Le numéro deux du Hezb, cheikh Naïm Kassem, déclare ainsi : « Nous sommes le plus fort des partis libanais. Aucun gouvernement ne peut nous ignorer, nous formons une partie importante de l'État. » Il ajoute qu'à son avis « lorsqu'un parti l'emporte sur un autre, il ne saurait y avoir de changements radicaux au Liban, car dans ce pays les parcours ou processus politiques sont maintenant devenus stables, maintenant que l'échec de la majorité parlementaire à placer le Liban sous la domination américaine ou au service de l'agenda israélien a échoué ».
Cependant, le général Michel Aoun, allié du tandem Amal-Hezbollah, s'en démarque nettement, au sujet de la participation. Il assure que « si nous voulons édifier un État, il faut qu'aucun de la majorité actuelle ne revienne » (au pouvoir). De même, tandis que Nabih Berry et Hassan Nasrallah se disent attachés à Taëf, bien qu'en pratique, ils ne voient plus que Doha, le général indique franchement que « si nous décrochons la majorité aux élections, nous amenderons Taëf » (déclaration faite à Damas).
Quoi qu'il en soit, pour nombre d'observateurs avertis, il ressort de l'insistance d'Amal et du Hezbollah à promouvoir le patchwork, qu'il leur est interdit de lâcher la carte maîtresse du blocage, du torpillage de l'État libanais. Même s'ils gagnent les élections, ils doivent continuer à pouvoir en jouer, ce qui ne pourrait plus être le cas s'ils assumaient le pouvoir, avec leurs alliés, en solo. Car l'Iran et la Syrie veulent toujours se servir de la scène libanaise comme moyen négociable de pression sur les USA, tant au sujet du nucléaire iranien que sur le rôle régional (et libanais) de Damas.
Le tribunal international intéresse particulièrement les Syriens. S'ils ont l'assurance de ne pas en pâtir, ils seraient prêts à céder beaucoup. À aider à l'application de la 1701, arrangement sur l'armement du Hezbollah compris, à débloquer Chebaa, à verrouiller les frontières après tracé, à démanteler les bases palestiniennes, à réactiver positivement les pourparlers sur le Golan, sous égide américaine.
Pour l'Iran, la priorité va au nucléaire. Il lie à ce dossier son comportement au Liban, en Irak, en Afghanistan et en Palestine, en réclamant la fusion, pour examen commun négocié, des propositions internationales, notamment des Six, et des siennes propres. Le vice-président iranien, Rida Aghazada, promet que le démarrage de pourparlers sur le nucléaire de son pays conduirait au règlement de nombreux volets comme l'Irak, l'Afghanistan et le Liban.
Dès lors, il se confirme que l'évolution politique au Liban dépend largement de l'extérieur. En cas de victoire des loyalistes aux législatives, Damas et Téhéran demanderaient à leurs alliés du cru d'exiger de participer au prochain gouvernement. Faute de quoi il ne pourrait pas voir le jour : Amal et le Hezbollah contrôlent si bien politiquement la communauté chiite qu'elle ne saurait avoir de représentant au cabinet sans leur aval. Et en cas de victoire du 8 Mars, ils garderaient comme objectif de laisser le Liban ingouvernable de manière autonome, jusqu'à ce que l'Iran et la Syrie obtiennent satisfaction des Américains.


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