Le patriarche, qui répondait aux questions de Walid Abboud, a commencé par dénoncer « les énormes dépenses qui sont faites » et qui « corrompent plus ou moins » le processus électoral. Il a également fait état des « tiraillements » auxquels sont soumis les électeurs. « Tiraillements internes », a-t-il dit, mais également « externes du fait que certains de nos voisins nourrissent des desseins et des buts dans ce pays, et s'efforcent de s'ingérer dans les affaires électorales ».
« Ils pensent, a-t-il précisé, qu'en gagnant les élections, ou si leurs collaborateurs gagnent les élections, ils auront enregistré une victoire ; il s'agit là d'un état de fait qui ne concerne pas, à ce que je pense, les deux camps, mais un seul d'entre eux. »
Par ailleurs, le patriarche a affirmé que la loi électorale de 1960 appliquée en ce moment « ne permet pas aux chrétiens d'élire tous les députés chrétiens » et que certains des élus « ne correspondront pas vraiment aux vœux des chrétiens ». Il a suggéré, entre autres possibilités, pour rectifier cet état de fait, que la circonscription uninominale soit adoptée, ou alors que chaque communauté élise ses députés, ou encore que d'autres découpages soient adoptés.
Un centre
Revenant à la charge sur un sujet qui lui tient à cœur, le patriarche Sfeir s'est à nouveau prononcé en faveur d'un bloc centriste dont la fonction serait de « faire pencher la balance ».
« Ce n'est pas nous, Libanais, qui avons inventé cet équilibre, qui existe dans de nombreux pays. Prenez l'Irlande, par exemple (...), le bloc centriste joue sa fonction là où il y a de l'extrémisme », a affirmé le chef de l'Église maronite.
Le patriarche Sfeir s'est félicité de ce que le chef de l'État, le président Michel Sleiman, « guide le navire dans la bonne direction », rappelant que ce dernier est « le président de tous les Libanais, et non pas seulement des chrétiens ». « Mais les chrétiens, a-t-il ajouté, et puisque Michel Sleiman est chrétien, voient en lui un homme qui est l'un des leurs, sans qu'il ne soit partial à leur égard (...) et cette politique centriste du président Sleiman a rendu au palais de Baabda son symbolisme. »
Les propos de Joumblatt
En ce qui concerne les propos tenus par le chef du PSP, M. Walid Joumblatt, à l'égard des maronites, le patriarche a affirmé que l'intéressé a « clarifié » sa position. « Par le biais d'un émissaire, le ministre Waël Bou Faour, le chef du PSP a réaffirmé son respect et son estime pour le siège patriarcal », a déclaré Mgr Sfeir.
« De toute façon, a-t-il ajouté, nous portons respect et estime à M. Joumblatt, et je ne pense pas que les propos qu'il a tenus ont eu une incidence significative sur la réconciliation historique dans la Montagne, d'autant qu'il a clarifié ce qu'il avait voulu dire. »
À l'approche d'une nouvelle réunion, mardi, à Baabda, de la table de dialogue national, le patriarche Sfeir a affirmé : « Le dialogue, en principe, c'est mieux que l'absence de dialogue, mais nous ne voulons pas non plus que ce dialogue se transforme en une comédie, nous ne voulons pas le dialogue pour le dialogue. Nous voulons que ce dialogue ait un objectif, qu'il y ait entente, que quelque chose change. Jusqu'à présent, ce dialogue n'a pas servi à grand-chose. Mais la situation pourrait changer. »
Pas de visite en Syrie
Sur les perspectives de paix au Liban, le patriarche s'est montré réaliste. « Il ne saurait y avoir de paix permanente au Liban, a-t-il affirmé, tant que des armes non officielles sont aux mains de certaines parties. Je pense que ce qui se passe au Liban, à ce sujet, échappe aux règles internationales en vigueur. »
Enfin, le patriarche a exclu « pour le moment » une visite en Syrie. « Nous ne pensons pas qu'une telle visite est nécessaire en ce moment », a-t-il dit, tout en considérant et en « bénissant » les échanges diplomatiques entre le Liban et la Syrie.
« En échange, a-t-il enchaîné, les Syriens continuent de s'ingérer à leur guise dans les affaires internes libanaises, à travers leurs amis... »
Et le patriarche de se prononcer en faveur d'une révision des accords conclus avec la Syrie « s'ils ne servent pas les intérêts des deux pays ».
« Les relations, a-t-il expliqué, doivent être équilibrées, égales et dans l'intérêt des deux pays. Si elles servent l'intérêt d'un seul des deux pays, il ne s'agit pas de relations bilatérales. »


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