Pour le moment, cependant, la participation régulière, soutenue par le président Nabih Berry comme par le chef de l'État, a le vent en poupe. Des sources informées s'attendent à ce que le président Michel Sleiman convie les pôles du 14 et du 8 Mars à se réunir à Baabda pour discuter du gouvernement. Il va de soi que la gestation doit se fonder sur un accord pointu et détaillé, concernant le programme d'un gouvernement d'entente.
Il faudrait donc plus d'une rencontre entre les leaders, à moins qu'ils ne délèguent cette tâche à un comité d'étude mixte.
Une fois le risque de heurts ultérieurs écarté grâce à un arrangement sur la déclaration ministérielle, le choix des noms et des quotas deviendrait facile. Parallèlement, l'esprit d'entente permettrait sans doute d'élire à la présidence de la Chambre un membre de la minorité, M. Berry sans doute. Tandis que la présidence du Conseil reviendrait, naturellement, à un représentant de la majorité, le nom de M. Saad Hariri étant le plus souvent cité, sans que l'on sache encore s'il est disposé à accepter.
Retour à Baabda. Selon nombre de témoins, le président Sleiman souhaite que les dernières expériences ministérielles, conflictuelles et paralysantes, ne soient pas renouvelées. Il aspire à un retour général aux règles démocratiques et institutionnelles que la Constitution consacre. Pour que les décisions soient prises de préférence à l'amiable et, sinon, par recours au vote, à la majorité simple des présents pour les questions ordinaires, ou des deux tiers de l'ensemble du cabinet pour les 14 sujets essentiels énumérés dans la Constitution.
Cela étant, la consolidation de la stabilité politique, et donc sécuritaire autant que socio-économique, implique que l'on prévoie des mécanismes pour traiter les différends qui surgissent avant qu'ils ne s'enveniment. Car rien n'expose plus le Liban aux vents mauvais soufflant du dehors que ses querelles internes. On veillera ainsi, en Conseil des ministres, à fixer un délai raisonnable pour des échanges de conciliation quand un sujet litigieux se pointe. En cas de persistance du problème, on recourrait à l'arbitrage de l'urne, étant entendu d'avance que chacun en accepterait le verdict. Si un ministre refuse la décision, comme c'est toujours de son droit, il peut soit faire enregistrer sa position, soit aller jusqu'à démissionner. Mais, en tout cas, il ne serait plus question qu'une décision se trouve indéfiniment bloquée, comme pour le budget.
Une précision : le président Sleiman prône certes le rassemblement. Mais attaché aux fondements républicains bien compris, il a souligné dans son discours du 25 mai que l'alternance cristallise la quintessence même de tout régime démocratique authentique. Le peuple, rappelle-t-il, a le droit de choisir aux élections ceux qu'il considère comme étant les meilleurs. Ajoutant que « de la concurrence naissent un vainqueur et un perdant. Mais la responsabilité de ce dernier est encore plus grande, car il lui revient de surveiller, de suivre, de contrôler et de demander des comptes. Un jour nouveau nous attend, les poussières de la bataille électorale se dissiperont et nous entamerons le chantier de la réforme dans l'administration, la justice, l'économie, la politique, la décentralisation, le développement harmonisé, la pédagogie et la santé pour tous ».

