Sur la cause palestinienne, cause juste, le président américain n'a pas donné de date butoir à sa résolution. Mais dans ses propos, son engagement était tel que tout atermoiement sur cette question remettrait en cause sa crédibilité et celle des États-Unis, qu'il tente précisément de rétablir.
Pourtant, dans ce même discours, il a usé d'une notion qui, s'il y croit réellement, est une porte ouverte à beaucoup d'amalgames malheureux. Il s'adresse aux « musulmans ». Il évoque ainsi un milliard et demi d'individus en se référant uniquement à leur religion, ignorant toute autre caractéristique qui peut les circonscrire, comme la langue, la nationalité, le régime politique et les traditions sociales. Il s'inscrit ainsi dans la droite ligne de la lecture des antagonismes à travers le prisme du « conflit des civilisations », concept élaboré par Bernard Lewis et repris plus tard par Samuel Huntington dans son fameux ouvrage(1). Le débat sur la pertinence de cette approche n'est toujours pas clos. Je ne prétends pas y contribuer, mais je veux juste analyser ses répercussions sur la perception de la nature des antagonismes au Moyen-Orient et au Liban.
Même si la religion n'en a jamais était absente, le conflit israélo-palestinien et arabe a opposé l'État sioniste israélien aux membres recouvrir leurs territoires occupés. À Camp David, c'est au nom de l'Égypte, doté d'un régime à parti unique et laïc, qu'Anouar Sadate a récupéré le Sinaï et c'est au nom des autres territoires nationaux encore occupés que l'ensemble du monde arabe a boycotté l'Égypte. Suite aux accords d'Oslo, Yasser Arafat, en foulant le sol de Gaza, annonçait la création prochaine de l'État palestinien. Il organisa sous surveillance internationale des élections législatives et présidentielles libres. C'est la monarchie jordanienne, système politique dont les deux piliers sont la représentation parlementaire de partis et le support inconditionnel des tribus bédouines, qui à Wadi Araba en 1994 a signé un traité de paix avec Israël. C'est la Syrie, baassiste, socialiste et laïque, dirigée par une minorité religieuse, qui depuis 1967 se bat ou négocie pour récupérer le Golan. La résolution des conflits territoriaux ne peut être envisagée que lorsque elle est négociée au nom des États, quels que soient leur système de gouvernance, la structure de leur société et leur régime économique. Il en est ainsi au Moyen-Orient, ainsi qu'ailleurs dans le monde, en Europe centrale (Balkans) et de l'Est (Géorgie-Ossétie), en Amérique du Sud (Pérou-Bolivie) et en Asie postsoviétique (Arménie-Azerbaïdjan). Mais si le conflit au Moyen-Orient devait être associé à celui des trois monothéismes, si la terre devait être accordée par Dieu, si « les religions révélées se considéraient comme les détentrices d'une vérité qui placerait automatiquement toute forme d'altérité dans le domaine de la non-vérité »(2), comment serait-il possible encore de se réconcilier avec les ennemis ? Si Israël est la terre promise de l'État du même nom et qu'il est celui du peuple juif, comme le Premier ministre israélien l'a déclaré (applaudi le lendemain par Barack Obama) à l'université religieuse de Bar Ilan, comment le croire quand il prétend accepter un État palestinien en Judée et Samarie ? Même si le Hamas venait un jour à reconnaître Israël, comment le croire, alors que ce parti se réclame de l'islam dont le troisième lieu saint est Jérusalem qu'il doit libérer, alors que la droite religieuse au pouvoir en Israël considère la sainte Ville comme sa capitale biblique indivisible et éternelle ? En s'adressant aux « musulmans », et non pas à des États, leurs populations fussent-elles majoritairement musulmanes, Barack Obama ne peut qu'encourager les tenants des exclusivismes irréconciliables.
Au Liban, nous ne sommes pas en reste. Aux dernières élections, certains ont jugé que tel candidat était plus légitime, car élu uniquement par les voix maronites, que celui élu par l'addition des voix maronites, arméniennes et syriaques !
(1) Bernard Lewis, The Roots of Muslim Rage The Atlantic, septembre 1990.
(2) Jan Assman, Violence et monothéisme, Bayard, page 18.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef