« Personne n'a, ni n'aura de couverture politique, et nous interdirons à des hooligans de profiter des circonstances dans le but de semer la discorde et de dynamiter la stabilité », écrit ainsi le communiqué de la troupe. « Nous continuerons de poursuivre chaque personne impliquée dans les affrontements », poursuit le texte.
L'armée a également indiqué que toute personne armée dans les rues risquait d'être abattue par les militaires, précisant avoir le nom de 42 personnes recherchées, et ajoute avoir arrêté des suspects liés à ces affrontements. Signalons que l'Agence nationale d'information (ANI-officielle) a fait état de huit arrestations, ce que l'armée n'a pas confirmé. Quant au commandant en chef de l'armée, il a poursuivi de près la situation dans la capitale, insistant sur « la nécessité de déployer tous les efforts pour protéger les citoyens et préserver la stabilité ». Le général Jean Kahwagi, accompagné par le directeur adjoint des renseignements de l'armée, Abbas Ibrahim, s'était réuni avec le Premier ministre désigné Saad Hariri pour justement évoquer les mesures adoptées depuis hier.
Baroud
Le ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, a adopté hier une position particulièrement ferme par rapport aux événements de dimanche. « Tout usage des armes est interdit », a-t-il dit dans un entretien télévisé, affirmant qu'il revenait à l'armée de traiter l'affaire, et que seules la troupe et les FSI étaient autorisées à utiliser les armes, ainsi que « la résistance dans le seul cadre de la lutte contre l'ennemi ». « Tout usage des armes hors de ces deux cadres est inacceptable », a-t-il ajouté, estimant que la déclaration ministérielle devait être tout à fait claire sur ce point. « L'usage des armes de n'importe quelle manière - même s'il s'agit de célébrations de joie - suscite des problèmes et met en péril la sécurité des citoyens, comme ce qui est arrivé hier. Il est nécessaire d'y mettre fin avec la plus grande fermeté du monde », a-t-il dit, réitérant sa confiance dans l'armée et précisant que « c'est à la loi de sanctionner les détenteurs d'armes ».
La position du ministre de l'Intérieur a été saluée hier par le coordinateur spécial de l'ONU, Michaël Williams, qui a appelé le ministre pour le féliciter. M. Williams, qui a présenté ses condoléances à la famille de la jeune femme victime des tirs, a souhaité que ces violences ne se reproduisent plus.
« Les sanctions les plus dures doivent être prises contre les fauteurs de troubles », a exigé de son côté Saad Hariri, au cours d'une réunion qui a regroupé en début de soirée à Koraytem les députés de Beyrouth Ghazi Youssef, Nabil de Freige, Atef Majdalani, Mohammad Kabbani, Ammar Houry, Bassem Chab, Nohad Machnouk, Serge TerSarkissian, Nadim Gemayel, Sebouh Kalbakian, Jean Oghassabian, Hani Kobeissi et Imad el-Hout. Les participants ont affirmé leur volonté de faire en sorte que les émeutiers ou les détenteurs d'armes ne puissent bénéficier d'aucune couverture politique. Les élus de la capitale prendront contact dès aujourd'hui avec les parties concernées, tant sécuritaires que judiciaires, et se rendront en premier lieu chez le ministre sortant de la Défense, Élias Murr.
Un nouveau mini-7 mai ?
Plus tôt dans la journée, plusieurs parlementaires avaient élevé la voix pour dénoncer les incidents du week-end, évoquant entre les lignes un nouveau mini-7 mai. « Les milices veulent encore une fois s'approprier la vie des gens. Nous appelons le chef de l'État à convoquer le Conseil supérieur de la défense et à prendre les mesures nécessaires, et nous souhaitons que le Premier ministre désigné suspende les consultations jusqu'à ce que cela se fasse », a ainsi réclamé le député de Beyrouth II, Nohad Machnouk. De son côté, le député de Denniyé, Ahmad Fatfat, exigeait que toutes les armes soient retirées de la capitale, tandis que le secrétaire général de l'Alliance du 14 Mars, Farès Souhaid, appelait de ses vœux la mise en place de mesures « radicales » à même d'empêcher que les armes ne pullulent dans les rues. Pour le député de Beyrouth III Atef Majdalani, « ce qui s'est passé ce week-end n'a qu'un seul but : engranger des bénéfices politiques ».
Pour sa part, le député Amal, Ali Khreiss, a exprimé la crainte que des « cinquièmes colonnes » aient décidé de monter les Beyrouthins les uns contre les autres, appelant l'armée à frapper d'une main de fer. Le même appel a été lancé par les deux députés du Tachnag.
Signalons enfin que le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, et le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel-Amir Kabalan, ont tous deux stigmatisé, dans les termes les plus vifs, les émeutes qui ont ensanglanté Aïcha Bakkar.


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