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Moyen Orient et Monde - Le Point

Peopolitique

Une élection présidentielle vient de se dérouler en Afrique du Sud, d'une portée immense s'agissant d'un géant économique à l'histoire riche en rebondissements. Et de quoi parle-t-on aujourd'hui ? De la « First Lady » qui s'apprête à installer ses pénates à Pretoria. On peut sourire de cette curiosité - encore que... -, le fait est là et il serait difficile de l'ignorer, surtout que le successeur de l'honorable Thabo Mbeki s'est (richement) doté de deux épouses, chacune aspirant à figurer demain, lors de rencontres internationales, aux côtés de Carla Bruni, Sarah Brown et Michelle Obama. Sacrifions, puisqu'il le faut, à la mode du commérage politico-mondain : aux dernières nouvelles, la tendance serait à l'instauration d'une alternance féminine au palais présidentiel en vertu de laquelle chacune des deux femmes accomplirait un « mandat » de six mois. À moins, dit-on encore, que le principal intéressé ne prenne une nouvelle femme, ce qui réglerait un sacré problème de protocole.
Ainsi donc, près de 50 millions de citoyens de cette « nation arc-en-ciel », l'expression est de l'évêque Desmond Tutu, confrontés comme nous tous, pauvres mortels, à la crise la plus grave de ces cent dernières années, seraient en fait anxieux de savoir qui de Nompumeleto Ntuli ou de Sizakele Khumalo sera intronisée demain en tant que compagne de Jacob Gedleyihlekisa Zuma, tel est le nom du nouveau chef de l'État miraculeusement reconnu innocent, il y a deux semaines, des charges pesant sur lui, dont les moins graves ne sont pas le racket, le viol et la corruption.
Il convient de s'interroger le plus sérieusement du monde sur cette peopolisation des plus hautes charges. Il existe des exemples relativement récents du phénomène. Au plus fort de la campagne électorale américaine, nous avions eu droit à des révélations fracassantes sur l'haleine du futur président yankee et la destination qu'il réservait à ses chaussettes sales. Avant lui, Nicolas Sarkozy avait fait la couverture d'hebdomadaires et de quotidiens lors de ses vacances égyptiennes ou américaines, de la fin de son idylle avec Cecilia et du début de ses amours avec Carla. Autant de pages à l'eau de rose entrecoupées de paragraphes gris, tel le « casse-toi, pauvre con », lancé en plein Salon de l'agriculture à l'homme qui avait refusé de lui serrer la main, ou encore l'invite sur un ton de défi adressée à un pêcheur breton. Quand Vladimir Poutine avait été battu au judo, lui qui est ceinture noire, les journaux s'en étaient donné à cœur joie, ironisant sur les piètres performances sportives du maître de la Russie. Régulièrement, il se trouve de fins analystes pour nous rappeler que François Mitterrand recevait régulièrement Élisabeth Tessier, « astrologue des stars et star des astrologues », par un tonitruant « Alors, comment vais-je et comment va la France ? » C'était pour se faire une idée, oh bien incertaine, du sort à venir du pays dont il avait la charge.
On pourrait multiplier à l'infini les exemples d'une histoire que l'on prétend écrire, ou à tout le moins éclairer, avec de petites histoires, en remontant plus loin encore que la réflexion de Pascal sur le nez de Cléopâtre. Sur ce point précis, sans doute sommes-nous condamnés à éternellement ignorer le sort qui aurait été celui de l'Égypte si l'appendice nasal de sa reine de l'époque avait été plus court, ce qui ne devrait pas nous désoler outre mesure. Pas plus que de savoir que le Premier ministre de Grande-Bretagne a perdu un œil dans un accident, alors qu'il se destinait à une carrière de rugbyman.
Il est, certes, des cas où un détail est susceptible de bouleverser le cours des choses, le destin d'un homme ou d'un groupe d'hommes. Il serait abusif d'établir, à partir d'une telle constatation, une sorte de grille de lecture générale et de donner plus d'importance qu'il ne saurait en avoir à ce qui ne devrait que prêter à sourire. Les hommes politiques sont nombreux qui savent user de ce stratagème pour, quand ils le jugent utile, détourner l'attention de leurs concitoyens des problèmes de l'heure. Dans leur staff figurent pour cela, faisant bon ménage avec les politologues, les « plumes » et les experts en tout genre, des publicistes, des conseillers et même des humoristes... Jacques Ségala, nous avait-on révélé autrefois, n'avait-il pas respectueusement suggéré à « Tonton » de se faire limer les incisives, qu'il avait par trop « vampiriques » ? L'intéressé, il était loisible de le constater, avait fini, après maintes hésitations, par obtempérer.
« Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes », notait il y a quelques siècles le grand Corneille. Dès lors, on pourrait se hasarder à avancer l'hypothèse qu'en ramenant à notre humble niveau les politiciens qui font profession de nous guider (au risque parfois de nous perdre), c'est un peu nous-mêmes que nous élevons. Peut-être même y a-t-il là comme une manière de leur balancer à la figure en la paraphrasant la célèbre phrase de Beaumarchais sur les maîtres indignes du rôle de valets.
Une élection présidentielle vient de se dérouler en Afrique du Sud, d'une portée immense s'agissant d'un géant économique à l'histoire riche en rebondissements. Et de quoi parle-t-on aujourd'hui ? De la « First Lady » qui s'apprête à installer ses pénates à Pretoria. On peut sourire de cette curiosité - encore que... -, le fait est là et il serait difficile de l'ignorer, surtout que le successeur de l'honorable Thabo Mbeki s'est (richement) doté de deux épouses, chacune aspirant à figurer demain, lors de rencontres internationales, aux côtés de Carla Bruni, Sarah Brown et Michelle Obama. Sacrifions, puisqu'il le faut, à la mode du commérage politico-mondain : aux...
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