Pareil pour les prosyriens, soulignent les loyalistes. Ils continuent à se comporter comme avant les élections, en affichant la même volonté de contrôler le pouvoir par défaut, pour paralyser l'État, en abusant de cette bonne volonté de majoritaires soucieux d'entente interne pour conforter une stabilité indispensable au redressement socio-économique. Les résultats des législatives ont clairement déterminé le volume respectif des camps en présence, mais les prosyriens les interprètent d'une manière inversée, en posant des conditions excessives.
Les loyalistes tentent, dès lors, de confronter leurs adversaires avec la simple logique. Si vous aviez gagné, leur demandent-ils, auriez-vous admis que nous nous comportions comme vous le faites ? Auriez-vous accepté que nous imposions un candidat unique à la présidence de la Chambre ? Qui pis est une personnalité qui prendrait ouvertement et violemment parti pour nous, en fermant l'institution le cas échéant ? Auriez-vous songé à nous coopter au sein du gouvernement ? Et si cela était, auriez-vous toléré que nous exigions le tiers, voire les 45 %, de blocage ?
Mais une telle argumentation, pour sensée qu'elle soit, ne pèse pas lourd dans un contexte que fausse la menace armée. Un atout déterminant qui a permis à la minorité de laisser la présidence de la République vacante pendant six mois, d'investir le centre-ville, de paralyser le gouvernement, de fermer la Chambre, d'envahir Beyrouth ainsi que la Montagne, et de mettre une partie de la Békaa à feu et à sang. Sans compter l'épisode du Tribunal international qui a provoqué la démission des ministres de la partie armée.
Pour sortir de la crise, il a fallu trahir Taëf et la Constitution, en formant un pseudocabinet d'union, avec tiers de blocage. De plus, les prosyriens ont obtenu à Doha que l'on revienne à la loi électorale de 1960, qui favorise, on l'a bien vu, certains de leurs pôles, notamment chrétiens. On ne peut oublier non plus qu'usant toujours du même chantage, à savoir le maintien d'une vacance paralysante, les prosyriens ont réussi à faire nommer leurs hommes à des postes-clés de l'administration.
Bien qu'étant désormais reconnue par le 8 Mars comme une majorité classifiée effective, et non plus illusoire, la majorité se laisse de nouveau faire. Elle accepte, comme antérieurement, de couronner un président de Chambre qui torpille la fonction quand cela lui chante, et se comporte avant tout comme leader du mouvement Amal, et non comme porte-voix de l'ensemble des représentants du peuple. Un parachutage imposé sans condition, tandis qu'au contraire, les minoritaires, on ne saurait trop insister sur ce terme, exigent de discuter la désignation du Premier ministre, la formation du cabinet, les quotas et les portefeuilles-clés, pour reconduire la formule de Doha. L'étrange entente qu'ils proposent, qu'ils veulent imposer par la menace armée, se résume à l'abdication de la majorité comme à l'abolition de la démocratie constitutionnelle. Ou, si l'on préfère, au maintien de l'État de droit à l'état d'embryon étouffant peu à peu dans son bocal au formol.
En réalité, la bonne règle aurait voulu que majorité et minorité se mesurent en présentant chacune ses candidats aux trois présidences. C'est ce qui se passait jadis, avant la tutelle syrienne. Il y avait parfois conciliation ou donnant donnant, suivant les circonstances. Mais dans un esprit général de libre compétition, sans chantage aux armes.

