C'est toujours vers le meilleur que l'on évolue, a-t-on depuis tout temps affirmé. Et pourtant, le 7 juin 2009, une partie des Libanais a choisi de s'enliser encore plus profondément dans les sables mouvants de la masse, de la foule, de s'embourber dans le gouffre profond de la supercherie, de la mythomanie et de l'endettement.
Mais pourquoi ? Serait-ce par habitude, par abjecte coutume de ce mal qui a fait que ce peuple aveuglé considère désormais que la routine politique qui a existé depuis plus de 25 ans constitue le juste et forme ce que Platon a appelé un jour la Cite idéale ? Si tel est le cas, eh bien non... Les libanais vivent à présent dans la caverne morne et obscure où ils n'entrevoient véritablement que l'ombre des choses et non la pure réalité. La Ville-Lumière, ce sont les minorités qui l'ont atteinte et qui, par souci de sortir les embastillés de leur ignorance, se voient traités de fous et d'égoïstes.
En effet, nous ne pouvons vraiment blâmer ces emberlificotés. Parce qu'en réalité, à force de passer chaque instant de sa vie dans la mystification, on finit par considérer cette imposture comme normale, inversant le bon sens des choses, ce qui nécessiterait par la suite un déracinement fondamental de cette mentalité qui s'avère jusqu'aujourd'hui inextirpable.
Dans le cas contraire, on pourrait faire la lumière sur un autre genre d'explication : il s'agirait dans ce cas-là de leaders qui soudoient les « rhinocéros » afin de s'assurer leur concours.
Et là, je me demande... L'estime des Libanais s'est-elle abaissée au point qu'ils mettent leurs principes et mœurs en vente ? Ces valeurs équivalent-elles désormais à l'argent ? Comment ont-ils pu atteindre un tel niveau, prêts à miser sur leur avenir ainsi que sur celui de leurs enfants et plus encore sur celui de leur pays ? La liberté de penser n'a-t-elle plus le droit de s'imposer ? La soif de l'argent remplacera-t-elle la morale sociale ?
Natasha METNI
Lettre ouverte à la majorité
La liberté a battu l'obscurantisme, l'envie d'aller de l'avant a battu la régression, l'optimisme a battu le pessimisme et, enfin, la raison l'a emporté sur la folie. Mais c'est maintenant que le plus dur commence.
Comme vous devez le savoir, de nombreux électeurs ont voté contre le 8 Mars et non pas pour le 14 Mars. Même s'il est vrai que ces trois dernières années, le 8 Mars a opéré un blocage systématique de l'appareil étatique à tous les niveaux, la majorité doit maintenant prendre en charge ce pays. L'électricité, l'eau, l'éducation, l'accès à la santé pour tous, les infrastructures, le respect de l'environnement, la protection de l'écologie, la sécurité routière, la sécurité tout court du citoyen... sont des éléments de base de l'édification d'un État fort, respecté et soutenu par ses citoyens.
Vous avez quatre ans pour prouver à vos électeurs que vous avez mérité leur voix. Vous avez quatre ans pour entamer le développement et l'essor de ce pays. Si, dans quatre ans, rien n'est fait, le vote ou l'abstention de vote, sanction dans les deux cas, sera impitoyable.
Nous voulons des technocrates, spécialistes chacun dans son domaine d'activité. Nous voulons des ministres honnêtes, travailleurs, respectables. Enfin, avant de terminer, juste une mention spéciale à Ziyad Baroud pour l'excellent travail qu'il a fait pour les élections, n'en déplaise à Michel Aoun.
Claude ASFAR
À l'adresse des députés
Messieurs les députés, demain vous franchirez la porte du Parlement.
Demain, vous aurez la chance de réaliser nos rêves pour le Liban, le vôtre aussi, je l'espère.
Demain, vous compléterez le dessin de tous les pères qui vous ont précédés.
Demain, vous le colorierez, pour un Liban plus gai.
Mais attention de dépasser les contours, de franchir la limite, sinon votre dessin ne serait pas beau.
Que toutes vos si belles promesses se réalisent. Vous avez su nourrir nos espoirs ; alors, que le charme agisse ! Nous avons voté pour un Liban nouveau et nous le voulons bien meilleur. Nous avons cru que « l'union fait la force » ; alors unissez-vous pour le bonheur commun, pour le Liban de chacun. Pour qu'il reste le joyau de l'Orient, et que tous les traîtres qui le jalousent ne puissent l'effacer.
Restez fidèles à vos frères qui vous ont élus. Soyez dignes de leur choix et rendez hommage à vos pères qui avaient tracé les premières lignes.
Rana TABET
16 ans
Pouce bleu
En cette longue journée électorale et bien que les mesures de sécurité étaient presque irréprochables, c'est l'organisation qui, elle, aura été un fiasco. À titre d'exemple, dans la région d'Achrafieh, pour les habitants qui, pour la première fois, étaient fiers et heureux d'élire leurs représentants, la déception était grande et cela pour plusieurs raisons. Logistique d'abord : nombre insuffisant de centres de vote. Lenteur du déroulement, ensuite, dans certains centres due à l'absence tantôt de certains responsables et tantôt de certains délégués. Sans oublier qu'un seul isoloir, c'est nettement insuffisant. À l'entrée des écoles, les forces de l'ordre étaient parfois impuissantes à contenir la foule. À l'intérieur, la priorité pour les personnes âgées et pour les handicapés n'était point respectée ; même les ascenseurs leur étaient interdits. Devant les files qui s'allongeaient, beaucoup rentraient bredouille, incapables de tenir deux heures. Dans plusieurs centres, des évanouissements ont été signalés. Bizarre aussi : pour une même famille, les hommes devaient voter dans une école et les femmes dans un autre centre, ce qui, avec les embouteillages, devenait une vraie corvée. Enfin, son devoir accompli, il vous fallait plonger le pouce et s'assurer qu'il était devenu tout bleu pour prouver qu'on avait bel et bien voté. De grâce, soyons un peu plus modernes la prochaine fois en adoptant à l'ère de l'électronique des mesures moins moyenâgeuses.
Antoine SABBAGHA


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