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Économie - Tribune Libre

Quel est le programme de l’opposition pour réduire la dette publique ?

Par Nohad Baroudi
L'endettement de l'État est tellement décrié par l'opposition, chaque jour et en toutes circonstances, qu'on se demande par quel tour de magie elle s'y prendrait pour le réduire si elle remportait les élections du 7 juin prochain. Surtout que ses actions au cours des trois dernières années n'ont pas été encourageantes ; elles ont au contraire contribué à alourdir la dette publique. Les exemples foisonnent :
1- Les efforts de l'État tendant à réduire le déficit public avaient commencé à porter leurs fruits... jusqu'en 2006. En effet, les comptes publics accusaient fin 2000 un trou de 5 937 milliards de LL. Il fut ramené à 2 798 milliards fin 2005 (-53 %). Mais la guerre de juillet fit bondir le déficit à 4 563 milliards en 2006 (+63 %). Depuis, il n'est pas arrivé à reprendre sa tendance baissière, compte tenu du climat d'instabilité et des tiraillements politiques. Or si la tendance baissière avait continué, le déficit cumulé des trois années 2006-2008 aurait été réduit de quelque 6 550 milliards de LL., soit 4,4 milliards de dollars. Comme le déficit est financé par la dette, celle-ci a augmenté de plus de 22 % entre décembre 2005 et décembre 2008.
2- En 2008, les transferts à l'EDL ont représenté plus de 55 % du déficit public. Si cette institution avait été autosuffisante (toutes les compagnies d'électricité du monde sont excédentaires), elle aurait, à elle seule, gommé une bonne partie de la dette. Rien que pour les neuf dernières années, les transferts à l'EDL ont totalisé 5,6 milliards de dollars. Actualisé à début 2009 (en utilisant le taux d'intérêt moyen de la dette pour chacune de ces années), ce total passe à 7,5 milliards (tableau 1).
L'EDL était une entreprise parfaitement rentable avant 1975. Depuis, elle n'a fait qu'accumuler des déficits de plus en plus énormes. Pourquoi, par exemple, des 2 258 mW de capacité installée, 1770 mW seulement sont-ils disponibles ? Pourquoi les pertes techniques sont-elles aussi élevées : plus de 15 %, alors que la normale se situe entre 7 et 9 % ? Pourquoi les factures émises représentent-elles 60 % seulement de la production ? Pourquoi les factures impayées se montent-elles à 15-25 % du total des factures émises ? Pourquoi un établissement public qui grève autant le budget de l'État se permet-il de ne pas publier ses comptes financiers depuis 2003 ?
Un effort a été entrepris par le gouvernement dès 2007 pour étudier les possibilités d'une restructuration de l'EDL en vue d'une privatisation à terme. Trois études, financées par la Banque mondiale, ont été soumises à l'EDL, au ministère de l'Énergie et de l'Eau, et au Conseil supérieur de la privatisation. Mais les principaux concernés (EDL et ministère) tardent à se prononcer. L'État continue donc ses déboursements à l'EDL, et le citoyen continue de pâtir du rationnement draconien du courant.
3- La pléthore de fonctionnaires est un autre fardeau des finances publiques, pliant sous le poids des interventions politiciennes. Les salaires ont représenté durant la période 2000-2008 non moins de 46 % des recettes publiques en moyenne. La solution ne peut pas être, comme le gouvernement l'avait proposé à Paris III, d'attendre sagement dix ans que 45 % des fonctionnaires atteignent l'âge de la retraite pour assainir l'administration. Un plan de réforme et de restructuration de la fonction publique doit être appliqué sans délai. Les études sur le sujet ne manquent pas, c'est la volonté d'aller de l'avant qui manque.
4- L'occupation du centre de Beyrouth dura 538 jours. Jihad Azour, le ministre des Finances à l'époque, avait estimé la perte occasionnée à l'économie nationale à environ 70 millions de dollars par jour. Une simple multiplication arithmétique nous conduit au chiffre invraisemblable de 38 milliards de dollars pour toute la durée du sit-in ! Si le chiffre journalier avancé par le ministre peut paraître réaliste pour les premières semaines de fermeture, la résilience de l'économie et la capacité d'adaptation du secteur privé en avaient considérablement atténué les effets négatifs par la suite. Mais même si nous retenions 20-25 % des 38 milliards comme une estimation plausible, le résultat reste effarant.
5- Des engagements pris par les donateurs à Paris III, seuls 3,1 milliards, soit 40 %, ont été déboursés au 1/1/2009. Ce retard est dû, d'une part, aux prêts destinés aux projets de développement qui requièrent l'approbation du Parlement et, d'autre part, aux aides conditionnées aux réformes qui attendent le dépoussiérage des projets de lois envoyés depuis belle lurette au Parlement. Ce même Parlement qui avait fermé ses portes pendant 16 longs mois.
6- Les centrales électriques de Beddawi et de Zahrani furent construites dans les années 90 selon la technique du cycle combiné, qui permet d'utiliser indifféremment le fuel-oil ou le gaz naturel comme carburant, ce dernier étant moins cher et beaucoup moins polluant. Un accord fut passé avec les autorités syriennes pour fournir à la centrale de Beddawi les quantités de gaz nécessaires, l'économie ainsi réalisée se chiffrant à près de 100 millions de dollars annuellement, sans parler des effets bénéfiques sur l'environnement. Malheureusement, le gaz syrien n'est toujours pas arrivé.
7- Le gouvernement a récemment tenu bon face à l'acharnement de l'opposition à vouloir réduire ou même abolir la taxe sur l'essence, ce qui aurait privé le Trésor de plusieurs centaines de millions de dollars par an. Cette tentative dénote-t-elle vraiment un souci sincère de juguler la dette publique ?
8- Un peu de macroéconomie pour terminer. L'évolution effective du PIB depuis 2005, comparée à ce qu'elle aurait dû être en « régime de croisière » (c'est-à-dire si la guerre de juillet et l'instabilité qui a suivi n'avaient pas eu lieu), nous conduit à une constatation consternante : le taux de croissance de l'économie s'est considérablement ralenti en 2006 (0,6 % seulement au lieu des 8 % prévus), suivi d'un tassement plus modéré (-1,5 %) en 2007 et en 2008. D'où une estimation du manque à gagner cumulé en termes de PIB pour les trois années 2006-2008 de plus de 6 milliards de dollars à prix constants et de plus de 10 milliards à prix courants.

Nohad Baroudi, ancien secrétaire général du CDR
L'endettement de l'État est tellement décrié par l'opposition, chaque jour et en toutes circonstances, qu'on se demande par quel tour de magie elle s'y prendrait pour le réduire si elle remportait les élections du 7 juin prochain. Surtout que ses actions au cours des trois dernières années n'ont pas été encourageantes ; elles ont au contraire contribué à alourdir la dette publique. Les exemples foisonnent :1- Les efforts de l'État tendant à réduire le déficit public avaient commencé à porter leurs fruits... jusqu'en 2006. En effet, les comptes publics accusaient fin 2000 un trou de 5 937 milliards de LL. Il fut ramené à 2 798 milliards fin 2005 (-53 %). Mais la guerre de juillet fit bondir le...
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