarifs élevés. Ce sont, d'une part, les classements ou rankings comme celui du Financial Times, du Wall Street Journal ou encore de l'Université de Shanghaï. D'autre part, ce sont les accréditations notamment l'Equis, l'AMBA et l'AACSB. Les écoles accréditées et bien classées peuvent afficher les tarifs les plus élevés face à un public potentiel mondialisé, en Inde et en Chine entre autres.
La question devient donc : quels sont les critères d'accréditation et de classement ? Ils sont à peu près les mêmes, avec des poids différents selon les classeurs et accréditeurs. D'abord il y a le lien sacré vers le monde professionnel, mesuré par le salaire moyen des diplômés, l'intégration de ceux-ci dans l'entreprise ou encore la « pertinence professionnelle ». Puis, il y a l'internationalisation : plus une école est internationalisée, plus elle grimpe dans les classements ; plus une école grimpe dans des classements, plus elle peut s'internationaliser. C'est le cercle vertueux. Ensuite, il y a la qualification académique de l'école, mesurée par son nombre d'enseignants titulaires d'un doctorat. Certes, il faut enseigner du savoir professionnel, mais par des docteurs, formés à l'université, qui dans leur Ph.D ont fait preuve de pouvoir développer des savoirs théoriques. Enfin, le dernier critère est la production écrite d'articles scientifiques publiés dans des revues académiques. C'est le comble : les Business Schools tant appréciées pour leurs enseignements professionnels utiles sont bel et bien classées en fonction de leur capacité à produire du savoir académique théorique.
Que penser de ce business des Business Schools ? James March, un des pères fondateurs de la recherche en organisation des entreprises, lors d'une cérémonie de remise d'un doctorat honoris causa, affirmait que les livres de management ne servent pas à grand- chose. Il recommande à ses étudiants de lire Guerre et Paix de Tolstoï et Don Quichotte de Cervantes. La vérité de l'entreprise se trouve dans la grande littérature.
Dr Jan Schaaper, maître de conférences HDR, coordinateur académique à l'École Supérieure des affaires, Beyrouth
En coopération avec : ESA


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