En face, plus d'un responsable américain a proclamé son soutien au 14 Mars, en relevant que ce sont les voix chrétiennes qui vont faire la différence. Pour souhaiter, selon les termes de Hillary Clinton, que la modération l'emporte sur la déraison, en vue de consolider la souveraineté et l'indépendance libanaises, ainsi que pour renforcer les institutions démocratiques du pays. Les États-Unis précisent qu'ils définiront leurs positions, notamment du côté des assistances, en fonction du programme, du comportement et des actes du prochain gouvernement libanais. En d'autres termes, ils annoncent qu'ils ne rejetteraient un éventuel cabinet prosyrien que s'il persistait dans la ligne de sabotage de l'État démocratique de droit tracée par Damas.
Jeffrey Feltman, alors ambassadeur à Beyrouth, avant d'être promu secrétaire d'État adjoint, écrivait : « Le Liban se trouve à la croisée des chemins. Soit il entreprend de devenir un État fort, régissant l'unité et la souveraineté nationales en vertu de la Constitution et des principes démocratiques, ce qui signifie que les batailles politiques s'y dérouleraient par la voie des élections, et non plus des assassinats ou de l'intimidation pour que les Libanais, et nulle autre force régionale ou internationale, prennent les décisions concernant l'avenir de leur pays ; soit, autre volet de l'alternative, le pays retombe sous la coupe étouffante de la Syrie. »
C'est la première fois, en réalité, que des élections locales sont moins marquées par des rivalités de personnes, de leaderships ou de développement des régions que par la confrontation entre deux courants de pensée, deux projets politiques antinomiques découlant d'une jonction plus ou moins affirmée avec l'un ou l'autre des axes extérieurs. Ce qui fait que chacun des camps libanais en présence se trouve ouvertement soutenu par des gouvernements arabes, régionaux ou internationaux opposés. C'est pour le moins regrettable car, de toute évidence, l'intérêt d'un pays soucieux d'assurer sa stabilité est de ne pas servir d'arène pour des règlements de comptes externes.
Les résultats du scrutin de 2005 ont favorisé la révolution du Cèdre. Mais les forts résidus de la tutelle syrienne sont parvenus à l'empêcher de réaliser ses objectifs, de parfaire l'indépendance et d'établir un État de droit souverain, seul maître de l'ensemble du territoire comme de la décision de guerre et de paix, ainsi que de la violence légitime, c'est-à-dire de l'exclusivité des armes. On connaît les moyens, politiques et sécuritaires violents, que l'obstructionnisme a empruntés. L'enjeu des élections est donc capital car une victoire du 14 Mars permettrait à la révolution du Cèdre d'empêcher une dislocation du pays en mini-États de fait accompli, au profit d'un État fort. En revanche, une défaite des loyalistes entraînerait bien des maux, dont la paralysie des institutions, l'instabilité ou même l'anarchie, et des réflexes d'hostilité défensive aggravant dangereusement les attaches sectaires. Ce qui, en termes socio-économiques, n'a qu'un nom : la ruine.
Les mises en garde sont d'autant plus justifiées que les extrémismes semblent avoir actuellement le vent en poupe dans la région. Benjamin Netanyahu est au pouvoir en Israël. Mahmoud Ahmadinejad, le dur des durs, a de bonnes chances de se succéder à lui-même en Iran. Le Hamas tient, sinon le haut du pavé, du moins la dragée haute au Fateh. Il faudra donc voir, au Liban comme ailleurs, si la voie de la modération va l'emporter. Et ici, c'est en pratique la voix chrétienne qui va trancher.

