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Économie

Le printemps des zombies

De Joseph E. Stiglitz*
Un esprit printanier souffle sur les États-Unis, les optimistes voient des « pousses vertes », signe de guérison de la crise financière et de la récession. Le monde est bien différent du printemps dernier, lorsque l'administration Bush affirmait encore haut et fort voir « la lumière au bout du tunnel ». Les métaphores et l'administration ont changé, mais pas l'optimisme, semble-t-il.
La bonne nouvelle est qu'il se peut que la chute libre se termine. Le taux de recul économique est moindre. Le fond ne serait pas loin - on le touchera peut-être avant la fin de l'année. Mais cela ne veut pas dire que l'économie mondiale sera véritablement rétablie d'ici peu. Toucher le fond n'est pas une raison pour abandonner les mesures énergiques prises pour ressusciter l'économie de par le monde.
Notre récession est complexe : c'est une crise économique combinée à une crise financière. Avant qu'elle n'éclate, les consommateurs criblés de dettes aux États-Unis étaient le moteur de la croissance économique mondiale. Ce modèle est tombé en panne et il n'est pas près d'être remplacé. Car même si les banques américaines étaient bien portantes, la santé des foyers serait toujours dévastée. Les Américains empruntaient et consommaient, supposant que le prix de l'immobilier ne cesserait d'augmenter.
L'écroulement des crédits a fait empirer la situation. Confrontées à un taux d'emprunt trop élevé et à des marchés en baisse, les sociétés ont vite réagi en réduisant leurs stocks. Les commandes ont chuté à pic - bien plus que la baisse du PIB -, et les pays qui dépendaient des produits d'investissement et des biens de consommation durable (dépenses qui pouvaient être repoussées) ont été particulièrement touchés.
Certains des domaines qui ont touché le fond en 2008 et au début de cette année vont se rétablir, c'est probable. Mais regardez bien les fondamentaux états-uniens : le prix de l'immobilier continue de chuter, la valeur des prêts hypothécaires dépasse celle du marché, le chômage augmente, les 39 semaines d'assurance-chômage de centaines de milliers de personnes touchent à leur fin. Certains états sont obligés de se séparer de leurs employés tandis que les recettes fiscales s'effondrent.
Le système bancaire vient juste d'être mis à l'essai pour s'assurer qu'il est capitalisé de manière appropriée - un test de résistance « au stress » qui n'impliquait aucun stress. Les résultats ne sont pas satisfaisants dans tous les cas. Or, plutôt que de saisir l'opportunité d'une recapitalisation, peut-être soutenue par le gouvernement, les banques semblent favoriser une réponse du style japonais : on va s'en sortir.
D'après les impérissables propos d'Ed Kane, ces zombies de banques - mortes au milieu des vivants - « parient sur la résurrection ». Tandis qu'elles répètent la débâcle des sociétés d'épargne et de crédit des années 1980, les banques tiennent une mauvaise comptabilité. (Elles étaient par exemple autorisées à conserver des actifs déficients sur leurs livres sans en réduire la valeur, sur l'idée fallacieuse qu'elles pourraient fructifier avant d'arriver à terme). Pire encore, la Federal Reserve les autorise à emprunter à taux bas, arguant que leurs biens affectés en garantie sont faibles, tout en prenant des risques.
Certaines banques étaient bénéficiaires au premier trimestre 2009, la plupart grâce à des tours de passe-passe comptables et à des bénéfices commerciaux (lisez : spéculation). Mais ce n'est pas ce qui va remettre l'économie sur pied au plus vite. Et si le pari est perdu, le contribuable américain devra payer un prix encore plus fort.
Le gouvernement américain aussi parie qu'il va s'en tirer : les mesures de la Fed et les garanties du gouvernement signifient que les banques ont accès à un financement à bas prix et que le taux d'emprunt est élevé. Sans mauvaise surprise - perte sur les prêts hypothécaires, immobiliers, professionnels ou sur les cartes de crédit -, il se peut que les banques s'en tirent sans traverser d'autre crise. D'ici à quelques années, les banques seront recapitalisées et l'économie reviendra à la normale. C'est le scénario idéal.
Mais une solide connaissance du monde laisse penser que ce point de vue est risqué. Même si les banques se portaient bien, la dépréciation et la perte de richesse qui en découle signifient qu'il est plus probable qu'improbable que l'économie soit faible. Et faible économie est plutôt synonyme de pertes bancaires que de bénéfices.
Les États-Unis ne sont pas les seuls concernés par le problème. D'autres pays (tels que l'Espagne) souffrent de leur propre crise immobilière. L'Europe de l'Est aussi a ses problèmes, qui se répercuteront probablement sur les banques occidentales largement financées par les emprunts. Dans une société mondialisée, les problèmes d'une région apparaissent vite dans une autre région.
Lors des crises précédentes, comme dans l'Est asiatique il y a dix ans, la reprise n'a pas tardé car les pays touchés pouvaient utiliser leurs exportations pour renouveler leur prospérité. Mais nous traversons une récession généralisée. L'Amérique et l'Europe ne peuvent user de leurs exportations pour sortir du marasme.
Le système financier doit être réparé, mais cela ne suffit pas à une guérison complète. La stratégie de réparation états-unienne est coûteuse et injuste, car elle récompense ceux qui ont créé ce chaos économique. Il existe pourtant une autre solution, conforme aux règles d'une économie de marché normale : un échange de créances contre actifs.
Ce type d'échange permettrait de restaurer la confiance du système bancaire et pourrait relancer les emprunts sans accabler le contribuable. Rien de très compliqué ni de nouveau. Mais il est évident que les obligataires n'aiment pas ce système ; ils préfèrent recevoir un cadeau du gouvernement. Or, l'argent public peut avoir une tout autre utilité, notamment un autre tour de relance.
Toute récession a une fin. Il s'agit désormais de connaître sa durée et sa nature. Au lieu de pousses printanières, nous devrions nous préparer à un autre hiver rigoureux : il est grand temps d'élaborer un plan B pour restructurer les banques et le parsemer d'éléments keynésiens.

© Project Syndicate, 2009.
Traduit de l'anglais par Aude Fondard
Un esprit printanier souffle sur les États-Unis, les optimistes voient des « pousses vertes », signe de guérison de la crise financière et de la récession. Le monde est bien différent du printemps dernier, lorsque l'administration Bush affirmait encore haut et fort voir « la lumière au bout du tunnel ». Les métaphores et l'administration ont changé, mais pas l'optimisme, semble-t-il.La bonne nouvelle est qu'il se peut que la chute libre se termine. Le taux de recul économique est moindre. Le fond ne serait pas loin - on le touchera peut-être avant la fin de l'année. Mais cela ne veut pas dire que l'économie mondiale sera véritablement rétablie d'ici peu. Toucher le fond n'est pas une raison pour...
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