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Liban - Croix-Rouge

La grande maison des secouristes d’Achrafieh

Le poste 102 a inauguré ce week-end ses nouveaux locaux, à Gemmayzé. Les secouristes bénévoles, qui se déplacent de centre en centre depuis 1978, ont rêvé de ce confort pendant plusieurs années et affirment qu'ils pourront désormais offrir de meilleurs services à la population.
« On déménage »... « enfin », auraient-ils pu ajouter à leur banderole. Les secouristes du centre 102 de la Croix-Rouge ont annoncé la nouvelle aux habitants de leur quartier, samedi après-midi, en défilant au départ de leur ancien poste de Tabaris, jusqu'au centre flambant neuf qu'ils ont inauguré quelques rues plus bas, à Gemmayzé. Escortés par deux ambulances, ils avaient chacun entre les mains un objet symbolique recueilli dans le vieux local : un brancard, un stéthoscope ou encore un drapeau aux couleurs de l'association. Les secouristes actuels avaient invité leurs aînés, anciens volontaires du poste 102, à les rejoindre pour ce moment fort : plus qu'un simple déménagement, il s'agit d'une victoire pour leur communauté, qui lutte depuis plusieurs années dans l'espoir d'obtenir de meilleures conditions de travail.
Les différentes générations de secouristes qui se sont succédé au poste 102 ont en commun leur esprit de famille et leur bonne humeur, mais pas forcément leur lieu de travail : ce ne sont pas les mêmes locaux qu'ils gardent dans leurs souvenirs. En trente ans, ils ont occupé cinq « centres » à travers Achrafieh. Le premier a ouvert ses portes en 1978, avec une dizaine de secouristes, pour disparaître deux années plus tard grâce à un arrêt momentané des combats dans Beyrouth. En 1981, la guerre reprend et la Croix-Rouge opère cette fois-ci à partir du sous-sol d'une école à Sassine, avant de déménager dans un appartement de Tabaris. Elle y restera pendant dix ans, et les bénévoles y travaillent dans des conditions difficiles - les locaux seront même touchés par des obus en 1990.

De déménagement en déménagement
En 1992, les propriétaires de l'appartement souhaitent reprendre possession de leur bien et contraignent le poste 102 à déménager une nouvelle fois. Direction la rue Sursock, où la famille Tuéni accepte de prêter les clefs de sa Maison Blanche, qui avait auparavant servi de pharmacie centrale à la Croix-Rouge libanaise. Les secouristes y sont moins à l'étroit, mais ils se considèrent encore comme réfugiés. « Nous sommes arrivés dans cette maison pour y rester temporairement... pendant 17 ans », s'amuse aujourd'hui Hassib Lahoud, secouriste bénévole et responsable du développement du projet du nouveau centre. Ils sont soumis à des problèmes d'humidité, de sanitaires en mauvais état et de manque de sécurité. Mais ils ont un espoir, une aubaine dont ils comptent bien profiter : en 1989, Joseph Kaaykati, un habitant de Gemmayzé, leur a légué une maison de deux étages qui constituerait pour eux le centre idéal. Ils en sont donc propriétaires, mais ne peuvent pas s'installer tout de suite. Le premier étage est occupé par des réfugiés, tandis que le second est fermé à clef par la famille de Kaaykati - elle conteste le testament et refuse de renoncer au bien familial. C'est une bataille juridique de deux ans qui s'engage alors et qui se terminera par un jugement en appel en faveur de la Croix-Rouge.
Le bâtiment sera dédié à Antoine Khairallah, l'avocat qui a accompagné l'association et permis cette victoire juridique. À partir de 1998, soit près de dix ans après le legs, le poste 102 peut enfin commencer à projeter son emménagement dans les nouveaux locaux. Après un certain nombre de procédures et la redomiciliation des réfugiés qui occupaient le premier étage, une équipe d'architectes et d'ingénieurs bénévoles se constitue pour entamer la rénovation du bâtiment. Les moyens manquent et il faut attendre un don de la Fondation al-Walid ben Talal, en 2006, pour démarrer le chantier.

Un vieux rêve qui se réalise
Aujourd'hui, plus de trente ans après la formation du premier poste 102 sous les obus qui tombaient sur Achrafieh, les secouristes disposent enfin de leur propre maison. « Notre travail s'effectue sur le terrain, explique l'un d'eux, mais il est important d'avoir notre chez-nous. Nous ne sommes plus en temps de guerre, alors nous avons aussi le droit à un peu de confort. » Et surtout, l'équipement du nouveau centre permet aux bénévoles de réagir plus efficacement aux situations d'urgence - ils n'ont plus à se laisser distraire par des problèmes techniques qui ralentissent leur travail. Le bâtiment est beau, typique du quartier où il se trouve, et moderne à l'intérieur ; devant le trottoir, deux places sont réservées aux ambulances.
Pour les anciens secouristes venus, samedi, inaugurer les locaux que vont désormais occuper leurs jeunes remplaçants, c'est un vieux rêve qui se réalise. Les retrouvailles sont chaleureuses : certains ne se sont pas revus depuis vingt ans, mais les souvenirs de leur amitié et de leurs interventions sous les bombes, pendant la guerre, sont encore intenses. Une ancienne ambulancière regarde la grande maison aux volets rouges fraîchement repeints et exprime sa fierté : « Avec mes amis du 102, on n'a jamais travaillé ici, mais je suis très contente de voir ça. Pendant trente ans, avec tout ce qu'on a vécu ensemble, on a créé des liens très forts... Et là, on vient de nous offrir une maison : on ne pouvait pas rêver d'une meilleure récompense pour une famille. »
« On déménage »... « enfin », auraient-ils pu ajouter à leur banderole. Les secouristes du centre 102 de la Croix-Rouge ont annoncé la nouvelle aux habitants de leur quartier, samedi après-midi, en défilant au départ de leur ancien poste de Tabaris, jusqu'au centre flambant neuf qu'ils ont inauguré quelques rues plus bas, à Gemmayzé. Escortés par deux ambulances, ils avaient chacun entre les mains un objet symbolique recueilli dans le vieux local : un brancard, un stéthoscope ou encore un drapeau aux couleurs de l'association. Les secouristes actuels avaient invité leurs aînés, anciens volontaires du poste 102, à les rejoindre pour ce moment fort : plus qu'un simple...
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