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Nos lecteurs ont la parole

L’alliance de l’eau et du feu

Par Nadim BARBOUR
Le Liban est un petit pays. Comme tout petit pays, il doit pouvoir compter sur l'ordre international pour se protéger, car il a intérêt à éviter la politique des blocs pour s'épargner des conflits importés auxquels il ne peut faire face.
Le Liban a choisi comme système de gouvernement la démocratie parlementaire. C'est un système idéal pour garantir les libertés civiles et politiques ainsi que le bon fonctionnement des institutions, mais il est plus vulnérable que d'autres systèmes aux vents hostiles soufflant de l'extérieur. D'autant plus que le Liban a pour voisins immédiats deux pays qui ne lui veulent pas du bien, jusqu'à nouvel ordre. À sa frontière sud, un ennemi juré qui n'a pas cessé de le déstabiliser depuis des décennies. À ses frontières nord et est, un « pays frère » avec un régime totalitaire qui a été contraint de retirer son armée d'occupation en 2005, qui a dû à contrecœur initier des relations diplomatiques après soixante-six années de refus catégorique, mais qui n'a pas renoncé pour autant à ses ambitions hégémoniques malgré les apparences.
Le Liban est un pays pluricommunautaire. Il se doit d'assurer un équilibre durable entre les divers groupes confessionnels et ethniques qui le composent, que ce soit du point de vue politique, social, culturel ou religieux. C'est pourquoi le Liban a opté pour une démocratie consensuelle, consacrée par la Constitution : la parité islamo-chrétienne dans les hautes sphères du pouvoir.Toute autre définition de la démocratie consensuelle, comme celle qui réclame la participation de l'opposition au gouvernement avec droit de veto (le fameux tiers de blocage), n'est qu'une aberration démagogique, car elle contredit les fondements mêmes de la démocratie parlementaire. Car à quoi sert-il de faire des élections législatives si la majorité issue du scrutin est incapable de gouverner ?
La condition primordiale pour que le Liban, petit pays démocratique et pluricommunautaire, redevienne un havre de prospérité, est la stabilité.
La stabilité a trois ingrédients majeurs : la sécurité, un État fort et une justice indépendante qui applique la loi à tous les citoyens sans exception.
Tant qu'il existe au Liban un État dans l'État, une organisation qui :
  • prend ses ordres d'un régime autocratique étranger;
  • exerce un contrôle absolu sur le tiers du territoire national où sa loi et non pas la loi est appliquée;
  • a une armée suréquipée et un réseau privé de communications;
  • inculque son système d'éducation propre à sa population, faisant fi des traditions de tolérance, de convivialité et de civisme qui constituent les fondements de la société libanaise;
  • paralyse le gouvernement, le Parlement, la justice et le reste des institutions de l'État, en ne faisant passer que les décisions qui lui conviennent et en bloquant le reste;
  • verrouille le Parlement et squatte le centre de Beyrouth durant plus d'un an, retarde de sept mois l'élection présidentielle, coupe les routes et bloque l'accès de l'aéroport, terrorise la capitale et la montagne avec son armée afin, dit-il, de «défendre son armement»;
  • s'octroie le droit de déclencher une guerre qui a coûté au pays des milliers de morts et blessés ainsi que des destructions considérables;
  • refuse d'essayer de libérer les fermes de Chebaa à travers la diplomatie, mais tient à le faire par les armes, alors qu'il n'accepte de discuter de son armement qu'à travers le Comité national de dialogue qui pourtant n'ose pas aborder le sujet;
  • réclame l'abolition du confessionnalisme politique dans le seul but (inavoué) de faire appliquer la loi du nombre, contredisant de manière flagrante les fondements de la démocratie consensuelle;
  • s'adresse aux citoyens en brandissant un doigt menaçant, genre: «Utilisez votre propre jugement et faites ce que je vous dis.»
