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Nos lecteurs ont la parole

Les martyrs de Marie

Par Wassim HENOUD
Georgette n'est plus !
Fauchée par une voiture, victime anonyme et aussitôt oubliée à l'aube du premier jour du mois de la Vierge. Cette femme humble, dont la modestie n'avait d'égal que son amour pour les siens, son altruisme et sa dévotion pour Notre-Dame du Liban, a payé de sa vie le tribut de sa piété, sur la route qui monte vers Harissa.
Depuis qu'on a balafré cette montagne sacrée et désarticulé sans état d'âme le réseau de sentiers pittoresques où coulait paisible le flot des pèlerins, il n'y a pas un mois de mai qui passe sans que Jounieh ne soit le témoin silencieux de meurtres annoncés.
En effet, chaque année l'inconscience des chauffards, l'ego démesuré des conducteurs de grosses cylindrées et le manque total de considération des cortèges de ceux qui comptent, prélèvent leur dîme macabre sur ceux de toutes religions, de tous âges, de toutes origines et de toutes conditions qui montent confier leurs soucis et leurs prières à la protectrice du Liban.
Et sur le chemin qui mène vers sa statue, ce sort cruel et arbitraire trie sans pitié ceux qui seront sacrifiés sur l'autel de l'inanité de nos responsables temporels et spirituels. Ainsi, personne n'est à l'abri, parmi la foule des croyants qui se pressent fervents, pour rendre hommage à la Sainte Mère, en chantant ses louanges, tout en gravissant la côte rude, pieds nus et chapelet en main, des premières aux dernières heures de mai.  
On est franchement incapable d'expliquer l'indifférence révoltante des responsables de Jounieh face à ces accidents. Sont-ils donc devenus si résignés depuis que celle qui fut sans conteste la capitale académique du Levant est devenue ce qu'elle est ; que sa plage naguère immaculée est infectée par les égouts, et que sa fière montagne que couronne la basilique dédiée à Marie est rongée par une variole de béton. Une apathie vraiment surprenante de la part de la ville qui a payé si cher durant les années noires de guerre son hospitalité et son patriotisme en ployant sans broncher sous la pression des centaines de milliers de déplacés.
On ne peut pas en effet intenter à Jounieh le procès de se désintéresser du sort des pèlerins qui lui font la grâce de la traverser dans leur ascension vers le site de la Vierge. Mais on a le droit de faire le constat de l'ingratitude de nos gouvernants, surtout les chrétiens d'entre eux, et l'échec des conseils municipaux successifs, embourbés dans leurs querelles de clocher et leurs combats de coqs vaniteux. Un échec cuisant qu'on ne peut mesurer qu'à l'aune de l'immensité de l'honneur et du privilège de pouvoir guider et accompagner la préservation et le développement de cette perle unique sur la Méditerranée.
Que ce sang qui a éclaboussé les flancs de Harissa puisse illuminer les consciences de ceux qui ont la charge de Jounieh, et de tous ceux qui reconnaissent la dette de l'histoire envers elle. Responsables municipaux, députés, ministres et autres sont concernés par la sainte obligation de lancer enfin l'initiative d'assurer aux visiteurs mariaux la sécurité et la paix qui leur sont dus durant leur pèlerinage annuel. Si cette grâce les touche, ils sauront ce qu'il leur restera à faire. Amen.
(À la mémoire de Georgette Assaker, pèlerine mariale infatigable, tombée ce premier mai 2009 sur la route de Harissa, et de celle de tous les anonymes qui l'ont précédée et des autres qui malheureusement ne manqueront pas de la suivre sur ce calvaire).
Georgette n'est plus !Fauchée par une voiture, victime anonyme et aussitôt oubliée à l'aube du premier jour du mois de la Vierge. Cette femme humble, dont la modestie n'avait d'égal que son amour pour les siens, son altruisme et sa dévotion pour Notre-Dame du Liban, a payé de sa vie le tribut de sa piété, sur la route qui monte vers Harissa. Depuis qu'on a balafré cette montagne sacrée et désarticulé sans état d'âme le réseau de sentiers pittoresques où coulait paisible le flot des pèlerins, il n'y a pas un mois de mai qui passe sans que Jounieh ne soit le témoin silencieux de meurtres annoncés.En effet, chaque année l'inconscience des chauffards, l'ego démesuré des...
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