Ce qui est clair d'ores et déjà, c'est que le projet politique du 8 Mars interdit tout espoir de redressement économique, et de retour à la prospérité. Car il propose à l'électeur de transformer le Liban en État de confrontation résistante directe avec Israël, plutôt qu'en État dit de soutien. Autrement dit, un État exposé aux frappes ciblant son infrastructure, voire à la guerre, et l'on sait ce qu'il en coûte. Comme on sait combien il peut être dispendieux de fusionner politiquement avec la Syrie et l'Iran, le Liban servant alors plus que jamais d'arène pour le conflit des axes, au lieu de rester positivement neutre.
Alors que le programme du 14 Mars offre de sérieuses perspectives de reprise économique et financière. Car fondé sur l'émergence d'un État de droit fort et souverain, à l'abri des tiraillements extérieurs comme des mini-États intérieurs, il promet cette stabilité et cette confiance absolument nécessaires pour attirer les aides, les capitaux et les investissements, apports indispensables pour un pays exigu sans grandes ressources. Sans compter le principal avantage : épargner les vies humaines. En cessant de vouloir récupérer les territoires encore occupés par la force, pour privilégier la voie diplomatique, sous l'ombrelle de la légalité internationale, tout comme la Syrie le fait. Étant entendu que s'il doit y avoir confrontation militaire, sur décision arabe, le Liban ne doit pas être seul à l'assumer.
Le fait patent est que contrairement aux allégations des opposants, c'est la ligne politique des loyalistes qui a permis au Liban de surnager économiquement, malgré la guerre de juillet ou des perturbations provoquées par les prosyriens. C'est cette voie, cette gestion, qui ont permis autant Paris III que le maintien de la stabilité monétaire, l'accroissement des réserves en devises de la Banque centrale et la bonne santé du secteur banquier. D'où l'exploit de voir le Liban résister avec succès au désastre financier mondial. Tous les experts internationaux, tous les instituts applaudissent aujourd'hui à la lucidité du gouverneur de la Banque centrale libanaise, Riad Salamé, qui avait été le premier à sonner le tocsin, à Wall Street même, au sujet d'un krach potentiel et à plaider pour une meilleure régulation des marchés, thème dont tous les gouvernements brandissent désormais l'étendard. Pour sinistré et instable qu'il soit, le Liban apparaît désormais comme un modèle à suivre en termes de sagesse financière, monétaire et bancaire, grâce aux dispositions prévoyantes de sa Banque centrale, soutenue par les banques privées.
Qu'en resterait-il, en cas de victoire du Hezbollah ? On le sait d'autant moins que le parti ne clarifie toujours pas ses vues économiques et financières. Du côté de la France, amie de tous les Libanais, on fait savoir que les relations bilatérales resteront au beau fixe quel que soit le pouvoir en place. C'est certain pour le politique et le diplomatique. Par contre, la France, principal promoteur de Paris III, a toujours mis en relief la condition posée aux Libanais d'entreprendre un vaste train de réformes, administratives et autres, pour dénouer les cordons de la bourse. Et ce chantier, les prosyriens se sont toujours ingéniés à le saboter.
Enfin, l'Amérique fait savoir, par la bouche notamment de son vice-président Joseph Biden, qu'elle déterminera sa position après les élections libanaises en fonction du comportement du gouvernement qui sera mis en place. Ce qui induit que pour avoir sa coopération et son assistance, ce gouvernement devra s'atteler à compléter l'application des résolutions de l'ONU, la 1559 et la 1701 notamment, que les prosyriens combattent toujours.

