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Moyen Orient et Monde - Le Point

Guerre de succession

« Un diamant éblouissant, qui scintille au front de la dignité iranienne » : Hassan Qashqavi se laisse emporter par son imagination en évoquant la participation (85 pour cent, dit-il, soit près de 40 millions d'électeurs) à la présidentielle du 12 juin. Va pour la ruée vers les urnes aussi éloquemment décrite par le porte-parole du ministère de l'Intérieur, mais qu'en est-il du résultat sorti quelques heures plus tard ? Il faut croire que dans ce court laps de temps, le brillant a perdu son bel éclat, tout comme un régime qui donne l'impression de naviguer au jugé, accusant pêle-mêle l'Occident, les « monafeghine » (nom donné aux Moujahidine du peuple) et même de fantomatiques « agents terroristes » d'être derrière les soubresauts qui le secouent jusque dans ses fondations.
Un court moment, le pouvoir a donné l'impression de jeter du lest en reconnaissant l'existence de plus de votes que d'électeurs potentiels dans une cinquantaine de régions, s'empressant d'ajouter toutefois qu'une telle « erreur » avait été sans influence réelle sur l'issue de la bataille. L'un des candidats, le très conservateur Mohsen Rezaï, qui fut seize années durant (1981-1997) chef des redoutables Sepah e Pasdaran, conteste, lui, les résultats finaux dans 170 des 366 circonscriptions réparties sur les trente provinces, un sacré écart tout de même, qui s'est traduit par un avantage de quelque 11 millions de voix pour le vainqueur. L'élément le plus étonnant dans ce gigantesque puzzle qui commence à prendre forme reste que, dans l'entourage de Khamenei, quelqu'un avait pris soin, avant même la proclamation officielle des résultats et comme pour donner le signal de la contestation, de contacter Mir Hossein Moussavi pour lui annoncer qu'il était largement en tête, suivi de... Mehdi Karroubi et très loin derrière Mahmoud Ahmadinejad.
Tout cela semble dépassé maintenant que le trône du guide suprême vacille sur son socle, que de hauts dignitaires, hier intouchables, sont éclaboussés par le scandale pendant que d'autres tentent de se faire oublier en attendant sans doute de voir de quel côté penche la balance des forces, que les redoutables bassidjis se font de plus en plus menaçants et que les partisans de Mir Hossein Moussavi cherchent à reprendre leur souffle, comme effrayés par leur propre audace.
De part et d'autre a-t-on été trop loin ? Sans doute, oui. Suffisamment en tout cas pour qu'il ne soit plus possible à l'ayatollah Ali Khamenei d'admettre le principe d'une nouvelle consultation populaire et aux manifestants d'oublier leurs revendications. Ceux-là ont eu la sagesse de ne pas remettre en cause - pas encore du moins - l'autorité du guide suprême, comme l'avaient maladroitement fait les étudiants en 1999 puis en 2003. Ils ont préféré situer leur combat sur le terrain religieux : protester contre le mensonge et la fraude est votre droit, leur ont dit leurs meneurs, un droit d'ailleurs prescrit par l'islam. Et leur cri de ralliement, scandé lors de leurs marches et d'un immeuble à l'autre, est : « Allah akbar ». Il reste qu'il y a dans cette épreuve de force engagée par le principal candidat malheureux à l'élection comme un défi lancé au successeur de Ruhollah Khomeyni, du jamais-vu en trente ans de révolution islamique. Les larmes du guide, vendredi dernier, en évoquant « les forces du mal qui nous assiègent et veulent nous détruire », n'ont pas contribué, loin de là, à renforcer sa position.
La démocratie, cela ne s'improvise pas ; elle est le fruit d'un lent cheminement, semé d'embûches certes mais dont beaucoup peuvent être évitées. Dans le cas de l'Iran, on a cherché à tordre le cou à un principe essentiel de la vie des nations. D'une élection, on a fait une succession de manipulations grossières parce que ce qui était supposé représenter une confrontation entre défenseurs de deux programmes au service de l'homme s'est transformé en lutte au nom d'une certaine idée de l'avenir de la République islamique. Étrange duel en vérité que celui-là, entre des « réformateurs » soutenus par un héros de la vieille garde, Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, et des « conservateurs » dont le chef de file, Ahmadinejad, se veut un authentique briseur d'idoles. On ne s'étonnera pas après cela que le bon peuple ne s'y retrouve plus, ballotté qu'il est entre un baron du régime, auréolé de son double titre de président du Conseil de discernement et de l'Assemblée des experts, devenu grand défenseur de l'ouverture sur le monde extérieur, et un chef de l'État qui se présente en pourfendeur d'une caste honnie par les jeunes et qui a réussi à faire de l'Iran un atoll perdu dans l'océan de la mondialisation.
Rien d'autre donc qu'une version nouvelle du combat des chefs, une notion vieille comme le monde. Toute la question est de savoir quelles en seront les retombées sur la République islamique. Pour l'instant, celle-ci continue de bien se porter. En apparence du moins.
« Un diamant éblouissant, qui scintille au front de la dignité iranienne » : Hassan Qashqavi se laisse emporter par son imagination en évoquant la participation (85 pour cent, dit-il, soit près de 40 millions d'électeurs) à la présidentielle du 12 juin. Va pour la ruée vers les urnes aussi éloquemment décrite par le porte-parole du ministère de l'Intérieur, mais qu'en est-il du résultat sorti quelques heures plus tard ? Il faut croire que dans ce court laps de temps, le brillant a perdu son bel éclat, tout comme un régime qui donne l'impression de naviguer au jugé, accusant pêle-mêle l'Occident, les « monafeghine » (nom donné aux Moujahidine du peuple) et...
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