Je voudrais tout d'abord rappeler à toutes ces personnes que la composition de l'actuel conseil municipal de Beyrouth fut le fruit d'un consensus entre le Premier ministre Rafic Hariri d'une part et des personnalités civiles tel M. Fouad Boutros et religieuses en ce qui concerne la partie achrafiote de ses membres. Ce n'est pas seulement parce que j'en fais partie, mais je sais que chaque nom a été étudié, pesé, analysé en fonction des diplômes obtenus, de la position de chacun dans la société civile, de son appartenance à la ville même de Beyrouth.
Sans modestie aucune, je me targue en effet d'appartenir à l'une des plus anciennes familles maronites de la capitale. Sans doute est-ce à ce titre que j'ai été choisi, pour l'un des sièges dévolus à ma communauté au sein de ce conseil, sans même y avoir pensé ou intrigué pour l'obtenir. À l'instar de mes collègues, j'ai accepté cette mission, faisant de mon mieux pour servir non seulement ma communauté, mais encore les habitants de la capitale, qu'ils soient beyrouthins ou pas.
J'ajouterais, pour ceux qui l'ignorent, que les membres des conseils municipaux dans tous le pays, hormis le président et le vice-président, ne sont pas rétribués ; il s'agit d'un bénévolat.
L'exercice n'est pas facile, d'autant plus que la finalité de notre travail dépend largement de l'humeur de l'administrateur de la ville de Beyrouth , qui peut quand il lui sied bloquer ou retarder l'exécution de n'importe quel projet, le conseil municipal de Beyrouth disposant d'un pouvoir législatif mais non exécutif.
Cet anachronisme remonte au temps des présidents Abdallah Yafi ou Saëb Salam, qui ont vu dans la concentration possible de pouvoirs aux mains du président du conseil municipal de Beyrouth - sunnite, conformément aux us et coutumes - un possible de président de Conseil des ministres qui leur ferait de l'ombre, un jour, et les gênerait dans leur action populaire.
Ainsi fut-il décidé de chapeauter ce conseil par un administrateur nommé en Conseil des ministres qui serait de confession grecque-orthodoxe et non originaire de Beyrouth. Ce qui arrangeait tout le monde. Ainsi, les présidents du Conseil des ministres sunnites et les leaders orthodoxes de Beyrouth n'auraient pas de rivaux, la municipalité serait tenue et retenue par un serviteur zélé de l'État qui ne montrerait jamais de velléités d'indépendance et implémenterait parfois une politique aux antipodes des désirs des Beyrouthins.
Par manque de temps et d'espace, je ne vais pas énumérer les projets de développement tués dans l'œuf ou qui dorment encore dans les cartons depuis 1996 et même bien avant.
Il a fallu la venue de ce grand visionnaire que fut le président Hariri pour que le conseil municipal de Beyrouth reprenne vie, exécute certains projets vitaux et fasse de la capitale le joyau que l'on voit.
Contrairement aux législatives, les conseils municipaux sont formés des élus qui obtiendraient le plus de voix. Les sièges ne sont pas distribués en fonction des communautés. C'est toute la force de Rafic Hariri, qui a imposé à Beyrouth un conseil formé de 12 chrétiens et d'autant de musulmans. Il faut voir là la poigne d'un homme qui n'a pas eu peur que quelqu'un vienne lui disputer son leadership, non qu'il se croyait éternel - sachant que dans ce registre, les musulmans s'en remettent à la volonté de Dieu -, mais simplement qu'il avait un projet fantastique : reconstruire ce pays en y faisant participer tous ses fils.
Ce n'est pas seulement une question d'envergure, mais de foi profonde en l'avenir de ce pays, de sa jeunesse, de son potentiel, de la place qu'il doit avoir dans le concert des nations, qui a guidé les choix du président Hariri et primé son action.
Je ne peux passer outre les deux années où les amis de M. Abou Jamra ont squatté le centre-ville avec ce qui s'en est suivi comme désagrément au niveau tant financier que touristique et humanitaire.
