- Parvenue aux commandes, l'opposition présente, pour rester conséquente avec elle-même, maintiendrait sans doute son offre de partager les sièges ministériels avec la partie adverse, mais elle se heurterait sûrement à un refus, direct ou enrobé de conditions qu'elle ne pourrait admettre. Sans compter qu'elle-même pourrait présenter des exigences irrecevables.
- Victorieux, le 14 Mars pourrait, dans un esprit d'apaisement, proposer au 8 Mars de participer au gouvernement. En sacrifiant son attachement à ses convictions démocratiques. Mais il se heurterait certainement à cette exigence rédhibitoire du tiers de blocage que les prosyriens ne cessent de marteler. Une condition menant tout droit, comme l'expérience le montre, à cette paralysie de l'État que les souverainistes ne peuvent plus tolérer, car elle inhibe l'existence même de l'entité libanaise indépendante.
- Mais si les majoritaires ne plient pas derechef, le tandem Amal-Hezbollah risque de riposter en interdisant toute représentation chiite au sein du gouvernement, qui dès lors ne pourrait pas être mis sur pied.
- D'où une crise de pouvoir ouverte, débouchant, pour commencer, sur une remise en question du mandat du président Michel Sleiman, invité à partir. C'est ce que planifient certains pôles de l'opposition, notamment le général Michel Aoun. On dira : mais si le 8 Mars gagne les élections, il n'aurait qu'à abréger motu proprio le bail du locataire de Baabda. En fait, cela lui serait pratiquement impossible, car une révision de la Constitution nécessite une approbation parlementaire à la majorité des deux tiers, soit 86 députés sur 128, chiffre que les prosyriens ne rêvent même pas d'atteindre. Le passage par une crise de pouvoir est donc obligé, tant pour évincer le président Sleiman au profit du général Aoun que pour instituer la IIIe République chère à ce dernier.
- Un projet ourdi sous couvert de ce slogan qui s'étale sur les calicots de la propagande orange : « L'heure du changement a sonné. » À quoi vient naturellement s'ajouter le thème de cette réforme que le CPL annonce vouloir entreprendre, sans bien en préciser les contours. Ce qui lui attire cette observation de Samir Geagea : « Il faut se soucier, avant tout, de dégager le Liban de la zone de danger où il se trouve, plutôt que d'élaborer des programmes, de lancer des promesses en l'air ou de parler de réforme et de changement. Il importe donc, avant tout, de savoir où le 8 Mars et ses alliés mèneraient le Liban s'ils gagnent les élections. Il se peut qu'ils conduisent ce pays au cœur même de la confrontation entre l'Iran et l'Occident, pour en faire une lice ouverte aux destructions et à la ruine. Les résultats de la consultation populaire seront donc cruciaux. En cas de victoire du 8 Mars, la Syrie et l'Iran reviendraient en force comme décideurs sur la scène politique locale. Le Hezbollah et les alliés de Damas seraient alors les grands gagnants. » Abondant dans le même sens, le président Amine Gemayel ne cesse de mettre en garde contre la perspective d'entraîner le Liban dans des aventures régionales et internationales au détriment de son intérêt propre.
À ce propos, quelques questions simples des loyalistes : en cas de frappe israélienne sur l'Iran, le Hezbollah s'abstiendrait-il de riposter par des salves de missiles à partir du Sud ? Le général Michel Aoun pourrait-il l'en empêcher pour épargner une nouvelle guerre au pays ? Le Liban continuerait-il à recevoir des aides, une fois transformé en base de guerre contre Israël ? Ou encore si les prosyriens, éventuellement aux commandes, devaient s'ingénier à saboter les travaux du tribunal international ?

