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Moyen Orient et Monde

Iran : au-delà du nucléaire

Lors d'un colloque organisé le 13 juin à l'École militaire de Paris et auquel participaient le ministre français de la Défense Hervé Morin, le ministre des Affaires européennes Bruno Lemaire et le chef d'état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, Charles Rizk, ex-ministre libanais de la Justice a présenté un exposé intitulé  « l'Iran : au-delà du nucléaire », dont nous reproduisons ci-dessous le texte.
« De profondes divergences, sur l'État palestinien, les colonies israéliennes, et surtout la politique à l'égard de l'Iran, ont marqué le dernier sommet Obama-Netanyahu. Mais, outre qu'elles ne sauraient entraîner entre les deux parties un conflit, d'ailleurs inconcevable puisque l'alliance israélo-américaine est consubstantielle de l'existence même d'Israël, ces divergences n'opposent pas deux États. Elles expriment plutôt deux approches politiques qui, transcendant le clivage national, ont chacune des partisans dans les deux pays simultanément : la politique de Netanyahu est partagée par une large partie de l'opinion américaine et celle d'Obama est populaire en Israël aussi.
La divergence la plus importante, qui détermine toutes les autres, est évidemment celle qui porte sur l'attitude à l'égard de l'Iran. Elle dresse ceux qui, aux États-Unis et en Israël, prônent comme Netanyahu l'utilisation de la force pour dissuader l'Iran de poursuivre son programme nucléaire, contre ceux qui, de part et d'autre, sont, comme le président américain, pour la dissuasion par la voie diplomatique.
Pour les partisans israéliens et américains de la force, un Iran doté de l'arme nucléaire soumettrait sans coup férir l'ensemble du Moyen-Orient à son protectorat de fait : une grande partie des ressources pétrolières, gazières et financières du golfe Persique viendrait s'additionner à celles, déjà immenses, de l'Iran. La puissance iranienne s'étendrait alors à l'Irak où le principal résultat du renversement de Saddam et de l'occupation américaine a été l'installation au pouvoir de la communauté chiite, proche de l'Iran. Par comparaison, l'invasion du Koweït par Saddam en 1990 aurait été peu de chose, qui provoqua pourtant l'entrée en guerre d'une coalition de 34 États menés par les États-Unis. Contre un Iran ainsi renforcé et dont l'influence se prolongerait jusqu'à la Méditerranée par Syrie, Hezbollah et Hamas interposés, les monarchies et gérontocraties arabes environnantes seraient évidemment impuissantes. D'où l'idée d'une intervention militaire coordonnée entre Israël et les États-Unis.
À cette thèse, les partisans de la diplomatie opposent l'argument du bon sens fondé sur une vérité d'évidence : le problème n'est pas que l'Iran possède la bombe, mais qu'il maîtrise la technologie qui lui permet de la produire. On peut éventuellement détruire par la force militaire les installations nucléaires physiques de l'Iran, encore que leur dissémination sur un territoire très étendu rende l'entreprise hasardeuse, mais comment priver les ingénieurs iraniens de la connaissance qu'ils ont acquise en matière nucléaire ? Comment les empêcher de reconstituer ce qui aura été détruit, autrement que par l'occupation militaire du pays ? Israël en a-t-il les moyens ? Est-il raisonnable d'envisager que les États-Unis le fassent au moment précis où ils cherchent à se retirer d'Irak pour s'engager en Afghanistan ?
Le règlement de la crise du nucléaire iranien présuppose qu'au-delà du nucléaire lui-même, les motivations qui le sous-tendent sont prises en compte. Il est l'expression d'une ambition nationale qu'on ne saurait freiner par une action militaire qui ne ferait au contraire que l'exalter. Car contrairement au monde arabe, l'Iran se caractérise par l'attachement multiséculaire de sa population au concept national : il est un État-nation où le péril extérieur soude les différents éléments d'une société homogène, unifiée par une langue propre et par l'appartenance à une foi religieuse largement majoritaire. En cela, l'Iran se distingue structurellement du monde arabe qui l'avoisine et où la notion d'État-nation est récente, précaire : réparties en communautés religieuses multiples, musulmanes sunnites, musulmanes chiites, chrétiennes, les populations arabes sont sollicitées par d'autres solidarités que nationales, confessionnelles notamment. Là, les clivages communautaires s'accentuent quand apparaît le danger extérieur qui, loin d'unifier le corps social comme en Iran, le disloque. En d'autres termes, on ne bombarde pas Ispahan ou Natanz, où un grand nombre de centrifugeuses nucléaires iraniennes semble installé, aussi aisément que Gaza et le Liban-Sud.
L'intervention militaire contre l'Iran n'est donc pas une option et la menace d'y recourir n'a pour effet que de renforcer plus encore les maximalistes au pouvoir à Téhéran et, corollairement, à Jérusalem. Électoralement utile pour eux et pour un temps, elle risque toutefois de rendre difficilement résistible le passage à l'acte dont le résultat est pour le moins incertain sinon suicidaire. D'où la préférence du président américain pour l'action diplomatique. Elle est le moyen le plus sûr de promouvoir les groupes iraniens modérés avec qui il pourrait, en dépit de l'issue des dernières élections iraniennes, progressivement poser l'ensemble des relations des États-Unis avec l'Iran sur des bases nouvelles. Le retrait prochain des troupes américaines d'Irak et l'élargissement à la Russie, au Pakistan et aux autres pays de la région outre l'Iran, du traitement de la question afghane lui ouvre des perspectives où les intérêts américains et iraniens, loin de s'opposer, convergent.
Dans cette configuration élargie, le problème du nucléaire iranien pourrait être l'objet d'un règlement négocié dont les retombées positives pour l'Union européenne sont évidentes. Une, parmi beaucoup d'autres, a trait aux approvisionnements énergétiques. Soucieuse de la sécurité de ces approvisionnements, l'Europe trouverait dans le gaz iranien, acheminé par le gazoduc Naboco en projet, et reliant l'Europe à la région de la mer Caspienne en contournant la Russie par le Sud, un précieux complément au gaz russe. Diversifiant ses fournisseurs, elle se libérerait du chantage au gaz exercé deux fois par la Russie au cours des trois dernières années, à l'occasion notamment de la crise ukrainienne. L'Iran verrait à son tour s'ouvrir devant lui l'immense marché européen dont les besoins en gaz s'accroîtront de 125 milliards de m3 à l'horizon 2020.
C'est dans cet esprit, plutôt que dans celui d'une équipée militaire aventureuse, que les États-Unis semblent envisager désormais l'avenir des relations du monde occidental avec l'Iran. »

*Ex-ministre libanais de la Justice

« De profondes divergences, sur l'État palestinien, les colonies israéliennes, et surtout la politique à l'égard de l'Iran, ont marqué le dernier sommet Obama-Netanyahu. Mais, outre qu'elles ne sauraient entraîner entre les deux parties un conflit, d'ailleurs inconcevable puisque l'alliance israélo-américaine est consubstantielle de l'existence même d'Israël, ces divergences n'opposent pas deux États. Elles expriment plutôt deux approches politiques qui, transcendant le clivage national, ont chacune des partisans dans les deux pays simultanément : la politique de Netanyahu est partagée par une large partie de l'opinion américaine et celle d'Obama est populaire en Israël aussi. La divergence la plus importante, qui...
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