« Nous remercions tous ceux qui ont été compréhensifs à l'égard de notre prise de position à la veille des législatives et qui ont condamné les personnes aux visées connues qui nous ont lancé des pointes », a affirmé le patriarche.
Le chef de l'Église maronite avait mis en garde, à la veille du scrutin, contre les menaces qui planaient «sur l'entité libanaise et l'identité arabe du Liban ». Dans un discours postélectoral, le secrétaire général du Hezbollah avait notamment affirmé que le patriarche n'avait jamais jugé que l'État d'Israël menace « l'entité libanaise ». Il avait également douté de la sincérité de l'attachement du patriarche à l'arabité du Liban.
Le patriarche a par ailleurs reçu une délégation du village de Féghal (Jbeil) conduite par le moukhtar du village, Youssef Khaïrallah Féghali, venue protester de sa loyauté à l'égard du siège patriarcal et le remercier pour sa visite. « Ce que certains médias ont publié vendredi soir au sujet de votre visite à Féghal représente un avis personnel et ne reflète d'aucune façon l'opinion publique à Féghal », a dit en particulier M. Khaïrallah.
« Il existe des avis contradictoires et divers ; ne nous y arrêtons pas, mais demandons à Dieu de nous guider tous vers ce qui est bon pour notre pays », a répondu le chef de l'Église maronite
Le patriarche Sfeir s'était rendu vendredi à Féghal, qui abrite une institution modèle pour l'accueil des enfants à handicap mental, fondée par Caritas-Liban. Sa visite avait été marquée par un mouvement d'humeur de certains habitants, qui avaient collé des portraits du général Michel Aoun sur l'itinéraire du chef de l'Église maronite. Des partis ont même affirmé que le patriarche avait été hué à son passage, ce que d'autres sources ont démenti.
De son côté, la Sûreté générale a publié un communiqué hier démentant que ses agents aient déchiré ou enlevé les portraits du général Michel Aoun dans le village, comme l'a affirmé la télévision du Courant patriotique libre, la OTV.
Le patriarche Sfeir a ensuite reçu une délégation conduite par M. Michel Jabbour, représentant la première circonscription de Beyrouth. À ses membres, il a affirmé : « Nous jugeons, comme vous, regrettable ce qui s'est passé ces derniers jours. Mais nous sommes tous au Liban, et cette patrie est un gage que nous devons préserver, quelles que soient notre foi ou nos communautés. Nous espérons que ce mauvais moment passe vite et que les Libanais demeurent unis, solidaires, travaillant d'un seul cœur au bien de la patrie ».
La mère du pilote Hanna
Par ailleurs, le patriarche a reçu la visite d'Yvette Hanna Harb, mère du pilote d'hélicoptère Samer Hanna, abattu par des tirs du Hezbollah alors qu'il effectuait des exercice de vol à Sojoud, en mission commandée. Mme Hanna Harb a fait allusion à la bataille de Chiyah où des manifestants de la banlieue avaient été tués, affirmant que l'assassinat de son fils pourrait être un acte de vengeance. Elle a demandé que les officiers de l'armée libanaise bénéficient d'une immunité sur le modèle de celle dont jouissent, entre autres, les députés.
« Je mets en garde les mères de tous les militaires : prenez garde, vos enfants ne jouissent d'aucune immunité. Tout le monde jouit au Liban d'une immunité, à l'exception de l'institution militaire (...) que personne ne défend », a-t-elle dit.
On rappelle que l'assassin présumé de l'officier a été remis en liberté, la semaine dernière, les enquêteurs ayant jugé qu'il s'agissait d'un homicide involontaire. L'avocat de la partie civile, le député Boutros Harb, a révélé, pour sa part, que l'homme avait avoué avoir reconnu être l'auteur des tirs qui ont atteint Samer Hanna, sous le coup d'une « objurgation religieuse ».
Enfin, le patriarche Sfeir a reçu le vice-président des Forces libanaises, Georges Adwan, qui a rendu hommage aux positions nationales de Bkerké. « Quand le patriarche prend position sur le plan national, a dit M. Adwan, et quel que soit le sujet, nous devons en dégager le sens présent et futur. Interpréter une prise de position sous un angle électoral ou politique peut soulever des réactions précises ; mais l'interpréter sous un angle national, historique seul nous permet d'en saisir la pertinence ».
Par ailleurs, M. Adwan a mis en évidence le fait que l'opposition doit au patriarche maronite de pouvoir s'exprimer librement.
« Les événements ont démontré que Bkerké a joué un rôle pionnier dans la seconde indépendance, et si nous pouvons exercer aujourd'hui nos libertés et jouir de la sécurité et de la stabilité, nous le devons aux prises de position de Bkerké ; et ce que je dis vaut également pour les opposants, qui peuvent aujourd'hui librement s'exprimer », a souligné M. Adwan.
Concomitance
Sur un autre plan, M. Adwan a plaidé pour la concomitance des deux dossiers de la présidence du Parlement et du Conseil. « On ne peut parler, dans la première échéance, de partenariat sans en étendre l'esprit à la seconde. L'entente doit se faire sur les deux échéances ou ne pas se faire du tout », a-t-il affirmé.
M. Adwan s'est déclaré par ailleurs « plus que jamais » hostile à la pratique du « tiers de blocage »
Au sujet des élections législatives, M. Adwan a noté qu'il y a eu « un grand changement » dans le vote de l'électorat chrétien. Le fait déterminant du scrutin, a-t-il estimé, n'est pas la popularité actuelle du général Michel Aoun, mais le recul considérable de cette popularité.
Enfin, M. Adwan a considéré que le fait d'opposer la « majorité populaire » à la majorité parlementaire est une forme de trahison de l'accord de Taëf, la convivialité et le principe de la parité islamo-chrétienne au niveau du Parlement et des hautes charges de l'État.


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