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Nos lecteurs ont la parole - Les Échos De L’Agora

Obama : un discours politique ou familial ?

D'Antoine COURBAN
La journée du 4 juin 2009 marquera probablement l'histoire par le discours du Caire du président américain Barack Hussein Obama. Dans l'enceinte de l'Université de cette ville, le président américain a, pour le moins, donné une remarquable leçon magistrale sur le dialogue des cultures et des civilisations. Les analystes auront beaucoup à faire pour décrypter les propos, tant dits que non dits, de Barack Obama.

Fin du clash des civilisations ?
Il y avait quelque chose de l'ordre de la grâce à voir cet homme d'origine africaine, cet homme noir, s'engager en tant que chef de la plus puissante nation du monde à tout mettre en œuvre pour ouvrir une nouvelle page avec le monde de l'islam. Prenant le contre-pied de tous les Samuel Huntington et autres illuminés néoconservateurs, le ton mesuré mais ferme de cet homme surprenant avait de quoi rassurer. À peine le discours achevé, nous avons eu un avant-goût de ses effets par certaines réactions. Il est clair que les propos d'Obama ont conforté les tenants du camp arabe de la modération dans leurs choix fondamentaux qui accordent une priorité au développement économique, technique, éducatif, culturel ainsi qu'à leur engagement à éradiquer, en leur sein, les pulsions mortifères et sanglantes de l'islamisme radical. Nul n'a été surpris par la réaction négative venue de Téhéran et de ses obligés hors des frontières de la Perse. De même les milieux de la droite conservatrice américaine, marqués par le fondamentalisme protestant, ont commencé à exprimer des critiques plus ou moins sévères. Il appartiendra à l'avenir plus ou moins proche de nous dire comment l'application des principes exprimés par Monsieur Obama ainsi que la gestion des enjeux qu'il a dégagés vont se concrétiser et quel en serait l'impact sur l'avenir du monde.
Il est cependant un aspect de ce discours qui doit retenir l'attention, à savoir la vision de l'homme et du monde qui se profile en filigrane des propos du président américain. Tous les observateurs ont été frappés par les références constantes aux textes sacrés. À trois reprises, Barack Obama s'est référé à des versets coraniques, sans compter l'évocation du Talmud et de la Bible. Il a, par ailleurs, lourdement insisté sur la conception de l'assemblée humaine comme celle des « fils d'Abraham ». Par ailleurs, il a clairement pris parti pour le respect scrupuleux des particularismes comme le droit à porter le tchador, etc.

Une grande absente : la politique
Quelle est la nature de ce discours qui marquera l'histoire ? À quel registre appartient-il ? Celui du politique, du théologique, du religieux ou du culturel ? Il relève de tous ces registres en même temps sauf celui du politique. Obama a parlé aux membres des familles issues du grand-père Abraham. Ce faisant, il prend acte du fait que la filiation abrahamique, à savoir celle des monothéismes, assume une lourde responsabilité dans les violences qui secouent la planète et qui opposent le monde occidental au monde arabo-islamique. Il est d'ailleurs remarquable que les questions des valeurs de l'islam et de l'Occident américain aient occupé la première place des enjeux dégagés par Obama, bien avant l'inextricable question palestinienne qui est la principale pomme de discorde politique.
Le président américain a invité les différents clans abrahamiques à fumer ensemble le calumet de la paix. Il n'a rien dit sur le cadre politique d'une telle démarche. Il a exhorté les différentes parties à déposer les armes et à effectuer une déclaration de non-belligérance. Rien n'a été dit sur l'organisation de l'espace public, rien n'a été dit sur la place du religieux dans la vie publique. Obama a simplement pris acte des particularismes des uns et des autres et de la nécessité d'un cessez-le-feu entre eux, ni plus ni moins.

La régression clanique et familiale
Dans ces conditions, le discours du président américain peut être considéré comme un manifeste solennel consacrant le « communautarisme identitaire » comme seule dynamique d'une modernité en voie de mondialisation. Rien, absolument rien, n'a été dit sur la citoyenneté, alors que beaucoup d'arguments ont été développés en termes d'identité de groupe. Quand Obama réclame plus de tolérance à l'égard des coptes d'Égypte et des maronites du Liban, il semble oublier que les chrétiens sont chez eux en Orient et ne constituent pas des minorités qui doivent bénéficier de plus de droits ou de plus de tolérance mais doivent vivre, individuellement, en tant que citoyens à part entière. C'est cette logique communautaire qui trahit la nature non politique, donc non citoyenne, de ce discours.
C'est en cela que le discours de Barack Obama pourrait être vu comme une formidable régression, un fantastique retour en arrière d'au moins 23 à 24 siècles. Si Huntington annonçait le clash des civilisations, comprises comme des identités religieuses particulières, Obama demeure dans le même cadre de pensée mais réclame des différents belligérants qu'ils fument ensemble le calumet de la paix. Son discours est un discours d'un chef de clan ou de communauté, c'est un discours typiquement familial, celui d'un fils d'Abraham à ses frères et cousins. Et parce qu'il en est ainsi, son propos se situe dans un lointain passé, celui d'avant l'invention de la vie politique en Grèce et d'avant la fondation de la démocratie athénienne par Clisthène au VIe siècle avant J-C.
La journée du 4 juin 2009 marquera probablement l'histoire par le discours du Caire du président américain Barack Hussein Obama. Dans l'enceinte de l'Université de cette ville, le président américain a, pour le moins, donné une remarquable leçon magistrale sur le dialogue des cultures et des civilisations. Les analystes auront beaucoup à faire pour décrypter les propos, tant dits que non dits, de Barack Obama.Fin du clash des civilisations ?Il y avait quelque chose de l'ordre de la grâce à voir cet homme d'origine africaine, cet homme noir, s'engager en tant que chef de la plus puissante nation du monde à tout mettre en œuvre pour ouvrir une nouvelle page avec le monde de l'islam. Prenant le contre-pied de tous les Samuel Huntington et...
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