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Liban - Éclairage

Le malaise chrétien encore et toujours…

En dépit des échéances urgentes qui se posent, le Liban est encore sous le choc des résultats des élections législatives. Si comme prévu, dans les circonscriptions à majorité sunnite et chiite, les élus n'ont réservé aucune surprise, la scène chrétienne vit toujours une certaine confusion. On se croirait presque au royaume d'Ubu, tant chaque camp revendique sa victoire. Sans vouloir entrer dans le jeu des scores électoraux, qui varient selon chaque camp, tout comme le nombre des électeurs sur les listes électorales n'avait pas été uniformisé - le Liban restant le lieu où les chiffres ne sont pas une donnée scientifique -, un examen un peu poussé du partage des sièges montre que les chrétiens de l'opposition ont conservé la majorité des sièges maronites. Des 34 existant au Parlement, ils en ont obtenu 19 : 3 à Zghorta, 5 au Kesrouan, 2 à Jbeil, 2 à Jezzine, 3 au Metn, 3 à Baabda et un à Baalbeck-Hermel. Les chrétiens du 14 Mars en ont quinze : 4 aux Forces libanaises, 4 aux Kataëb, 3 à Walid Joumblatt, 2 au Courant du futur, un au PNL en plus de Boutros Harb.
Sur un plan chrétien plus large, le PSNS a deux députés, un grec-orthodoxe et un grec-catholique, alors qu'un « indépendant » a fait son entrée, Robert Fadel.
Quelques conclusions s'imposent. Boutros Harb est confirmé comme un acteur incontournable à Batroun, alors que Zahlé a fait échouer ses leaders traditionnels, comme Élias Skaff et les voix sunnites y ont été plus déterminantes que celles des maronites et des grecs-catholiques.
Samir Geagea se considère comme un des grands vainqueurs et ses partisans n'ont cessé de célébrer la victoire dans certaines régions, car effectivement, il s'est imposé à Bécharré, au Koura et à Batroun, s'étendant même jusqu'à Zahlé et conservant son siège au Chouf.
Sleimane Frangié est aussi incontestablement un des vainqueurs de cette élection, puisqu'il a raflé les trois sièges de Zghorta, mais la différence entre les scores des vainqueurs et ceux des perdants est moins importante que ce qu'il avait prévu. De plus, il n'a pas réussi à étendre son influence parlementaire hors de Zghorta et il devrait désormais s'atteler à cette mission.
Selon les analystes, dans les circonscriptions qui ont plus souffert que d'autres de la tutelle syrienne, le discours des chrétiens du 14 Mars sur le prétendu alignement du général Aoun sur la Syrie a porté ses fruits, notamment au Koura, à Batroun, à Zahlé et à Achrafieh. Au contraire, dans les circonscriptions où cette tutelle a été moins pesante, en tout cas moins longtemps, le général Aoun a continué à être le plus populaire, notamment au Kesrouan, à Jbeil et au Metn.
Le parti Tachnag s'est imposé comme un acteur essentiel au Metn, mais il n'a pas fait le poids dans les autres circonscriptions où le nombre des électeurs arméniens est important, face au raz-de-marée sunnite, notamment à Zahlé et à Achrafieh. Sans oublier le fait que les autres partis arméniens ont aussi montré leur influence à Beyrouth. En somme, le Tachnag est passé d'un député à deux, alors qu'il espérait rafler les cinq sièges arméniens du pays. Sa direction a d'ailleurs très vite reconnu la représentativité des autres composantes du tissu social arménien et la bataille pour l'amélioration des scores est engagée.
Il faut encore noter le fait que Samy Gemayel a réussi à s'imposer comme l'héritier de son père et des Kataëb. Son charisme personnel et son souci d'éviter de s'en prendre au général Aoun, notamment au cours d'une campagne électorale pourtant d'une rare violence verbale, ont apparemment séduit une partie non négligeable de l'électorat. Il a fait ainsi son entrée dans l'arène politique, après s'être imposé auprès des étudiants puis au sein du parti Kataëb.
Enfin, le fameux bloc centriste, rattaché au président de la République qui a fait couler beaucoup d'encre, n'a pas réussi à tracer sa voie au sein du Parlement 2009. Même si certains députés comptent prendre leurs distances avec les deux camps, et former un bloc à part, celui-ci n'aura pas le poids nécessaire pour se doter d'une grande influence sur les décisions parlementaires. La radicalisation est encore extrême et les élections législatives n'ont pas modifié les équilibres politiques existants.
En résumé, le général Aoun reste le leader chrétien le plus populaire, mais il doit désormais compter avec les autres chefs de file qui ont chacun montré un certain poids. La sensibilité de la rue chrétienne reste une grande énigme. Finalement, ces élections ont montré que les peurs anciennes des chrétiens restent toujours vivaces et les démarches de Aoun qui se voulaient rassurantes, en direction notamment du Hezbollah, de la Syrie et de l'Iran, n'ont pas été suffisantes pour calmer les appréhensions qui remontent à plusieurs décennies. Il faut dire aussi que les médias ont beaucoup pesé dans ce sens et quelque part, les réponses apportées par le général Aoun n'ont pas convaincu un nombre non négligeable de chrétiens.
Message pas assez clair, propos peu fondés sur des éléments concrets, attente plus grande chez les citoyens, méconnaissance du terrain... Les causes peuvent être nombreuses, mais ce qui est sûr c'est qu'une partie des chrétiens continue de vivre dans l'angoisse de l'avenir. Les cadres du CPL ont d'ailleurs déjà entamé une analyse plus approfondie de la réalité chrétienne. Il serait en effet assez simpliste et réducteur d'affirmer que c'est l'électorat sunnite et le facteur matériel qui ont empêché l'opposition de remporter certaines circonscriptions, comme elle l'avait escompté. Le malaise chrétien existe bel et bien et sur beaucoup de sujets, les chrétiens restent encore figés dans le passé, avec des slogans qui auraient dû avoir fait leur temps, mais qui continuent à avoir un certain impact.
Ce paysage confus n'augure rien de bon pour les élections municipales de l'an prochain et encore moins pour les prochaines législatives, où il faudra compter avec des milliers de jeunes qui ont aujourd'hui entre dix-sept et vingt ans...
En dépit des échéances urgentes qui se posent, le Liban est encore sous le choc des résultats des élections législatives. Si comme prévu, dans les circonscriptions à majorité sunnite et chiite, les élus n'ont réservé aucune surprise, la scène chrétienne vit toujours une certaine confusion. On se croirait presque au royaume d'Ubu, tant chaque camp revendique sa victoire. Sans vouloir entrer dans le jeu des scores électoraux, qui varient selon chaque camp, tout comme le nombre des électeurs sur les listes électorales n'avait pas été uniformisé - le Liban restant le lieu où les chiffres ne sont pas une donnée scientifique -, un examen un peu poussé du partage des sièges...
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