Sur la scène (élargie à leur intention), avaient pris place 180 musiciens (les plus âgés n'avaient pas plus de 26 ans) qui, avec une impressionnante énergie, se sont adonnés corps et âme aux morceaux interprétés. Ici, tout n'était que jeunesse, vigueur et flamme sous la baguette d'un non moins jeune maestro (Gustavo Dudamel, 28 ans), lui aussi un produit de ce cru.
Des talents nuancés et exubérants
L'histoire de cet orchestre est des plus fantastiques. Il est l'œuvre du visionnaire José Antonio Abreu (pianiste, éducateur, économiste) qui, il y a trente ans, a créé ce groupe en proposant aux plus démunis et dès l'âge de deux ans, la pratique de la musique classique. Une fois sensibilisés à ce genre, ces enfants de la rue ont réalisé qu'ils pouvaient avoir un avenir et sortir de leur misère. Ils se sont alors impliqués dans la musique à travers une perspective positive faite d'émotions et de découvertes, d'espoir et de rencontres, d'esprit de travail et de réalisation. Cette initiative, qui a été appelée « Fundacion del Estado para el Sistema de Orquestra Juvenil e Infantil de Venezuela » (en abrégé, la « Sistema »), est devenue la bouée de sauvetage des enfants traînant dans les rues. Et ce programme musical a eu un impact social d'une grande envergure. À ce jour, près de 250 000 jeunes garçons et filles ont fréquenté les écoles de musique devant produire cet orchestre. La majorité d'entre eux (90%) est originaire de milieux économiquement défavorisés. Parmi eux, l'actuel chef d'orchestre, Gustato Dudamel, qui a intégré la « Sistema » à l'âge de dix ans. Auparavant, il avait été initié à la musique par son père, tromboniste. À six ans, il déchiffrait la partition de la 5e Symphonie de Beethoven et dirigeait un orchestre imaginaire devant ses parents. Après sa formation à la « Sistema », il remporte le concours d'orchestre Gustav Mahler en 2004. Par la suite, il a eu pour conseiller Claudio Abbado, Daniel Barenboïm et Simon Rattle. Il dirige l'Orchestre national des jeunes Simon Bolivar du Venezuela depuis 1999. Et récemment, il avait été nommé directeur musical de l'Orchestre philharmonique de Los Angeles. Au Kennedy Center, l'Orchestre Simon Bolivar, unique en son genre, a dévoilé l'immense talent, tout en nuances et en intuitivité, de ses musiciens : jouant avec sensualité Daphné et Chloé (Ravel) et d'une manière syncopée et emportée Les Rites (Stravinsky). L'exaltation est montée d'un cran avec Santa Cruz de Pacairigua, une œuvre de la moitié du XXe siècle portant la signature du compositeur vénézuélien Evencio Castellanos. En guise de bis, le public a réclamé Mambo, tiré de West Side Story. Alors que ce public applaudissait à tout rompre, les musiciens lui ont jeté, comme ils le font d'habitude, leurs blousons aux couleurs du Venezuela, puis se sont mis à danser en faisant tournoyer leurs instruments. La musique comme instrument de sauvetage faisant passer les enfants de la rue aux scènes mondiales. Devenus des pros, ils ne cachent pas leur exubérance et leur joie de faire de la musique.


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