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Liban - Crime

Mettre un terme à l’impunité

Quatre soldats ont été tués hier et un autre gravement blessé dans une embuscade contre leur patrouille dans la Békaa.
« À 11h00, un véhicule de l'armée a été pris dans une embuscade tendue par des hommes armés. Quatre soldats ont été tués et un officier a été blessé. »
C'est par ce communiqué publié par Yarzé hier en matinée que ce nouveau crime contre l'armée a été officialisé. Le véhicule militaire, de type Defender, a été attaqué sur l'autoroute reliant Rayak à Baalbeck, au niveau de la localité de Tamnine-Tahta - une attaque très probablement liée à la mort récente d'un baron de la drogue, Ali Abbas Jaafar, tué par l'armée le 27 mars dernier.
Les criminels étaient dans une jeep Cherokee de couleur noire dont les vitres avant et latérales avaient été enlevées. Ils ont mitraillé le véhicule, tuant net le chauffeur. Ils ont ensuite tiré une roquette de type Energa sur la voiture qui s'était encastrée dans la devanture d'un magasin, tuant trois autres soldats sur le coup et en blessant un quatrième. Les témoins présents sur la scène du crime se sont empressés de conduire les cinq hommes à l'hôpital de Rayak.
Quelques minutes plus tard, des tirs ont été entendus dans le quartier de Charawiya à Baalbeck, fief de la famille Jaafar. Des tirs de joie ? « Absolument pas », a affirmé le clan dans un communiqué, assurant qu'il ne soutiendrait aucun de ses membres s'il s'avérait qu'il était incriminé dans l'agression. Signalons que cet incident a coïncidé avec la présence à Baalbeck de 86 touristes français qui ont été terrorisés par ce qui s'est passé et qui ont été conduits à Zahlé, au domicile du ministre du Tourisme Élie Marouni, sur injonction de ce dernier.
Quant à l'armée, elle s'est immédiatement mobilisée, demandant aux habitants de « ne pas donner refuge aux criminels » et de coopérer avec elle au maximum. L'axe Rayak-Baalbeck était coupé au niveau du village de Tamnine et la circulation y était pratiquement nulle. Des renforts sont arrivés des quatre coins de la Békaa et la mobilisation était à son paroxysme, tant sur terre, avec un déploiement notable de blindés, que dans les airs, où passaient et repassaient des hélicoptères Gazelle.
En soirée, l'armée a commencé à prendre d'assaut plusieurs domiciles dans le quartier de Charawiya, notamment ceux de Hassan Abbas Jaafar et de son frère.
Notons que trois des quatre soldats décédés étaient originaires du Akkar ou y habitaient ; la nouvelle de l'embuscade et ses conséquences ont fait l'effet d'une bombe, plongeant les trois localités dans une infinie tristesse. Il s'agit de Khodr Sleiman, né le 14 avril 1967, Zakaria Hoblos, né le 1er octobre 1984, et Badr Baghdad, né le 18 novembre 1981 (leurs funérailles se tiendront aujourd'hui) ; la quatrième victime étant Mahmoud Maroun,originaire de Tripoli. Enfin, le soldat blessé, Allam Dounia, a été transporté de l'hôpital de Rayak à l'hôpital Saint-Georges des grecs-orthodoxes à Achrafieh, où il a reçu la visite du commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi.

