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Économie - Finance

Quelle analyse de performance pour l’ISR ?

Par le Dr Sophie NIVOIX*
Par le Dr Sophie NIVOIX*

Depuis le début de la décennie 2000, les prises de conscience environnementale, écologique, durable ou plus généralement éthique ont pris suffisamment d'ampleur dans l'esprit des investisseurs, pour que des fonds d'investissement dits socialement responsables (ISR) fassent aujourd'hui partie de l'offre des supports financiers. Leur orientation de gestion, et donc le choix des valeurs qu'ils s'autorisent à acheter, dépend donc de critères tels que la préservation de l'environnement, la moindre empreinte écologique, le rejet du tabac, alcool ou armement, et le respect des droits humains. Voilà pour l'objectif général, mais qu'en est-il de ce que surveillent l'ensemble des investisseurs, a fortiori sur ce segment de marché dominé par les institutionnels, à savoir la rentabilité obtenue en fonction des risques pris ?
Plusieurs études ont déjà été menées pour apporter une réponse à cette délicate question (on citera entre autres Novethic et Eurosif). Parmi leurs résultats, plusieurs méritent d'être soulignés. Tout d'abord, on remarque que sur la période 2002-2007 les indices classiques affichent des rentabilités plus élevées que les indices ISR, avec parallèlement un moindre risque. Autrement dit, la volatilité des rentabilités est plus faible pour les indices classiques, signe d'une meilleure efficience suivant la théorie financière. Lorsque l'on analyse les performances des fonds eux-mêmes, les fonds ISR n'enregistrent pas de meilleurs résultats que les fonds conventionnels, à l'exception de fonds liés exclusivement à un seul secteur, tel que les énergies renouvelables. Dans ce cas précis, la hausse du prix du pétrole se révèle un puissant facteur d'influence conjoncturel. Ensuite, l'analyse de la décomposition de la performance des fonds ISR indique que le choix des valeurs elles-mêmes n'explique que peu la rentabilité des fonds par rapport à la tendance générale du secteur ou du marché. Une gestion active des portefeuilles a donc moins sa place dans un univers où le choix des titres est lui-même restreint par les orientations initiales de la gestion. Notons enfin (et en serait-ce une conséquence ?) que les fonds ISR créés depuis 2007 ont tendance à ressembler essentiellement à des fonds thématiques, autrement dit sectoriels, permettant de profiter de niches de performances sur une durée parfois limitée.
Cependant, on peut se demander si la mesure de performance et l'exigence de rentabilité sont effectivement des critères aussi importants pour l'investisseur socialement responsable que pour l'investisseur classique. Par le fait même qu'il s'interdit de profiter de la rentabilité, peut-être très élevée, d'une entreprise polluante, vendant de l'armement ou du tabac, l'investisseur accepte dès le départ un coût en termes de résultat, à court terme au moins. À très long terme, et au-delà du terme de sa propre vie, cet investisseur aura la satisfaction d'avoir évité de contribuer trop à la dégradation des conditions d'existence sur terre. Que cela soit au prix d'une volatilité supérieure de ses actifs n'est là non plus pas une priorité. Les promoteurs de l'ISR ne devraient ainsi pas chercher sous quel aspect financier leurs fonds sont plus rentables, mais simplement mettre en avant le faible coût en termes de performance d'un effort collectif qui sera bénéfique à tous. De même qu'un donateur n'envisage pas de trouver un moyen de rendre son don gratuit, voire « rentable », l'investisseur en ISR doit être sensibilisé par d'autres arguments que l'investisseur classique.

(*) Spécialiste de finance à l'Université de Poitiers, professeur à l'ESA.
Par le Dr Sophie NIVOIX* Depuis le début de la décennie 2000, les prises de conscience environnementale, écologique, durable ou plus généralement éthique ont pris suffisamment d'ampleur dans l'esprit des investisseurs, pour que des fonds d'investissement dits socialement responsables (ISR) fassent aujourd'hui partie de l'offre des supports financiers. Leur orientation de gestion, et donc le choix des valeurs qu'ils s'autorisent à acheter, dépend donc de critères tels que la préservation de l'environnement, la moindre empreinte écologique, le rejet du tabac, alcool ou armement, et le respect des droits humains. Voilà pour l'objectif général, mais qu'en est-il de ce que surveillent l'ensemble des investisseurs, a fortiori sur ce segment de...
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