Se fondant sur une contraction du PIB mondial de 1,4 % cette année alors qu'elle attendait jusqu'à présent une croissance « modeste », l'AIE a réduit sa prévision de demande mondiale pétrolière de 1 million de barils par jour (mbj) par rapport au mois précédent, souligne son rapport mensuel.
La prévision pour 2009 est ainsi ramenée à 83,4 mbj, la plus faible depuis 2004. Selon l'AIE, la demande mondiale enregistrerait ainsi sur un an un recul de 2,8 % « proche » des niveaux de baisse du début des années 1980.
Le recul devrait être particulièrement marqué en Asie et en Europe. « Le marché asiatique est touché par le déclin de ses exportations industrielles », a indiqué à l'AFP David Fyfe, chef économiste à l'AIE. Quant à l'Europe, ajoute-t-il, elle fait à la fois face « à une baisse de l'utilisation du parc automobile et à une contraction de l'usage industriel du pétrole ».
La Chine n'est pas épargnée. Sur les mois de janvier et février, la demande en pétrole y a baissé de 6,9 % par rapport à la même période en 2008, fournissant de « nouvelles preuves » du ralentissement économique dans le pays malgré une croissance soutenue, indique le rapport. Selon M. Fyfe, la demande chinoise sur l'ensemble de l'année devrait même se contracter par rapport à 2008, ce qui constituerait une première depuis 1990.
Commentant les plans de relance pris au niveau mondial, M. Fyfe juge qu'ils ont « le potentiel de stimuler la demande en pétrole dans le futur », ajoutant toutefois que « la question est de savoir quand cet impact se fera sentir ».
Selon M. Fyfe, le « scénario de travail » de l'AIE table sur une reprise de la demande en 2010, mais « l'incertitude concernant la situation économique reste profonde ».
Dans son rapport, l'agence rappelle que le cours du brut a récemment dépassé les 50 dollars le baril « pour la première fois en quatre mois », tout en soulignant que la faible demande devrait limiter les mouvements à la hausse.
« Étant donné l'amplitude de la récession, des prix stables autour de 40, 50 dollars sont sans doute une bonne chose », a estimé M. Fyfe, ajoutant toutefois que « sur le plus long terme, les prix devront probablement augmenter pour générer de nouveaux investissements ».
« Si les entreprises sabrent leurs dépenses dans les prochaines années, il y a un danger que la production pétrolière ait du mal à suivre la demande » au moment de la reprise économique, s'inquiète M. Fyfe, évoquant le risque d'« une crise de l'offre ».
Dans son rapport mensuel, l'AIE note que la production de brut a baissé de 400 000 bj entre février et mars, à 83,4 mbj, soulignant notamment que la production des pays de l'OPEP a atteint en mars « son plus bas niveau depuis cinq ans », à 27,8 mbj.
M. Fyfe prédit d'ailleurs un possible « débat » au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) lors du prochain sommet le 28 mai à Vienne. « Certains membres pourraient réclamer de nouvelles baisses de production » alors que d'autres pourraient faire valoir qu'il faut d'abord « mieux appliquer » les réductions existantes.
Fin 2008, l'OPEP s'est engagée à réduire de 4,2 mbj son offre et a décidé en mars de maintenir son plafond de production à 24,84 mbj.
L'AIE représente les intérêts énergétiques des 30 membres de l'OCDE, essentiellement des pays industrialisés.