Surtout, que le général Abou Jamra ne nous dise pas que c'est encore pour relancer les pubs et les bistrots de Gemmayzé que le centre-ville a été pris en otage. Si tel était le cas, les habitants de cette région n'ont qu'à bien se tenir au cas où d'autres projets d'émancipation seraient en gestation dans ses bulbes.
Il n'est pas vrai que sur une trentaine de projets, la municipalité de Beyrouth en a exécuté seulement trois à Achrafieh. Le tunnel du Palais de justice, les aires de jeux près de la Fiat, les travaux d'infrastructure de Jeïtawi et de Sassine, les bibliothèques, le musée de la mémoire de Beyrouth à Sodeco, et j'en passe, sont situés dans quelle région ?
Je suis beyrouthin pure souche et moi, je sais où se trouvent le Palais de justice, Jeïtawi, Sassine et Sodeco et la librairie al-Sabil pour les jeunes de Fassouh, celle de l'USJ.
Il est tout à fait vrai qu'il existe des quartiers pauvres, démunis et miséreux à Karm el-Zeïtoun, à la Quarantaine, à Gemmayzé, mais cela relève d'un plan général d'urbanisme que l'État lui-même doit exécuter. C'est vrai encore que le présent conseil municipal n'a pas pu implémenter tous ses projets, mais plus vrai encore est le fait qu'il a souvent été l'exutoire de l'ère Lahoud, dont les hommes ont, par tous les moyens, mis des bâtons dans les roues de cette équipe.
Finalement, ce sont non seulement les habitants de Beyrouth qui en ont payé le prix, mais aussi le million de personnes qui viennent y travailler qui ont été privées de ponts, de jonctions, d'élargissement des routes et surtout de places de parking. Car pour inciter les propriétaires de terrains à bâtir des immeubles de parking et décongestionner des quartiers entiers, il faut des lois qui allégeraient la fiscalité. Or le Parlement a été fermé deux ans durant.
La municipalité est en droit de s'approprier toute parcelle de terrain libre et la transformer en parking ou en espace vert. Encore faut-il indemniser sur-le-champ et au juste prix le propriétaire, sachant que de pareilles opérations traînent au moins 5 à 10 ans pour être finalisées, cela dans le meilleur des cas, et cette lenteur n'est nullement imputable au conseil municipal, mais à la routine administrative qui régit le pays en entier.
La propriété privée est protégée par la Constitution, les tribunaux sont le recours normal de tout ayant-droit, mais sait-on que le poste de juge des expropriations a été laissé vacant plus de trois ans ?
Tout cela sans compter le manque flagrant de personnel dans les différentes administrations de la municipalité : les postes sensibles deviennent vacants par limite d'âge, et il faut y pourvoir dans l'immédiat. Mais là encore, les lois sont intransgressibles : point d'embauches sans concours concoctés par la Fonction publique, ce qui prend un temps éternel dont nous ne disposons pas.
Ce n'est pas de l'eau que j'amène au moulin de nos contempteurs, mais des éclaircissements qu'il est bon de connaître avant de promettre monts et merveilles ; ce sont les lois au niveau de tout le pays qu'il faut changer, à commencer par la décentralisation administrative qui est devenue primordialement inéluctable.
J'aurais aimé que tous ceux qui mêlent la municipalité de Beyrouth à leur bataille électorale - leur programme n'ayant pas de vraie substance, ils le meublent comme ils peuvent - aient la force et le courage du président Hariri qui, j'en suis certain, si Dieu lui avait prêté vie, aurait fait de cet organisme une institution moderne et efficace. Je souhaiterais que les quelques jours qui nous séparent de la date fatidique du 7 juin nous permettent d'entendre de tous les candidats des propositions constructives et non plus des critiques acerbes, gratuites et vides de sens.
Le président Hariri avait, je le rappelle, réussi la gageure d'imposer à tous les degrés de l'État un consensus basé sur l'accord de Taëf, l'équilibre parfait entre toutes les composantes du tissu social et religieux du pays. Le discours que j'entends est très loin de cette logique ; il comporte, sous-jacent, le risque d'un grand dérapage dont personne ne veut.
Membre du conseil municipal de Beyrouth


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