Les réactions
L'agression contre la patrouille de l'armée a suscité une série de réactions indignées dans les différents milieux politiques, toutes tendances confondues.
Le président de la République a interrompu ses audiences à Amchit et demandé au général Kahwagi (qui a reçu un appel téléphonique de condoléances de la part du n° 2 du Hezbollah, Naïm Kassem) d'« afficher la plus grande fermeté face aux agresseurs, quel que soit le prix à payer ».
Le chef du Législatif et leader du mouvement Amal, Nabih Berry, a estimé que cette agression constitue « une atteinte à la sécurité nationale et à l'ordre public ». Mettant l'accent sur la nécessité d'arrêter et de sanctionner les coupables, il a exhorté les habitants de la Békaa à « soutenir le processus de rétablissement de la sécurité et de la stabilité », affirmant que « toute atteinte à l'armée est une atteinte au Liban ».
Le Premier ministre Fouad Siniora, qui se trouvait en visite privée au Caire, est entré en contact  avec le ministre de la Défense, Élias Murr, et avec le commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi, soulignant la nécessité « d'appliquer la loi à tous les citoyens et dans l'ensemble du territoire libanais ».
De son côté, interrogé par L'Orient-Le Jour, Ziyad Baroud, ministre de l'Intérieur, a affirmé la solidarité du gouvernement avec l'armée. « Il est trop tôt pour commenter cet événement, a-t-il déclaré. J'ai des informations qui ne sont pas suffisantes pour que je puisse me prononcer. Je peux simplement dire que sur le plan du principe, ce qui s'est passé est inacceptable. Cela reflète à quel point certains sont dérangés, sont gênés par l'action que l'armée est en train d'entreprendre partout dans le pays. Mais cela va consolider la solidarité de tout le monde, tant au niveau du gouvernement que sur le plan populaire, avec l'armée. Et d'un autre côté, cela va rendre l'armée encore plus déterminée à poursuivre ce qui a déjà été entamé. »
Le député Michel Pharaon a réaffirmé son appui à « l'institution militaire qui apporte quotidiennement la preuve qu'elle n'hésite pas à consentir des sacrifices pour défendre l'État des institutions ». Et M. Pharaon de souligner que l'affaire de Rayak « apporte la preuve du bien-fondé de notre position portant sur la nécessité de limiter au seul État libanais le droit de faire usage des armes ».
Le Amid du Bloc national, Carlos Eddé, a déclaré que « les tirs contre la patrouille de l'armée mettent en relief à quel point les éléments armés ont agi en toute confiance et tranquillité en exécutant cette agression ». « Cette affaire apporte la preuve que la présence d'armes en dehors du cadre de l'armée et des forces de l'ordre ne peut aboutir qu'à ce genre d'incident », a déclaré M. Eddé.
Le Hezbollah a publié un communiqué condamnant « fermement » l'agression, soulignant la nécessité de sanctionner les coupables et insistant sur « la coopération entre les habitants de la Békaa et l'armée afin de renforcer la stabilité et la paix civile ».
Le Courant chiite libre a souligné pour sa part que « ceux qui commanditent ces incidents cherchent à les exploiter afin de rétablir leur contrôle sur les familles et les tribus de la Békaa qui ont constamment soutenu l'armée et l'État ». « Mais d'aucuns veulent les persuader qu'ils sont en mesure de les protéger de l'armée et des forces de sécurité dans le but de les phagocyter », a affirmé le Courant chiite libre.
M. Misbah Ahdab, député de Tripoli, a vivement stigmatisé l'agression, soulignant qu'elle  constitue « une atteinte à la sécurité nationale ». Réaffirmant la nécessité de limiter la détention d'armes aux seules institutions militaires légales, M. Ahdab a réclamé une enquête rapide et immédiate pour démasquer et appréhender les coupables.
M. Nicolas Fattouch, député de Zahlé, a condamné l'agression « au nom des forces du 14 Mars à Zahlé et dans la Békaa », précisant qu'elle ne vise pas uniquement l'armée mais « surtout l'autorité de l'État et la paix civile ». Soulignant que les réprobations ne suffisent plus, M. Fattouch a pressé le gouvernement  d'adopter des mesures urgentes et fermes « afin de préserver l'autorité de l'armée ».
M. Massoud Achkar a relevé qu'« il n'est plus admissible que l'institution militaire soit la cible d'embuscades menées par des hors-la-loi ». Il a exhorté à ce propos les autorités politiques à « prendre la décision qui s'impose afin de mettre un terme  à la dégradation de la sécurité dans le pays ».
L'ancien Premier ministre Nagib Mikati a souligné qu'« il ne saurait y avoir de paix civile et de stabilité en dehors de l'autorité de l'armée ». Il s'est déclaré confiant dans le fait que l'armée parviendra à faire face « aux criminels, aux extrémistes et à toute forme de terrorisme ».
Le ministre Mohammad Safadi a réclamé « une couverture politique totale à l'armée afin qu'elle puisse frapper d'une main de fer ceux qui portent atteinte à la sécurité ».
Le député Élias Skaff a stigmatisé les agressions répétées contre l'armée, rappelant dans ce cadre les agressions perpétrées par Israël lors de la guerre de juillet 2006 et celles du camp de Nahr el-Bared.
Ont également stigmatisé l'agression contre l'armée le chef du Courant du futur, le député Saad Hariri, le parti Kataëb, le parti Tachnag, la Jamaa islamiya, le vice-président du Conseil supérieur chiite cheikh Abdel Amir Kabalan, le mufti de la République cheikh Mohammad Rachid Kabbani, l'ancien Premier ministre Sélim Hoss, le ministre Faouzi Salloukh, les députés Riad Rahhal, Ammar Houri, Nehmetallah Abinasr, Ali Osseirane, Assaad Herdane et Camille Maalouf, M. Michel Moawad, ainsi que le chef du CPL, le député Michel Aoun (lire par ailleurs).
« À 11h00, un véhicule de l'armée a été pris dans une embuscade tendue par des hommes armés. Quatre soldats ont été tués et un officier a été blessé. »C'est par ce communiqué publié par Yarzé hier en matinée que ce nouveau crime contre l'armée a été officialisé. Le véhicule militaire, de type Defender, a été attaqué sur l'autoroute reliant Rayak à Baalbeck, au niveau de la localité de Tamnine-Tahta - une attaque très probablement liée à la mort récente d'un baron de la drogue, Ali Abbas Jaafar, tué par l'armée le 27 mars dernier.Les criminels étaient dans une jeep Cherokee de couleur noire...
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