Très tôt, une foule s'est formée devant les bureaux de vote. Le général Aoun avait donné une consigne à ses supporters : ils devaient voter entre 7 et 11 heures.
L'autoroute du Metn était sillonnée de voitures arborant divers drapeaux. L'une d'elles était décorée de deux drapeaux, celui du Tachnag et celui du Hezbollah.
Tôt le matin, hier, les foules aounistes se pressaient pour voter dans le littoral du Metn, notamment à Antélias et Jal el-Dib.
À 9h 30, à Bickfaya, fief du parti Kataëb, l'affluence était assez élevée et les habitants de la localité votaient pour des listes entières.
Non loin d'un bureau de vote, quatre petits garçons se promènent arborant des drapeaux, des tee-shirts et des casquettes aux couleurs de la liste du Salut du Metn, des Forces libanaises et des Kataëb. Parmi eux, Bachir Gemayel, 5 ans. Bachir est en classe de 12e. Il raconte qu'il est content parce qu'il porte les vêtements des Kataëb et des FL. Il parle des élections et indique qu'il veut que « Samy Gemayel les remporte, parce qu'il est Kataëb et parce que dans mon livre de lecture il y a un Samy ».
Samy Gemayel, le candidat aux élections du Metn, était dans l'avant-midi d'hier chez lui à Bickfaya. Décontracté, confiant et souriant, il était avec ses proches devant la maison familiale. Pour lui, l'éventualité de perdre au Metn n'existait pas. Commentant le déroulement du processus électoral, il a mis l'accent sur la désorganisation dans les bureaux de vote. Interrogé au sujet du vote arménien, il indique qu'ils « font partie intégrante du tissu national libanais ».
« La fidélité du Metn au sang des martyrs »
À Bickfaya, où les convois des Kataëb et des FL sillonnent les rues, quelques scrutateurs de l'opposition distribuent des listes portant les noms des candidats de la coalition entre Michel Murr et le Mouvement du 14 Mars, où figurent les noms de Pierre Gemayel au lieu de celui de son frère Samy et de Ghassan Moukheiber au lieu de celui d'Élias Moukheiber.
C'est le cas également dans plusieurs villages du Metn.
À Khonchara, qui compte un nombre important de supporters du PSNS, la couleur orange prévaut.
Dans ce village, comme dans d'autres localités, certaines jeunes filles n'étaient pas particulièrement gracieuses et arboraient des tee-shirts « sois belle et vote ». D'autres avaient verni leurs ongles de couleur orange en y dessinant en vernis blanc le sigle du CPL. Ici comme ailleurs, les aounistes parlaient d'une victoire écrasante.
Au contraire, dans la plupart des villages du Metn, les autres électeurs, ceux qui votaient pour le 14 Mars, préféraient attendre les résultats en soirée. Georges est venu avec son épouse de Londres pour voter : « En 1976, j'ai été obligé de quitter mon village. Je suis parti en voyage. Aujourd'hui, je viens voter pour les martyrs, pour ceux qui ont versé leur sang pour préserver le pays. Nous sommes des gens fidèles au Metn. Je vote pour la justice. »
À Bteghrine, village de Michel Murr, on parie que la liste menée par l'ancien vice-Premier ministre remportera sept sièges sur sept.
Le ministre de la Défense, Élias Murr, vient de voter. Il est porté sur les épaules par ses supporters et acclamé par la foule qui lance du riz et des pétales de fleurs. M. Élias Murr indique qu'il a voté « pour l'âme du ministre assassiné Pierre Gemayel », soulignant que « dans son discours, le patriarche (maronite) reflète la position de l'Église, et les Arméniens font partie intégrante de la communauté chrétienne, ils ne voteront jamais contre les intérêts des chrétiens ».
Toujours à Bteghrine, le candidat FL de la liste du Salut du Metn, Eddy Abillama, qui a voté à Mtein, est acclamé par les supporters. Il effectue sa tournée des bureaux de vote. À L'Orient-Le Jour, il met en cause la désorganisation dans les bureaux de vote, l'attente interminable des électeurs et le nombre réduit des fonctionnaires. Invité à effectuer des diagnostics, il préfère attendre le dépouillement des urnes.
Bataille politique par excellence, au Metn, selon les électeurs, il y a eu très peu de panachage et ce sont deux listes entières qui se sont affrontées.
« Nassib Lahoud, l'envergure d'un homme d'État »
Baabdate, village d'où sont originaires le candidat Sélim Salhab et le ministre Nassib Lahoud, qui a préféré se retirer de la bataille électorale, 1 200 électeurs sur les 2 200 inscrits étaient attendus.
Tout le monde indique que le grand vainqueur au village sera Sélim Salhab.
Le retrait de Nassib Lahoud de la bataille n'a-t-il pas découragé les habitants de Baabdate ?
