Les deux parties avaient accepté le mois dernier d'engager un semblant de dialogue susceptible de permettre l'avènement d'une équipe largement représentative des deux grands courants, prélude à une réconciliation à laquelle nul n'a jamais réellement cru. Les premières séances de travail avaient donné lieu à de virulentes passes d'armes, réveillant les inquiétudes de ceux - ils sont nombreux - qui jugent impossible le retour au semblant d'unité prévalant à l'époque où Yasser Arafat, fort de son auréole de chef incontesté, parvenait toujours à recoller les morceaux. Ces jours appartiennent au passé, Abou Mazen étant loin de jouir du prestige d'Abou Ammar et l'Occident éprouvant un malin plaisir, chaque fois que cela lui était possible, à mettre son grain de sel sur la blessure (toujours saignante) en rappelant l'interdit qui frappe, en Occident, la formation créée par cheikh Ahmad Yassine et Abdel Aziz el-Rantissi.
Avec l'avènement du cabinet Fayad bis, la rupture est consommée, et chacun désormais continuera d'être maître chez lui, Ismaïl Haniyeh et les siens dans la bande martyre, Abbas dans son réduit de la Mouqataa, sur la rive occidentale du Jourdain. Une situation de rêve pour des Israéliens qui ne cessent de répéter, et surtout depuis le retour aux affaires de Benjamin Netanyahu, qu'ils ne demandent pas mieux, eux, que de dialoguer sans trouver cependant un interlocuteur susceptible de parler au nom des siens. Avouons que les intéressés font de tout pour accréditer cette thèse. On a beau soutenir, contre toute évidence, que le nouveau gouvernement installé à Ramallah est le reflet d'une phase transitoire appelée à prendre fin tôt ou tard, tout le monde reconnaît in petto qu'il n'y a que le provisoire qui dure. Sur le plan pratique donc, il n'y a pas grand-chose à attendre, ce que reconnaît Fayyad quand il fait une déclaration absconse du genre : « Le programme de ce gouvernement sera en harmonie avec celui approuvé par la team précédente ; il cherchera à tirer partie de son élargissement pour améliorer sa capacité à servir le peuple. » Comprenne qui pourra...
Il ne faut pas croire que l'homme est, comme cherchent à le présenter ses détracteurs, une simple création des Américains. Ce technocrate, économiste de renom et ancien responsable à la Banque mondiale, a réussi en peu de temps la gageure d'assainir des finances publiques passablement embrouillées, ce qui a eu pour effet de mettre en confiance des bailleurs de fonds rendus méfiants par la gabegie qui prévalait du temps de ses prédécesseurs. Après sa prestation de serment, il a rappelé la nécessité de refaire l'unité des rangs, « la toute première question sur notre échelle des priorités », a-t-il dit. À ses vingt-quatre ministres incombera la difficile tâche de veiller au bien-être de quelque 2,5 millions de personnes vivant en Cisjordanie et d'assurer la subsistance du million et demi de leurs concitoyens à Gaza. Mais leur mission la plus délicate consistera à rassurer un Fateh de plus en plus isolé, affaibli par les dissensions internes, sans chef véritable et continuellement menacé d'être débordé par les islamistes dont les appels à l'arrêt de tout dialogue avec l'État hébreu rencontrent un écho favorable au niveau de la rue.
Cependant, le risque le plus inattendu vient, paradoxalement, du côté du protecteur yankee. Hier même, 76 sénateurs américains sur les 100 qui composent la Chambre haute se sont adressés au président Barack Obama pour lui demander de tenir compte des risques encourus par Tel-Aviv en cas d'accord de paix au Proche-Orient. Une nation mise en danger à cause d'une (improbable) solution : dire qu'on croyait épuisé ce filon...