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Liban - Éclairage

Damas enjoint à ses fidèles du cru de durcir le mercato ministériel

À Saad Hariri, qui leur tient un langage d'entente et d'ouverture, les prosyriens répliquent par d'incroyables exigences, comme les 45 % et les principaux ministères. L'escalade entamée par le 8 Mars est manifestement le fruit du défilé, qui se poursuit, de ses cadres à Damas, où sayyed Hassan Nasrallah et le président Nabih Berry ont été dernièrement reçus. Les indications de cap sont cependant fournies aux professionnels et aux médias par ce que l'on appelle des officiers de terrain, des seconds couteaux chargés de propager la bonne parole. Ce sont donc eux qui font état d'un mot d'ordre syrien de hausser le ton et les enchères, les surenchères plutôt.
Avant les élections, les prosyriens se promettaient une inversion des rôles : ils allaient prendre le pouvoir et les loyalistes passer à l'opposition. On les entendait répéter après Nasrallah : « Nous sommes en mesure de gouverner 200 pays comme le Liban, nous en avons la capacité, l'expérience et le savoir-faire. »
Mais c'est Saad Hariri qui a eu raison, et raison d'eux. Car, à la même époque, il assurait que la majorité allait l'emporter d'assez loin pour qu'on cesse, en face et à Damas, de prétendre qu'elle est illusoire, donc peu légitime. Il précisait que le gouvernement à venir serait d'union, mais sans tiers de blocage. Ajoutant qu'en cas d'une victoire de l'opposition, elle aurait par contre à gouverner seule, car le 14 Mars n'accepterait pas de cautionner sa ligne politique en participant à son gouvernement.

Le poids des armes du Hezbollah
Après la déconvenue éprouvée aux législatives, les prosyriens ont reconnu la victoire du camp adverse, mais du bout des lèvres, en soulignant qu'au total des voix, sur le plan national, ils étaient gagnants. Cela leur permet, aujourd'hui, de faire comme si les résultats en sièges du scrutin ne comptent que pour du beurre. Et ils présentent plus d'exigences ministérielles que les vainqueurs ou que Baabda. Leur capacité de nuisance est telle qu'elle leur permet ces outrances. Elle se fonde sur trois éléments : les armes du Hezbollah et des Palestiniens d'obédience syrienne, le contrôle de la représentation chiite, indispensable pour la mise en place d'un cabinet, et le soutien actif de l'axe d'acier Damas-Téhéran. Avec beaucoup moins d'atouts que cela, dans un pays aussi précaire que le nôtre, un chantage peut réussir.
Ainsi, poussant la vieille ritournelle aussi loin que possible, certains prosyriens parlent non plus de tiers de blocage, mais de 45 %, sous prétexte de reproduire en modèle réduit, au sein du gouvernement, le tableau de la consistance numérique proportionnelle qui s'affiche à la Chambre. Le général Michel Aoun déclare, en outre, que la part de l'opposition doit rester intégrale, qu'elle ne va rien en céder au président Michel Sleiman qui doit prendre son quota ailleurs. Autrement dit, et dans le plus favorable des calculs, la majorité devrait faire part égale avec la minorité.
Ce plan arithmétique vise une progression également arithmétique. Auparavant, et actuellement, les prosyriens contrôlaient le pouvoir par défaut, en paralysant l'État soit par démission des ministres chiites et fermeture de la Chambre, soit à travers le tiers de blocage, comme ce fut le cas pour le budget. Désormais, ils veulent mieux et plus, se réserver une part importante de décision, tout en continuant à empêcher les autres de décider. Un peu à travers le fait qu'une fois sur deux, moyenne logique, le camp balancier de Baabda leur donnerait raison en cas de litige. Mais, surtout, parce qu'ils exigent de disposer désormais de n'importe quel portefeuille qu'ils convoiteraient. Ils affirment en effet qu'aucun département ne doit être considéré comme l'apanage de telle communauté, de tel parti ou de telle personnalité. Or on sait que l'essentiel du pouvoir réside, au Liban, dans les ministères-clés, comme l'Intérieur ou les Finances pour ne citer qu'eux.
À partir du constat patent que les prosyriens prennent leur inspiration à Damas, un pôle de la majorité pose au président français, Nicolas Sarkozy, la question suivante : « Où en est le président Assad des engagements pris à votre égard ? Montre-t-il vraiment patte blanche et neutre au Liban ? Croyez-vous que l'établissement de relations diplomatiques règle tous les problèmes ? Qu'en est-il de la contribution syrienne au désarmement des Palestiniens, au tracé et au verrouillage des frontières, à l'homologation de Chebaa, aux disparus libanais dans les geôles syriennes, à la concrétisation des résolutions de la table ronde de dialogue national ? »
À Saad Hariri, qui leur tient un langage d'entente et d'ouverture, les prosyriens répliquent par d'incroyables exigences, comme les 45 % et les principaux ministères. L'escalade entamée par le 8 Mars est manifestement le fruit du défilé, qui se poursuit, de ses cadres à Damas, où sayyed Hassan Nasrallah et le président Nabih Berry ont été dernièrement reçus. Les indications de cap sont cependant fournies aux professionnels et aux médias par ce que l'on appelle des officiers de terrain, des seconds couteaux chargés de propager la bonne parole. Ce sont donc eux qui font état d'un mot d'ordre syrien de hausser le ton et les enchères, les surenchères plutôt.Avant les élections, les prosyriens se...
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