L'ancien député du Metn n'a donné aucune consigne à ses supporters, qui sont venus voter. « C'est vrai, nous avons été très attristés par son retrait de la bataille. Nous avons même été découragés », indique Marie-Thérèse, soulignant cependant que « les supporters du 14 Mars votent pour une ligne politique et c'est pour cette raison que nous sommes là. S'il y a des personnes qui ont fait des erreurs, ce n'est pas le moment de les sanctionner ».
Notre consœur d'an-Nahar et de la Future TV, Sabine Ouweiss, renchérit : « Pour nous, Nassib Lahoud a l'envergure d'un chef d'État et non d'un depute. »
À Baabdate, il y a probablement eu du panachage dans la liste du Salut du Metn, des supporters du 14 Mars auraient biffé les noms de Michel Murr et de Samy Gemayel.
À Broummana, à 11 heures, 58 % des électeurs attendus avaient déjà voté. Gladys est venue du Texas et son amie Catherine de Dubaï pour voter pour la liste du 14 Mars.
« Nous avons quitté le pays à cause de la guerre, je veux que mes enfants rentrent au Liban, je veux qu'ils vivent en paix ; c'est pour cela que je suis venue voter », dit Catherine.
Gladys, qui rêve de voir instaurer le vote des émigrés, indique : « Je suis venue voter pour préserver la place des chrétiens dans ce pays. Si l'opposition remporte le scrutin, les chrétiens seront les premiers à partir. »
Ghassan Rahbani effectue sa tournée des bureaux de vote. Il compare l'attente dans les bureaux aux files d'attente à Euro Disney. « On attend à Euro Disney pour prendre place à un manège ou à un jeu, et maintenant il faut attendre pour avoir quatre années qui seront très belles au Parlement », a-t-il dit.
Le vote des minorités chrétiennes
Sur le littoral du Metn, notamment à Sin el-Fil qui compte quelques centaines d'électeurs chiites, le Hezbollah a déployé sa machine électorale.
Ici, dans certains bureaux de vote, les délégués de Nabil Nicolas, d'Edgar Maalouf et d'Ibrahim Kanaan arborent les couleurs du Hezbollah. « Nous sommes les alliés du CPL et nous devons donc être là. Notre machine électorale le soutient », indique l'un d'eux, portant l'épée de Ali autour du cou.
Des supporters du Hezbollah, scrutateurs de la liste du Changement et de la réforme, se trouvent également dans certains bureaux de Jdeideh et de Bourj Hammoud.
À Bourj Hammoud, un peu plus de 11 000 Arméniens ont voté. La plupart d'entre eux appartiennent au parti Tachnag. Les rues de la localité sont décorées par les drapeaux du parti et par les couleurs de l'Arménie, premier pays christianisé du monde.
En réponse à une question, un supporter du Tachnag indique : « Nous ne sommes pas les alliés du Hezbollah, mais ceux de Michel Aoun. » Un autre souligne qu'il « y a 250 000 Arméniens en Iran ». Ils martèlent qu'ils veulent donner une leçon au chef du Bloc du future, Saad Hariri, et affirment qu'Amine Gemayel veut les renvoyer en Arménie. Ils disent qu'ils « n'ont pas peur de susciter d'éventuelles rancœurs ». « En tout cas, les Libanais ne nous aiment pas. Ils rêvent de nous voir partir. Nous avons tout le temps été persécutés. Notre vote ne changera pas les sentiments qu'ils nous portent déjà », souligne l'un d'eux.
Toujours à Bourj Hammoud, se trouvent des bureaux de vote consacrés aux syriaques-orthodoxes et catholiques. Ici, comme dans les bureaux de vote de Bauchrieh el-Sed, les minorités chrétiennes, notamment les syriaques, les chaldéens et les assyriens, ont voté en masse pour le 14 Mars.
Mikhaël est syriaque-orthodoxe. Il est scrutateur de la liste du Salut du Metn. « Il y a quatre ans, nous avions voté en masse pour le général Aoun. Depuis qu'il a conclu son entente avec le Hezbollah, nous avons changé d'avis », a-t-il dit.
Cette communauté ne vote-t-elle pas pour le 14 Mars aujourd'hui pour remercier Michel Murr d'avoir naturalisé les siens en 1994 ? « Non, pour nous l'équation ne se pose pas ainsi. Nous aurions voté contre Michel Murr s'il était resté avec le général Aoun. »
Chaldéens, syriaques et assyriens ont choisi de voter pour le pluralisme et la liberté du culte dans un Liban qui les avait accueillis les bras grands ouverts alors qu'ils étaient persécutés ou qu'ils vivaient en citoyens de deuxième catégorie dans d'autres pays de la région.


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