Le récit commence à une date symbolique et chargée d'événements dramatiques pour le monde arabe : 1948. Des officiers à bord d'un train en direction d'el-Arich, sur la route de Gaza en Palestine, ont la mission de déloger les habitants des kibboutzim et de libérer les territoires palestiniens.
Mission vouée à l'échec faute de moyens militaires et en raison de l'absence de coordination avec le régime en Égypte, incarné par un monarque frivole et volage.
Le livre se compose de deux parties. L'espace dans la première partie est partagé à parts égales entre les deux antagonistes : le roi Farouk et le colonel Gamal Abdel Nasser. Ce qui n'est pas le cas dans la deuxième partie du livre où Nasser, rapidement devenu leader du monde arabe et protagoniste à part entière, vole la vedette à un roi fils de roi.
Pour Nasser, la guerre de 1948 n'était pas la sienne parce que son combat est ailleurs. Libérer son pays d'un monarque non égyptien et vassal des Anglais, les vrais patrons du pays.
Nasser, avec une poignée d'officiers libres dont Amer et Sadate, établit un projet en six points : liquider l'occupation britannique ; éliminer le féodalisme ; mettre fin à la domination du capital sur le pouvoir ; instaurer l'équité sociale ; constituer une armée intègre et puissante ; établir une vie démocratique saine.
Le 23 juillet 1952, un coup d'État militaire est organisé, sans bavures et sans effusion de sang, mettant fin à une monarchie séculaire, albanaise, fondée par le vice-roi Mohammad Ali Pacha.
Farouk laisse à ses successeurs un pays délabré, rongé par des siècles d'un féodalisme qui privilégiait une minorité. Les ressources de l'État, surtout le canal de Suez, sont sous contrôle britannique.
Des réformes s'imposent pour s'en sortir et renflouer le trésor public. La réforme la plus célèbre reste de loin celle du secteur agricole. Il s'agit aussi de mettre à contribution le « fellah », l'ouvrier agricole, lui donner un rôle, doter le nouveau gouvernement d'un certain prestige, d'un capital de sympathie et d'amour dans un pays d'Orient où les comportements humains sont dictés par les sentiments.
Le roi déchu s'en retourne à ses occupations d'antan : le jeu, les femmes, la nourriture. Un train de vie financé par son bienfaiteur, le roi Saoud d'Arabie saoudite. L'ex-souverain attendait un come-back qui tardait à venir. Sa nouvelle vie défraye la chroniques des magazines européens.
Pendant ce temps, l'Égypte se transforme et bouillonne. Le guide suprême des Frères musulmans est arrêté par Nasser dans sa guerre contre le fanatisme et le terrorisme.
Les membres du Conseil de la révolution se déchirent, le pouvoir les enivre et leur fait oublier certains de leurs objectifs. Un remaniement au sein du gouvernement est orchestré par le bikbachi, qui devient, le 17 avril 1954, effectivement et officiellement - et non plus officieusement - le président de la République.
Confronté à une démographie galopante, une administration souffrant de malthusianisme et le refus des Américains de leur vendre des armes, le régime ne parvient pas à concrétiser les réformes et les grands projets inscrits à son calendrier. Cela étant, le financement devait être à la limite des ambitions. Faute de financement américain, après une période d'expectative et des promesses mensongères, Nasser nationalise la Compagnie internationale du canal de Suez, mettant fin à des années d'asservissement du peuple égyptien grâce à qui le canal a été creusé. 120 000 Égyptiens étaient littéralement morts à la tâche.
Cette action lui vaut une popularité sans limite, frôlant l'idolâtrie, auprès des Arabes et des nationalistes du monde entier qui aspirent à l'indépendance et à la libération du joug de la colonisation. D'un bout à l'autre dans le monde arabe, le nom du nouveau leader est scandé et salué par des youyous. Nasser ne signifie-t-il pas vainqueur en langue arabe ?
En nationalisant la compagnie du canal, dont la concession arrive à échéance en 1969, soit treize ans après, Nasser a anticipé les événements.
Toutefois, ce zèle vaut à l'Égypte une riposte d'envergure qui ne saurait tarder. La Grande-Bretagne, la France et Israël se lancent dans une opération militaire contre l'impudent. Cette guerre est fermement condamnée par l'opinion mondiale, laquelle dénonce les erreurs commises et surtout la participation d'Israël, ennemi déclaré des Égyptiens, alors que la sécurité territoriale de ce pays n'a pas été menacée.
Cette guerre des grandes puissances laisse un mauvais souvenir dans l'esprit arabe et creuse davantage la faille entre l'Égypte et ses agresseurs. Les hostilités continuent entre Égyptiens et Israéliens, aggravées par des erreurs de gestion de l'appareil égyptien. Du côté israélien, le succès est assuré grâce à une collaboration américano-israélienne.
Une autre date triste et lourde d'affronts vient maculer l'honneur bafoué des nations arabes : la débâcle de juin 1967. Nasser démissionne, le peuple refuse et crie : « Ne nous abandonne pas, Gamal ! Reste ! Reste ! Nous avons besoin de toi ! »
Des années plus tard, lors d'un entretien avec l'envoyé spécial du quotidien français Le Monde, Nasser déclare qu'il ne s'opposerait pas à faire la paix avec Israël et qu'il était favorable à la solution de tous les contentieux. Cette proposition reste lettre morte et sans réponse du côté israélien et occidental.
Quelques mois plus tard, Nasser est terrassé par une crise cardiaque. Il aura connu une vie tourmentée : le soldat était mort depuis le jour de la défaite de 1967, selon les dires de ses proches et de tous les analystes.
Qu'en aurait-il été du conflit arabo-israélien si la politique de la main tendue par Nasser avait été entendue trente-neuf ans avant ?
Des vies humaines auraient été sauvées et des guerres évitées ! Mais récrit-on l'histoire avec des si ?...


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