Depuis sa première grande affaire, celle du lieutenant Antoine Obeid, jusqu'aux grands procès qui ont marqué l'histoire pénale du pays, comme celui de l'explosion de N-D de la Délivrance à Zouk, de l'assassinat du Premier ministre Rachid Karamé, de l'assassinat de Kamel Mroué et le procès de Chawkat Chakar (qui avait assassiné huit personnes dont trois agents de l'ordre, après que sa famille eut été décimée pendant la guerre de la montagne) pour ne citer que ces cas, Badaoui Abou Dib est resté fidèle à une seule ligne de conduite : celle de la défense des libertés et des droits des citoyens, qu'ils soient coupables ou innocents. Il a aussi, comme l'ont relevé les orateurs, lancé un cri d'amour envers l'humanité et envers Dieu en défendant ceux que la société rejetait et en essayant de comprendre leurs gestes et leurs motivations.
Au fil des pages des trois tomes de l'ouvrage, défilent des histoires dont les Libanais ont entendu parler, sans en avoir nécessairement connu tous les détails. Elles reprennent vie sous la plume de l'auteur, qui donne ainsi une nouvelle preuve de l'étendue de son humanité. Il ne juge jamais, mais au contraire cherche à expliquer et à convaincre. La police, a-t-on dit, dévoile le crime, mais la justice, elle, dévoile le criminel, dans sa dimension sociale. Au-delà de l'art de plaider, que Me Abou Dib pratique à merveille, il y a des drames humains, parfois de véritables tragédies, qui s'exposent ainsi. Les faiblesses du système judiciaire apparaissent aussi comme lorsqu'il a été proposé à Fouad Malek, inculpé dans l'affaire de l'église N-D de la Délivrance, de faire des aveux dans un sens déterminé, en contrepartie de sa relaxation. Malek qui était très éprouvé par sa détention était alors au bord de l'effondrement. Et son avocat multipliait les visites auprès de lui pour le soutenir et lui remonter le moral. Car entre l'avocat et son client, des liens étranges se nouent qui vont bien au-delà du domaine professionnel. Mais il faut aussi être un avocat hors normes, un homme riche d'émotions et de sensibilité pour prendre en charge des dossiers parfois désespérés.
Les orateurs ont aussi mis l'accent sur le verbe de Me Badaoui Abou Dib qui, par son élégance et sa justesse, n'a pas seulement influencé les juges, mais aussi ému des auditoires pas nécessairement favorables. Son ouvrage, a même déclaré le bâtonnier Jreige, a comblé une lacune en matière de livres juridiques. Il raconte à sa manière une grande partie de l'histoire de la justice au Liban, à travers ses grands procès pénaux.
À la fin de la conférence, Me Abou Dib a pris la parole pour exprimer toute son émotion et pour préciser qu'à travers cet ouvrage, qui raconte une carrière riche en événements, il a voulu apporter sa modeste contribution à la justice. Il a rappelé que ces grands procès et ses propres performances n'auraient pas été possibles sans le climat de liberté qui règne au Liban. « Sans ce climat, a lancé Me Abou Dib d'une voix enrouée, le Liban étouffera et notre diversité reste notre bien le plus précieux. Quelles que soient les critiques que nous pouvons adresser à la Justice, elle reste notre seul recours et la loi est le seul plafond de la liberté, sans laquelle il ne peut y avoir de justice. »


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