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Liban - Commentaire

Petite histoire comparative de la démocratie à la libanaise

La démocratie dite consensuelle ? Une rude trouvaille qui met à mal la démocratie tout court. Vox populi, vox Dei. Et cette voix, ce choix de gouvernance, s'exprime par le vote. S'il n'y en a pas qui soient pour, et d'autres contre, pourquoi faire des élections ? Jamais le législateur et les pères fondateurs de la République libanaise n'auraient imaginé, et encore moins voulu, que la volonté expresse du peuple souverain se trouve abolie par une misérable astuce de sémantique.
Remontant aux sources, un ancien ministre chevronné rappelle que jusqu'aux années soixante-dix, le Liban pratiquait un régime démocratique véritable, avec une majorité qui tient les rênes, produisant les trois présidents, et une minorité qui s'oppose, critique et censure. Les deux camps, ou les deux coalitions, alternaient leurs rôles suivant les résultats des élections. Le système fonctionnait bien car il n'y avait pas de mainmise d'une seule partie sur la représentation d'une communauté déterminée. Dès lors, les composantes politiques des collectivités spirituelles devaient s'assembler dans des camps opposés qui étaient, pareillement, à caractère pluriel, national.
Par exemple, le Front libanais, qui regroupait nombre de figures de proue chrétiennes, ne pouvait quand même pas prétendre détenir le monopole du leadership chrétien. Et c'était encore plus frappant pour le Helf tripartite : il réunissait Camille Chamoun, Pierre Gemayel et Raymond Eddé et ces trois géants maronites n'avaient pu faire élire l'un d'entre eux à la présidence de la République, dévolue à leur communauté. La fonction était alors revenue, et c'était très significatif, à Sleimane Frangié, allié au sein d'un bloc centriste, avec un pôle sunnite, Saëb Salam, et un chiite, Kamel el-Assaad.
Du temps des Syriens, c'était le parachutage et rien d'autre. Ils ont si bien gommé le régime démocratique que les Libanais, ou certains d'entre eux, en ont perdu le souvenir et le goût. C'est donc avec eux, car ils l'ont voulu, que s'est tissée la coagulation chiite connue, qui a provoqué une réaction naturelle de regroupement communautaire identique, sauf en pays chrétien. C'est donc à cause d'eux que la dérive dite de la démocratie consensuelle a pris place. Et l'on a vu de la sorte Nabih Berry réélu sans rival, après le précédent des ministres chiites tous nommés par le tandem Amal-Hezbollah, qui leur a ordonné ensuite de démissionner, tandis que Berry fermait la Chambre. Le directoire chiite unifié a de même pu imposer la formule de Doha, avec tiers de blocage à l'appui. Ce qui a joué pour retarder d'une manière préjudiciable le vote du budget et les nominations. Comme quoi, la monopolisation intracommunautaire, dans un pays composite, mène tout droit au déni de la démocratie et de l'entente à la fois.
Il y a lieu de craindre, aujourd'hui, que le tandem chiite et les autres prosyriens veuillent exiger un cabinet dit d'union, même sans accord sur son programme d'action, avec tiers de blocage pour contrôler le pouvoir par défaut. Un gouvernement qui, comme l'équipe Siniora, ne pourrait en pratique qu'expédier les affaires courantes. Le scénario que l'on est en droit de redouter, au vu des conditions opposantes, serait un désistement de Hariri, suivi d'une crise ministérielle prolongée, du moment que l'on ne pourrait pas former de gouvernement où la communauté chiite ne serait pas représentée.
En tout cas, note l'ancien ministre cité, la démocratie véritable n'est jamais qu'un vœu pieux tant qu'il subsiste un regroupement communautaire unifié capable d'imposer ses exigences aux autres. La démocratie ne s'exerce qu'à travers des formations, majoritaires ou minoritaires, à caractère national, rassemblant diverses communautés et régions. Quant à la démocratie dite consensuelle, elle n'aboutit, en définitive, qu'à un fédéralisme des communautés, une partition mal camouflée.
La démocratie dite consensuelle ? Une rude trouvaille qui met à mal la démocratie tout court. Vox populi, vox Dei. Et cette voix, ce choix de gouvernance, s'exprime par le vote. S'il n'y en a pas qui soient pour, et d'autres contre, pourquoi faire des élections ? Jamais le législateur et les pères fondateurs de la République libanaise n'auraient imaginé, et encore moins voulu, que la volonté expresse du peuple souverain se trouve abolie par une misérable astuce de sémantique.Remontant aux sources, un ancien ministre chevronné rappelle que jusqu'aux années soixante-dix, le Liban pratiquait un régime démocratique véritable, avec une majorité qui tient les rênes, produisant les trois présidents, et...
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