Une minute de silence a été observée à midi à la mémoire des victimes de la guerre. Cette cérémonie représente une première victoire pour l’association Mémoire pour l’avenir, présidée par Amal Makarem, qui travaille depuis l’an 2000 en vue de faire reconnaître le 13 avril comme journée nationale du souvenir. Des commémorations sont organisées chaque année à l’initiative d’organisations privées, mais c’est la présence de l’État qui marque la différence cette année : une nouvelle étape est ainsi franchie dans la « réconciliation des Libanais autour de leur passé », selon l’association.
« Ce mémorial sera dédié à la guerre de 1975, mais aussi à toutes les guerres qui ont suivi et qui n’ont pas encore de nom », a déclaré Maha Hafez, de Mémoire pour l’avenir. Il s’agit ainsi de se souvenir pour ne pas recommencer, en valorisant les principes de paix et de démocratie qui doivent empêcher une nouvelle guerre de se déclencher. Amal Makarem, présidente de l’association, s’est exprimée hier en mettant en avant l’importance de ces valeurs, qui doivent selon elle passer avant le patriotisme : « Vous dites le Liban d’abord, mais si vous me le permettez, je dirai le Liban ensuite. D’abord, il y a les principes de liberté qui sont à la base de l’unité nationale. »
La lutte contre le confessionnalisme est au premier plan de ces revendications démocratiques. En février, le ministère de l’Intérieur a pris la décision de permettre aux Libanais de supprimer la mention de leur appartenance religieuse sur leurs extraits d’état civil. Après la cérémonie, hier matin, de nombreux citoyens ont été invités à coller leurs extraits d’état civil, religion barrée, sur une carte géante du pays, étalée sur la place des Martyrs.
Le travail continue pour l’association après le 13 avril. Elle a d’abord des ambitions d’historienne : recenser les noms des victimes de la guerre, pour éventuellement les inscrire sur le futur mémorial, et établir un chiffrage officiel de ces victimes. Il s’agirait à terme de « former une instance nationale qui sera chargée d’écrire l’histoire de la guerre selon ses multiples versions », comme le précise le site Internet de Mémoire pour l’avenir, qui appelle également à résoudre rapidement la question des disparus et des déplacés de guerre. Un concours est lancé pour confier à un artiste libanais la responsabilité de dessiner le mémorial qui sera érigé place des Martyrs.

