Le problème des incendies de forêts est très complexe comme l'ont souligné plusieurs intervenants lors de la conférence qui avait eu lieu mardi avec l'Association de développement et de conservation des forêts (AFDC) et les ministères de l'Environnement et de l'Agriculture, sous le patronage du Premier ministre lui-même. Le problème est complexe parce qu'il implique une multitude d'acteurs pour y faire face ; il a aussi une multitude de causes et de conséquences.
En effet, on risque maintenant de se retrouver face à une situation inédite : jusque-là, rien n'était entrepris - ou si peu -, ni par l'État ni par n'importe qui d'autre d'ailleurs, dans le domaine de la lutte contre les feux de forêts. Face aux arbres en feu, la condamnation était unanime et inévitable. Aujourd'hui, les responsables politiques semblent avoir confisqué notre vocabulaire : ils dénoncent à l'unisson la réduction des espaces verts du pays, qui représentaient encore 22 % du territoire au début des années 70, et qui n'en constituent plus que 13 % aujourd'hui, et parlent de « souci prioritaire de l'État ».
C'est un progrès et il serait absurde de s'en offusquer. D'ailleurs, les incendies ne disparaîtront jamais et bien gérer leur risque est déjà considéré comme un succès. Mais, pour en revenir aux responsabilités, une question s'impose : et si les bonnes paroles ne suffisaient pas ? Comme l'a relevé un de nos confrères au cours de la conférence, cette stratégie ainsi présentée définit-elle clairement les responsabilités ? À qui demanderait-on des comptes en cas d'échec, quand il y a une multitude d'acteurs impliqués, dont le plus proéminent semble être une ONG, l'AFDC - dont les efforts sont louables à n'en pas douter - et non une institution étatique ? Assistons-nous à un progrès majeur ou, au contraire, à une habile démission ? Un peu des deux peut-être.
Une des demandes récurrentes du président de la commission parlementaire de l'Environnement et fondateur de l'AFDC, Akram Chehayeb, qui était d'ailleurs présent mardi à la conférence, est la création d'une instance unique concernée par les incendies, ce qui simplifierait le travail et la définition des responsabilités. Pourquoi cette revendication de longue date n'a-t-elle pas été remise sur le tapis ? Cela semble être une bonne idée, même si la création d'un nouveau comité au Liban n'a jamais été une garantie de succès.
Dans le cas des incendies, le concept de responsabilité est extrêmement large. Chacun d'entre nous peut être vu comme une torche humaine involontaire. Une simple cigarette, une bouteille oubliée au soleil, et c'est un nouveau bois qui flambe. Comme pour tant d'autres dossiers écologiques, la vigilance vaut autant pour l'action de l'État que pour nos propres actes en tant que citoyens.

