L'argument avancé est certes louable - à condition de ne pas perdre de vue que le CPL réclame sans ambiguïté aucune la proportionnelle au sein du nouveau cabinet -, mais constitue aujourd'hui rien de plus qu'un vœu pieux, à l'heure où la plupart des médias locaux mettaient l'accent hier sur l'intensité des concertations régionales qui auraient « donné à Saad Hariri une dose supplémentaire d'énergie » pour mener à bien la mission pavée de mines qui lui incombe - et que les contacts régionaux sont justement censés faire sauter -, en l'occurrence celle de former un gouvernement. C'est probablement dans ce cadre qu'il convient de placer l'entretien accordé par l'ambassadeur d'Arabie saoudite au Liban, Ali Awad Osseiri, au site Internet Now Lebanon dans lequel il indiquait que malgré la complexité de la situation, et « même si la formation du gouvernement venait à se heurter à des complications, le nouveau cabinet finirait par voir le jour ». « Tous les fers sont au feu » du côté de l'opposition, précisait hier à ce propos un député de la majorité, mais s'il est vrai qu'il « n'y a que des problèmes, il n'y a pas de crise ! Apporter un vent de pessimisme constitue aujourd'hui une provocation, rien de moins, poursuit le député. La formation du gouvernement se heurte actuellement à deux types de problèmes : d'abord ceux normaux, qui ont trait au partage de portefeuilles, ensuite ceux de l'après-Doha. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit là du premier gouvernement après l'accord de Doha. La Syrie tient à cet égard à rester omniprésente, à peser de son poids sans aller jusqu'au blocage ».
Concernant la nature de la contrepartie exigée par la Syrie pour faciliter la formation de ce cabinet, certains estiment que la rencontre avec le roi Abdallah d'Arabie saoudite en est une. L'envoi à Damas d'un nouvel ambassadeur américain en est une autre. En clair, le retard dans la formation du gouvernement - si retard il y a - ne sera pas imputable à une crise insoluble à l'instar de celle qui avait secoué le pays en mai 2008, mais bien à une volonté des acteurs régionaux de peser de tout leur poids pour la naissance de ce gouvernement.
« Trop tôt pour parler de crise, de pessimisme ou d'optimisme, affirmait également une source proche de Koraytem. Il y a des formules qui sont à l'étude, rien d'inhabituel. Le délai au-delà duquel nous devons commencer à éprouver des inquiétudes n'est pas encore dépassé. » À la question de savoir quel serait, justement, ce délai, la source interrogée répond, après une légère hésitation : « Deux semaines. » Les Libanais disposent donc d'un certain nombre de jours pour attendre et, surtout, espérer.
« Le renforcement des prérogatives du président de la République est normal et nécessaire, et nous demeurons très attachés au statut du président Sleiman ainsi qu'à son rôle », disait en substance hier l'ambassadeur d'Arabie saoudite. Taëf serait-il sur le point d'être revu et corrigé ? Le Liban n'en est certes pas là, mais cette déclaration, provenant d'un responsable dont le pays a supervisé les amendements constitutionnels de Taëf signant la diminution des prérogatives présidentielles, méritait d'être soulignée.
De son côté, le Hezbollah faisait savoir dans un entretien publié par le site Internet américain GlobalPost que « l'étape à venir est très importante sur le plan politique, et le Hezb a besoin d'engager de sérieuses discussions avec toutes les composantes de la vie politique libanaise ». Des propos prononcés par l'expert en stratégie politique du parti chiite, Ali Fayyad.
Deux tendances se dégagent donc actuellement, en dépit de l'inévitable impression de flou artistique qui prévalait hier : d'abord un appui franc et sans ambiguïté de la part de l'Arabie saoudite au président de la République Michel Sleiman, ensuite, une volonté du Hezbollah de se construire une image de parti « fréquentable », ou encore, de se faire oublier le temps que la conjoncture régionale soit de nouveau en sa faveur. Toutefois, il convient de garder ici aussi à l'esprit le double jeu dont peut être capable le Hezbollah : garder le silence en poussant ses alliés, en l'occurrence Michel Aoun et Sleimane Frangié, à réclamer rien moins que le tiers de blocage.

