C'est la première fois que l'inflation est négative depuis la création de la zone euro en 1999.
Plusieurs pays ont déjà enregistré un taux négatif au cours des derniers mois, en raison principalement de la baisse des prix de l'énergie depuis l'été dernier, mais aussi de la crise économique. En mai, c'était le cas de six États de la zone euro sur 16, la France, l'Espagne, la Belgique, l'Irlande, le Luxembourg et le Portugal.
En juin, selon les premiers chiffres publiés, les prix ont reculé de 1 % en Espagne sur un an et de 1,1 % en Belgique.
En Allemagne, l'inflation est restée au niveau très faible mais positif de 0,1 %, tandis qu'en Italie, elle s'est établie à 0,5 %.
À l'échelle de la zone euro, les économistes s'attendaient à ce que l'inflation passe dans la zone rouge dès ce mois-ci, essentiellement du fait d'un effet de comparaison, car les prix de l'énergie avaient flambé au printemps et à l'été 2008.
Mais ils sont divisés sur la durée et l'ampleur de ce phénomène.
Certains prévoient que ce passage en territoire négatif soit de courte durée, permettant d'éviter la déflation, définie comme un recul généralisé et prolongé des prix.
« Le point le plus bas pourrait déjà être atteint en juillet, et le recul des prix à la consommation être ainsi un phénomène de courte durée », estime Rainer Guntermann, analyste de la banque allemande Commerzbank.
La Banque centrale européenne (BCE) écarte pour l'instant le risque de déflation à moyen terme. La zone euro est « loin » d'une « déflation généralisée », même si l'inflation devrait rester négative « durant une grande partie de l'été », a estimé la semaine dernière l'Italien Lorenzo Bini Smaghi, membre de son directoire.
Mais certains économistes sont moins optimistes.
« Il y a beaucoup de raisons de croire que le recul annuel de 0,1 % en juin est juste le début d'une tendance à la baisse », estime Daniele Antonucci, de Capital Economics.
« À ce stade, nous nous attendons à des taux d'inflation négatifs pour les six prochains mois environ », a-t-il ajouté. « Avec une réponse de politique économique plus timide qu'ailleurs, le risque est que la zone euro puisse au bout du compte entrer dans une période de déflation plus prolongée et préjudiciable », selon l'économiste, qui juge ce risque « très réel ».
« La zone euro devrait maintenant connaître quelques mois » de recul des prix, estime de son côté Howard Archer, de l'institut IHS Global Insight.
L'inflation négative en juin « ne sera pas une surprise pour la BCE, mais la banque doit rester sur ses gardes pour que ce phénomène ne s'installe pas », ajoute-t-il.
Ces mises en garde interviennent alors que le conseil des gouverneurs de la BCE, qui se réunit demain, devrait décider d'un maintien du principal taux directeur à son plus bas historique de 1 %, selon les économistes.
Quand elle s'installe, la déflation est jugée très dangereuse par les économistes.
Elle décourage l'investissement des entreprises, tentées aussi de répercuter la baisse des prix sur les salaires, tandis que les consommateurs diffèrent leurs achats, en attendant que les prix baissent encore plus.
La déflation est généralement le signe d'une récession très grave qui s'autoentretient et dont il est difficile de sortir.

