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Moyen Orient et Monde - Le Point

L’opium des talibans

Sur le papier, le plan semble parfait. Convaincu que, pour en finir avec une guerre qu'il traîne depuis bientôt sept ans, le mieux était d'en obturer le nerf principal (comprendre l'argent), le Pentagone s'est décidé à extirper le mal par la racine, qui est celle du pavot. La mise en place du dispositif est en cours ; elle devrait prendre fin d'ici au 20 août, date de l'élection qui permettra de désigner un successeur à Hamid Karzaï, aux commandes du pays depuis 2004 et dont le mandat est venu à expiration le 22 mai. En fait, cette présidentielle aurait déjà dû se tenir il y a des semaines, si la Cour suprême afghane n'avait pas décidé, le 29 mars, de prolonger le mandat du chef de l'État, s'attirant du coup une série de protestations et d'accusations de partialité. Mais l'organisme chargé de veiller à la constitutionnalité des décisions officielles avait fait valoir qu'il était difficile, sinon impossible, d'assurer la sécurité des citoyens. Encore qu'il soit permis d'exprimer de sérieux doutes sur la possibilité de respecter la nouvelle échéance, il semble bien que tant Kaboul que Washington et ses alliés soient désireux de faire comme si..., quitte, en cours de route, à porter un nouveau coup de canif au calendrier.
Penché sur ses cartes, l'état-major américain s'apprête à lancer quelque 20 000 marines dans un secteur incluant les provinces de Zaboul, Helmand et Kandahar, au cœur même du Talibanland, avec pour mission, dans un premier temps, d'en chasser les « étudiants en théologie », dans un second temps de détruire les champs d'opium, d'assécher cette source qui fournit aux combattants près de 300 millions de dollars par an et assure au vaste marché de la drogue 90 pour cent de ses besoins. Un programme propre à en effrayer plus d'un, mais l'assurance reste, chez les militaires, la chose du monde la mieux partagée, même si les plus violents combats sont encore à venir, même si la victoire est loin d'être assurée.
Première difficulté, et non des moindres, qui attend le commandement US : comment s'en prendre aux seuls islamistes s'ils se meuvent au sein de la population comme des poissons dans l'eau, pour reprendre l'expression chère au Grand Timonier ? Autrement dit, s'il est facile d'annoncer que les soldats s'en prendront aux seuls contrebandiers, il est autrement plus difficile de distinguer entre ceux-là et de (pas toujours) paisibles villageois qui vous jurent honnir ces extrémistes qui les terrorisent et leur extorquent leurs maigres ressources en échange d'une protection pas toujours efficace. D'ailleurs, le général John Nicholson, commandant en chef adjoint des effectifs de l'OTAN, n'est pas dupe de ce double langage qui affirme devant les correspondants de presse : « Il nous arrive souvent de découvrir dans une bourgade de la drogue et des IED (Improvised Explosive Device) appartenant à une même famille. »
Dès les premiers jours de cette année, l'équipe de Barack Obama avait fait savoir qu'il importait, pour augmenter les chances de victoire, de se battre aussi sur l'autre front, social et économique celui-là. Des crédits de l'ordre de 250 millions de dollars ont été engagés pour des projets comprenant l'aménagement de réseaux d'irrigation et de champs de blé. Il est question en outre d'affecter 200 millions à un plan prévoyant de percer des routes, indispensables à l'acheminement des récoltes. Il s'agit, résume Nicholson, de rétablir la situation prévalant avant le début des combats contre l'Armée rouge, soit il y a quelques dizaines d'années.
De l'autre côté de la frontière, la troupe pakistanaise est finalement passée à l'offensive contre ces mêmes talibans, dans le district de Dir, après avoir conclu avec eux un pacte non écrit leur livrant de larges portions de la vallée voisine de Swat. À Islamabad, politiciens et militaires reconnaissent que l'encombrant allié est, cette fois, allé un peu trop loin et qu'il importait de mettre un frein à la progression des partisans du Mullah Fazlullah. Trop tôt pour dire que c'est chose faite et par le passé, il est arrivé à certains de crier un peu vite victoire pour découvrir peu après, à leurs dépens, que le temps avait travaillé en faveur de l'ennemi. Le commandant en chef de l'armée, le général Ashfaq Parvez Kayani, s'est laissé convaincre par le contre-amiral Mike Mullen, chef de l'état-major interarmes US, d'engager 6 000 soldats, avec pour mission de pacifier le secteur de Buner.
Malgré tout le bel optimisme affiché par les uns et les autres, la cause est loin d'être entendue. Dans le cas de l'opium, par exemple, rares sont ceux qui croient que sa culture sera éradiquée ; par contre, ils sont nombreux à prédire que la production se raréfiant, sa valeur marchande ira en se renchérissant. Ce qui fait l'affaire des cultivateurs et de leurs protecteurs. Éternel Afghanistan...
Sur le papier, le plan semble parfait. Convaincu que, pour en finir avec une guerre qu'il traîne depuis bientôt sept ans, le mieux était d'en obturer le nerf principal (comprendre l'argent), le Pentagone s'est décidé à extirper le mal par la racine, qui est celle du pavot. La mise en place du dispositif est en cours ; elle devrait prendre fin d'ici au 20 août, date de l'élection qui permettra de désigner un successeur à Hamid Karzaï, aux commandes du pays depuis 2004 et dont le mandat est venu à expiration le 22 mai. En fait, cette présidentielle aurait déjà dû se tenir il y a des semaines, si la Cour suprême afghane n'avait pas décidé, le 29 mars, de prolonger le mandat du chef de l'État, s'attirant...
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