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Moyen Orient et Monde - Le Point

Du bon usage du temps

Extrait de la lettre adressée par Mohsen Rezaïe au secrétaire général du Conseil des gardiens de la Constitution, l'ayatollah Ahmad Jannati : « La situation politique, sociale et sécuritaire est entrée dans une phase sensible et décisive plus importante que l'élection. » En conséquence, l'expéditeur retire sa plainte pour des irrégularités dont, quarante-huit heures auparavant, il affirmait avoir été victime et qualifie la présidentielle du 12 juin d'« exemple clair de la démocratie religieuse ». Score : deux à zéro en faveur du régime, l'opposition perdant coup sur coup la bataille des manifestations et un de ses héros, le plus inattendu, le plus « lourd » aussi. Pensez donc, un ancien grand patron du tout-puissant corps des pasdarans passé dans le camp adverse, qui avait survolé magistralement le débat télévisé l'opposant au président sortant et se situait depuis à l'avant-garde de la contestation. Jusqu'à vendredi dernier du moins, quand les caméras de la télévision d'État l'avaient surpris, perdu parmi les fidèles lors de la prière conduite par le guide suprême.
L'organisme chargé d'examiner les quelque 600 recours en invalidation des bulletins dispose encore de cinq jours pour trancher. Théoriquement, car dans la pratique il a déjà fait savoir qu'il comptait avaliser les résultats et que rien ne pourrait combler l'écart énorme (11 millions de voix) enregistré entre le vainqueur et son suivant immédiat. Le gouvernement pour sa part a pris soin d'annoncer - un geste qui ressemble fort à un acte de provocation - que le nouveau chef de l'État prêtera serment dans le courant d'août prochain, ce qui clôt par avance tout débat ultérieur. D'ici là, quelques soubresauts pourraient se produire mais qui ne devraient pas remettre en cause l'avenir immédiat des institutions mises en place il y a trente ans par le fondateur de la République islamique. À moyen, à long terme, rien n'est moins sûr.
Plusieurs certitudes, en effet, se trouvent ébranlées aujourd'hui. La première est celle de la suprématie incontestée du guide, la fameuse notion de la velayat-e faqih. Les réformateurs n'ont pas donné l'impression de tenir compte de l'adoubement de son poulain, au soir du 18 juin, par l'ayatollah Ali Khamenei, lequel a parlé de « victoire définitive », ajoutant, lors de son prêche : « Le bras de fer dans la rue est une erreur et je veux qu'il y soit mis un terme. » Au contraire même, la violence a redoublé jusqu'au moment où le régime a fait donner sa garde prétorienne, entendant ainsi qu'il sifflait la fin de la partie. Peu après, il acceptait le principe d'un recomptage, encore que partiel.
L'autre certitude, qui n'a plus cours, voulait que la mollarchie fasse corps derrière son chef, ses membres étant unis, pour le meilleur et pour le pire, soudés par la communauté de destin, convaincus que l'affaiblissant d'un élément pourrait signifier la fin de l'ensemble. Or Mir Hossein Moussavi a été soutenu tout au long de son combat par - excusez du peu - les anciens présidents Mohammad Khatami et Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, par le grand ayatollah Ali Montazeri, par le chef du Majlis, Ali Larijani, ainsi que, dit-on, par d'autres grandes figures du clergé inquiètes de voir s'accentuer la dérive et s'aggraver l'isolement du pays sur la scène internationale. Il faut noter toutefois que ce dernier élément joue en faveur d'un pouvoir certes inclus par George W. Bush dans l'« axe du mal » mais qui, paradoxalement, a su rallier à lui une opinion publique hostile au « Grand Satan », une haine qui puise ses origines dans le rôle joué par la Central Intelligence Agency dans la chute de Mohammad Mossadegh, en 1953.
En décidant de transposer sa guerre contre les religieux de Qom sur le plan nucléaire, l'Occident a fait un mauvais choix. Rares sont les Iraniens qui s'opposent à ce programme et qui n'en font pas une affaire d'amour-propre national. On voit maintenant combien il eût été préférable de donner alors la priorité au combat pour « un air de liberté », ce vent qui s'est levé il y a deux semaines, qui pourrait (c'est même sûr, et on peut le déplorer) s'apaiser un temps, mais qui soufflera à nouveau, un jour que l'on espère proche.
Il reste à souhaiter que Barack Obama continue de résister aux pressions d'un Congrès ignorant de la chose iranienne, comme de nombre d'autres problèmes mondiaux d'ailleurs. Cette retenue trouve son explication dans le fait qu'à Washington, on dispose de bien peu d'éléments pour arrêter une politique claire. Il est effarant de constater, par exemple, que les informations sur Moussavi que possède l'administration démocrate remontent à l'époque où il était Premier ministre et que le dossier sur l'establishment religieux est riche d'à peine quelques minces feuillets dont ne voudrait pas un businessman désireux de faire des affaires avec Téhéran.
Un telle méconnaissance, qui est la chose la mieux partagée par la communauté internationale, explique - mais en partie seulement - l'actuel wait and see.
Un attentisme qui, s'il venait à se prolonger, permettrait au régime de reprendre des forces, une éventualité qu'en Occident, on commence à envisager avec appréhension.
Extrait de la lettre adressée par Mohsen Rezaïe au secrétaire général du Conseil des gardiens de la Constitution, l'ayatollah Ahmad Jannati : « La situation politique, sociale et sécuritaire est entrée dans une phase sensible et décisive plus importante que l'élection. » En conséquence, l'expéditeur retire sa plainte pour des irrégularités dont, quarante-huit heures auparavant, il affirmait avoir été victime et qualifie la présidentielle du 12 juin d'« exemple clair de la démocratie religieuse ». Score : deux à zéro en faveur du régime, l'opposition perdant coup sur coup la bataille des manifestations et un de ses héros, le plus inattendu, le...
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