Le vent d'optimisme qui semble souffler sur le Liban et qui annonce un été florissant ne parvient pas à dissiper les appréhensions de l'opposition et plus particulièrement du Hezbollah. Si ce parti ne veut pas jouer l'oiseau de mauvais augure et perturber le positivisme ambiant, il n'en reste pas moins sur ses gardes, considérant qu'en dépit des signaux positifs venus de France et de Grande-Bretagne en particulier, il est toujours une cible pour la communauté occidentale, notamment les États-Unis et leur allié arabe, l'Égypte. Le Hezbollah considère ainsi que le contentieux avec Le Caire n'a pas encore été réglé et il s'attend à tout moment à un rebondissement dans ce qu'il appelle « la fausse affaire de la cellule hezbollahi en Égypte ». Il reste convaincu que cette affaire, selon lui fabriquée de toutes pièces, visait à détruire l'image du secrétaire général du parti et son rôle de chef de la résistance arabe contre Israël, alors que le timing de sa publication avait pour objectif de favoriser les forces du 14 Mars dans le cadre des législatives libanaises. Elle pourrait donc être relancée à tout moment, selon les besoins politiques du régime égyptien et de ses alliés. De même, le leader du PSP a transmis aux dirigeants du Hezbollah des informations précises sur une possible implication de certains membres du parti dans l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri. Joumblatt aurait ainsi eu vent d'une publication de l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban dans les deux prochains mois, dans lequel figureraient les noms de membres du Hezbollah. Selon les éléments qui lui sont parvenus, le parti en tant que tel ne serait pas mis en cause, mais le fait de citer certains de ses membres et de les convoquer à comparaître devant le TSL produirait l'effet d'un séisme sur la scène interne. Joumblatt qui a ouvertement exprimé sa condamnation des « prétendues révélations » de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, allant jusqu'à les qualifier de « nouvel autobus de Aïn el-Remmaneh », dans une allusion à l'événement déclencheur de la guerre de 1975, aurait déclaré au Hezbollah que ces informations doivent être prises au sérieux. C'est pourquoi, d'ailleurs, il multiplie depuis quelque temps les appels à la consolidation des rangs internes et notamment musulmans. De son côté, le Hezbollah estime que toutes ces « épées de Damoclès » brandies contre lui s'inscrivent dans un même plan visant à l'affaiblir, d'abord pour satisfaire Israël, mais aussi pour exercer des pressions sur l'Iran. Selon des sources proches du parti, celui-ci ne s'est jamais fait beaucoup d'illusions sur « l'indépendance de la justice internationale » et il considère que le TSL peut servir d'arme entre les mains des États-Unis et de leurs alliés dans leur lutte pour l'affaiblissement de la logique de la résistance dans la région et de l'Iran en particulier. Selon les sources du Hezbollah, l'article du Der Spiegel a été publié en pleine campagne électorale pour influencer les électeurs hésitants et pour neutraliser l'effet de la libération des quatre généraux. Aujourd'hui, l'éventuelle implication de membres du Hezbollah, même individuellement, dans l'acte d'accusation du TSL serait destinée à déstabiliser la situation interne du Liban et aurait des conséquences sur le contentieux arabo-iranien, tout comme elle compliquerait les efforts visant à apaiser les tensions entre l'Arabie saoudite, l'Égypte et l'Iran. Les mêmes sources précisent que la décision du président américain Barak Obama de nouer un dialogue avec l'Iran ne signifie nullement l'arrêt des pressions sur ce pays pour affaiblir sa position dans l'étape à venir.
Face à cette menace constante, les sources du Hezbollah affirment que celui-ci n'a pas d'autre choix que de consolider ses relations avec les parties internes, ses alliés anciens et nouveaux, et d'insister pour obtenir onze ministres, déclarés ou cachés, dans une formule de trente pour s'assurer ainsi un minimum de garanties. Au cas où les prévisions de Joumblatt seraient vérifiées, le gouvernement traiterait ainsi avec circonspection les accusations figurant dans l'acte d'accusation. Mais il se pourrait aussi que les rumeurs relayées dans la presse ne soient qu'un ballon d'essai lancé pour tester la réaction du Hezbollah. Dans tous les cas de figure, celui-ci ne compte pas, affirment ses sources, se laisser prendre pour cible.
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