Tant que tout cela existe, les trois ingrédients de la stabilité seront absents, et le Liban ne pourra jamais arrêter l'émigration de ses citoyens, ni attirer les investissements nécessaires à son développement et à la création d'emplois pour tous ses fils. Ces dernières années, par exemple, beaucoup d'investisseurs libanais, arabes et étrangers ont renoncé à établir au Liban des industries demandant des déboursements importants et se sont implantés ailleurs dans la région, à cause du manque de stabilité dans le pays. Il y a même eu des cas de sociétés libanaises qui ont transféré leurs usines hors du Liban, toujours pour les mêmes raisons.
Le Hezbollah, qui a à son actif des faits d'armes louables face à l'occupation israélienne jusqu'en 2000, n'a pourtant pas pu se débarrasser de son carcan sectaire et prétendre au statut de résistance nationale qu'une fois cautionné par le général Aoun, une aubaine inespérée qui lui a donné une certaine couverture chrétienne, occasionnant du même coup un clivage chiite-chrétien/sunnite-chrétien dont le pays n'a cessé de pâtir depuis 2005. Cela explique l'accueil triomphal qui lui a été réservé en Syrie récemment.
Pour mieux comprendre la vision du général Aoun, il lui est demandé de répondre aux questions suivantes :
  • Pour ouvrir une nouvelle page avec le régime syrien, ne faut-il pas que ce pays-frère coopère avec l'État libanais afin de résoudre les principaux problèmes en suspens, notamment la reconnaissance officielle de la libanité des fermes de Chebaa, le tracé des frontières entre les deux pays, le sort des Libanais détenus en Syrie (dont les militaires qui étaient sous les ordres du général le 13 octobre 1990)?
  • Le général veut un Liban souverain. Si l'opposition prend le pouvoir en juin 2009, comment faire pour ne plus avoir un «État dans l'État», à moins que cet «État dans l'État» devienne lui-même l'État. Quels moyens aurait alors le général pour contenir les débordements de ses encombrants alliés?
  • Le général veut la laïcité du pouvoir. Le Hezb veut lui aussi abolir le confessionnalisme politique, mais pour le remplacer par la démocratie du nombre: «Que ceux qui sont les plus nombreux gouvernent», avait-il clamé à plus d'une occasion. Est-ce la volonté du général?
  • Le général veut remplacer la Constitution issue de l'accord de Taëf par une autre Loi fondamentale. Ne serait-il pas en train d'ouvrir la boîte de Pandore en pavant la voie au Hezb pour imposer ses très chers trois-tiers (chiites-chrétiens-autres musulmans) au lieu de la parité actuelle (musulmans-chrétiens)?
  • Le général veut combattre la corruption. Nul n'ignore que la corruption existe bel et bien, mais en faire son principal cheval de bataille ne ressemble-t-il pas à se soucier du haut taux de cholestérol d'un malade qui souffre d'un cancer généralisé? N'est-il pas prioritaire de lui sauver la vie avant de s'attaquer à son cholestérol? N'est-il pas indispensable de rétablir la stabilité dans le pays avant toute chose? À moins que ce soit une tactique démagogique préélectorale pour exciter les foules peu nanties? Au fait, afin que l'argument du général porte mieux, ne devrait-il pas, avant de demander des comptes aux autres (charité bien ordonnée commence par soi-même), commencer par présenter les comptes financiers de son gouvernement pour la période 1988-1990, et ce qu'il est advenu des impôts et des donations collectés à l'époque?
Le Liban est un petit pays. Comme tout petit pays, il doit pouvoir compter sur l'ordre international pour se protéger, car il a intérêt à éviter la politique des blocs pour s'épargner des conflits importés auxquels il ne peut faire face.Le Liban a choisi comme système de gouvernement la démocratie parlementaire. C'est un système idéal pour garantir les libertés civiles et politiques ainsi que le bon fonctionnement des institutions, mais il est plus vulnérable que d'autres systèmes aux vents hostiles soufflant de l'extérieur. D'autant plus que le Liban a pour voisins immédiats deux pays qui ne lui veulent pas du bien, jusqu'à nouvel ordre. À sa frontière sud, un ennemi juré qui n'a pas cessé de...
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