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Économie - Analyse

Une globalisation paradoxale

Du Dr Éric Milliot *
La globalisation est loin díavoir uniformisé les marchés. Líinternationalisation des échanges connaît une évolution régie par des forces contradictoires, qui engendrent de nombreux paradoxes. Ceux-ci touchent à des divers degrés les modes de fonctionnement et de développement des entreprises.
Díabord, en réaction à la globalisation, nombre de consommateurs désirent revenir aux produits traditionnels, ancrés dans la culture de leur pays. Ces produits rassurent et permettent díaffirmer leur identité. Ainsi, líimpact du Made inÖ síintensifie. Il y a, vis-à-vis des produits dits globaux, un sentiment grandissant díattraction-répulsion. Les consommateurs veulent être pleinement citoyens du monde, mais refusent tout laminage des particularités locales. Cette exigence ambivalente lance un défi aux entreprises.
Soumises aux exigences des prospects et aux réglementations locales, les entreprises développent de moins en moins des plans díaction uniformes à líéchelle mondiale. La stratégie globale est abandonnée par de nombreuses entreprises (IKEA, McDonaldís, Coca-ColaÖ). Pour faire face à des conditions de marché complexes, elles doivent désormais concilier les logiques de standardisation et díadaptation. La globalisation engendre ainsi de nouvelles conditions locales de travail.
Puis de nombreuses entreprises abordent les marchés étrangers en gardant un profil ethnocentré. Par exemple, elles mettent à la tête de leurs filiales des responsables issus de leur pays, font régulièrement référence à leur culture díorigine et transposent leurs techniques de management à líétranger. Cette attitude provoque parfois localement des réactions qui, paradoxalement, gênent le développement international des firmes.
Au niveau industriel, certaines entreprises, comme Atol ou Geneviève Lethu, après avoir développé leurs opérations à líétranger pour réduire les coûts de production, se réinstallent dans leur pays díorigine. Ce retour se justifie par la réduction des frais de transport, la simplification des logiques de gestion, une meilleure productivité horaire, líamélioration de la qualité des produits, la proximité avec les clients ou le patriotisme économique. Ce mouvement à contre-courant de la mondialisation pourrait se développer dans le futur.
Un autre paradoxe concerne la pression exercée par les marchés financiers qui gêne les opérations à long terme des entreprises. Pour garantir une rentabilité rapide aux investisseurs, les dirigeants díentreprise ne peuvent plus toujours financer des projets pourtant essentiels. Les spéculateurs cherchent des rendements élevés à líéchelle de la planète qui empêchent les entreprises de faire les investissements nécessaires pour affronter la concurrence internationale. La globalisation financière fragilise ainsi les entreprises les plus engagées sur le marché mondial.
Enfin, la globalisation nécessite la diffusion de líinformation. Les moyens de télécommunications et de transport, réduisant les distances et le temps, mettent sous pression les entreprises, dont les agissements sont désormais scrutés et analysés à vaste échelle. Si un manquement est repéré, très vite les clients et partenaires de líentreprise sont mis au courant. Les entreprises sont de plus en plus contraintes globalement aux niveaux environnemental et sociétal, et surveillées par des organisations de la société civile (Corporate Watch, Multinational Monitor, Ö). Si elles ne prennent pas en considération les principes de responsabilité sociale aujourdíhui retenus, elles risquent de fragiliser leur image auprès de clients de plus en plus sensibilisés.
La globalisation est un phénomène mû par de multiples forces interactives. Elle fonctionne sur des principes complexes et contraignants que les entreprises doivent identifier et gérer. Cette mission est délicate car il est difficile de recenser toutes ces contradictions ; elles peuvent se fractionner, se décliner et síadapter de différentes manières à un contexte.

*Maître de conférences à l'Université de Poitiers, enseignant à l'ESA

En coopération avec : ESA
La globalisation est loin díavoir uniformisé les marchés. Líinternationalisation des échanges connaît une évolution régie par des forces contradictoires, qui engendrent de nombreux paradoxes. Ceux-ci touchent à des divers degrés les modes de fonctionnement et de développement des entreprises.Díabord, en réaction à la globalisation, nombre de consommateurs désirent revenir aux produits traditionnels, ancrés dans la culture de leur pays. Ces produits rassurent et permettent díaffirmer leur identité. Ainsi, líimpact du Made inÖ síintensifie. Il y a, vis-à-vis des produits dits globaux, un sentiment grandissant díattraction-répulsion. Les consommateurs veulent être...
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