Ce très bon reportage, réalisé par Jean-Charles Deniau, « construit sur un équilibre délicat entre témoignages - des ex-otages, des politiques, des ravisseurs - et explications historiques », suscita quand même en moi deux sentiments très intenses. En premier lieu, une profonde tristesse pour des hommes réduits au statut d'objets de surenchère. Des otages aux mains du régime iranien qui cherchait, à travers ces enlèvements, à faire aboutir ses revendications avec la France. Des hommes qui n'en étaient plus, plongés brutalement dans les séquestrations, l'humiliation, les menaces de mort et les exécutions sommaires, la lente et douloureuse agonie de Michel Seurat. Mais aussi, ce reportage provoqua en moi un ressentiment violent contre ceux qui avaient fait que nous Libanais allions être labellisés de terroristes ; parce qu'un groupe de miliciens « libanais aussi », affilié à la République islamique d'Iran, exécutait les plans politiques iraniens sur notre sol, ne prenant aucunement en compte le sort d'un peuple qui subira durant plusieurs années les conséquences de leurs actes monstrueux.
Le destin des otages et le sort d'un peuple se rejoignaient dans l'injustice, le kidnapping, et les séquestrations des libertés et du libre choix.
À quelques semaines des élections, et surtout s'agissant du destin de ce pays tiraillé par des rivalités internes, résultat de pressions régionales, il m'importe de revenir sur cette période.
Avons-nous oublié ce que nous étions devenus au regard du monde ? Comment nous, Libanais, si fiers de notre histoire et de nos origines, cherchions à acquérir d'autres nationalités puisque la nôtre nous pesait ? Nous étions devenus des renégats au vue du monde occidental parce qu'une milice locale à la solde du régime iranien faisait subir à un pays entier le poids des enjeux et la surenchère des négociations entre les deux protagonistes concernés, l'Iran et la France.
Depuis quelques années, notre volonté est kidnappée non seulement régionalement, mais aussi localement : Parlement bloqué, centre-ville occupé, sièges de média incendiés, quartiers envahis, guerres imposées, voitures détruites, journalistes tabassés, des hommes menacés ou enlevés, voire toutes les libertés civiles violées.
Dernièrement, lors d'une discussion entre collègues, une amie chiite du Liban-Sud nous avait relaté ce fait : après le départ des Israéliens, en compagnie d'un groupe de jeunes et heureux de pouvoir retourner dans leur village libéré, ils voulurent organiser des festivités folkloriques telles que celles qui sont tenues partout ailleurs en été dans nos villages. Un groupe de miliciens armés sont arrivés, ils bousculèrent les tables et firent taire la musique. La raison : il était strictement interdit aux villageois de se réjouir. « Mais à y réfléchir de plus près, nous dit-elle, l'enjeu est que si la paix et la joie revenaient, et que la culture du martyre se mourait graduellement dans les esprits des gens du Sud, comment justifieraient-ils leur existence et leurs positions ? La guerre, c est leur seule vraie raison d'être. »
Le Liban est confronté à deux visions diamétralement antagoniques : la première soutient le recours à la guerre, le blocage des institutions et l'obédience à l'axe syro-iranien ; et l'autre est tournée vers un futur bâti sur des droits civiques, fondé sur un État souverain, le recours aux institutions légales et l'ouverture à la communauté internationale.
En toute objectivité, c'est pour empêcher encore une fois un kidnapping que je me dois de voter non pas « pour » quelqu'un cette fois mais « contre » son projet.
Diala El-YAFI


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef