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Moyen Orient et Monde - Le Point

Cuba si

En 1823, John Quincy Adams, alors secrétaire d'État, trouvait que Cuba ressemblait à une pomme. Si nous voulons respecter la loi de la gravitation, décrétait sentencieusement celui qui devait être élu président deux ans plus tard, l'île finira par entrer dans le giron américain pour peu qu'elle se détache de l'Espagne. Il faut croire que le principe édicté par un certain Newton recommence à jouer : si tout va bien, les deux pays s'apprêtent à rouvrir le dialogue. Oh, rien de bien exaltant : il s'agira de discuter, dans un premier temps, de l'échange de courrier et même de l'épineux problème de l'immigration. Le (tout petit) pas en avant a tout de même été qualifié de « très satisfaisant » par Hillary Clinton, qui s'est empressée d'ajouter - on ne s'amende pas : « Nous allons continuer à presser le gouvernement cubain afin qu'il protège les droits élémentaires, libère les prisonniers politiques et engage des réformes démocratiques. »
Ce n'est pas la première fois, depuis la grande rupture de 1961 suivie un an après de l'embargo commercial décrété par John F. Kennedy, que s'opère pareille amorce de rapprochement. Il y avait eu, un exemple entre beaucoup d'autres, une diplomatie du base-ball, initiée par les adjoints de Henry Kissinger, le président de la fédération US, Bowie Kuhn, et son alter ego cubain. À chaque fois cependant, Washington avait cru pouvoir alterner la carotte et le bâton. C'est ainsi que, le 1er mai dernier, le département d'État publiait sa liste noire annuelle sur laquelle, aux côtés de l'Iran, continuait de figurer la patrie de José Marti, accusée d'abriter des terroristes relevant de l'ETA basque ou encore des FARC colombiennes. Certes, on était loin de la désastreuse expédition de la Baie des Cochons, mais les USA se comportaient toujours comme si l'article 3 de l'amendement Platt (21 mars 1901) demeurait en vigueur, qui autorise la superpuissance à intervenir pour « préserver l'indépendance de Cuba ».
Tout cela appartient désormais au passé, veut-on croire aujourd'hui. Près d'un demi-siècle après la crise des missiles, le tableau a sensiblement changé des deux côtés du détroit de Floride. En juillet 2006, Fidel Castro entreprenait de transférer ses pouvoirs à son frère Raül - à titre provisoire, avait-on indiqué alors. Une opération devenue permanente en février 2008, la santé du lider maximo continuant à donner de sérieuses inquiétudes à son entourage. Sur les rives du Potomac, un changement de garde s'opérait avec l'élection de Barack Obama et l'installation d'une équipe moins manichéenne, plus pragmatique et surtout moins portée à voir la main du diable partout où celle du dieu capitaliste n'est pas omniprésente. Auparavant, l'ours soviétique était entré dans une létale hibernation, ce qui avait achevé d'affecter dangereusement l'économie de son protégé caraïbe en même temps que son rôle à lui dans le concert des nations latino-américaines. L'ère bénie de 1965-1972 était bel et bien finie et avec elle celle de l'espoir d'une aurore qui aurait vu l'ensemble de la région accéder enfin au paradis marxiste-léniniste.
Malgré la présence à la tête du Venezuela du pittoresque Hugo Chavez et en Bolivie de l'irascible Evo Morales, les frères Castro paraissaient isolés face au Big Brother yankee. C'est que, depuis 1962, Cuba n'a plus place au sein de l'Organisation des États américains, malgré les efforts de ses voisins proches ou éloignés - notamment le Honduras et le Nicaragua - pour la voir réintégrer la place qui est la sienne. Aujourd'hui et demain mercredi, les trente-cinq membres de l'instance panaméricaine se réunissent à San Pedro Sula pour examiner un ordre du jour comportant justement la révocation immédiate et sans condition de la décision de suspension. Il est peu probable qu'une unanimité se dégage à cette occasion, Washington exigeant au préalable un engagement de l'intéressée à se conformer à la charte de l'OEA. C'est que les ostracismes ont la vie dure et il est bien difficile d'en effacer les effets en quelques heures. Sans compter qu'il y a, à Miami, une importante colonie formée des réfugiés qui, au fil des ans, avaient quitté leur patrie et mis sur pied un lobby qui pèse d'un poids certain dans la capitale fédérale. Ses membres sont d'irréductibles opposants au régime en place et exigent, pour désarmer, bien plus que des promesses appelées, pensent-ils à tort ou à raison, à rester sans suite.
L'auguste assemblée appelée à se réunir ces deux jours dans la capitale économique du Honduras avait choisi, lors de sa formation, une devise qui est aussi tout un programme : « Vers une culture de la non-violence. » Pour la première fois depuis longtemps, il y a lieu d'espérer qu'il ne s'agit plus là d'un simple slogan.
En 1823, John Quincy Adams, alors secrétaire d'État, trouvait que Cuba ressemblait à une pomme. Si nous voulons respecter la loi de la gravitation, décrétait sentencieusement celui qui devait être élu président deux ans plus tard, l'île finira par entrer dans le giron américain pour peu qu'elle se détache de l'Espagne. Il faut croire que le principe édicté par un certain Newton recommence à jouer : si tout va bien, les deux pays s'apprêtent à rouvrir le dialogue. Oh, rien de bien exaltant : il s'agira de discuter, dans un premier temps, de l'échange de courrier et même de l'épineux problème de l'immigration. Le (tout petit) pas en avant a tout de même été qualifié de...
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