Elle doit encore être autorisée par le Bafin, le gendarme financier allemand, puis elle devrait courir sur deux semaines. L'opération pourrait être bouclée en mai.
En proposant 1,39 euro par action, l'État offre une prime de 10 % par rapport au prix minimum légal.
« C'est une offre très honnête » a réagi Christoph Schalast, professeur à la School of Finance de Francfort (Ouest) et spécialiste du droit des fusions-acquisitions. « L'État veut clairement signifier qu'il veut éviter une expropriation », selon lui.
La loi de nationalisation permet en effet à l'État de procéder à l'expropriation des actionnaires récalcitrants jusqu'au 30 juin.
L'investisseur américain Christopher Flowers, principal actionnaire actuel de HRE avec près de 22 % des parts, a promis d' « étudier » l'offre de l'État, selon un porte-parole de ce dernier joint par l'AFP. Mais sa préférence est de rester dans le capital, « comme avant ».
L'État détient déjà 8,7 % des parts depuis fin mars. Il veut s'emparer de l'ensemble des parts restantes, pour lesquelles il déboursera 290 millions d'euros, soit à peine moins que la capitalisation boursière actuelle de la banque (291 millions d'euros).
La nationalisation de HRE est jugée incontournable par l'État, qui redoute en cas de faillite un cataclysme financier, un « Lehman Brothers à l'allemande ».
« Hypo Real Estate n'est pas comparable à Lehman Brothers par sa taille. Mais de par ses activités de financement d'infrastructures et de crédit aux collectivités locales, elle est très implantée dans le paysage bancaire allemand », explique M. Schalast.
Par ailleurs, l'Institut de Munich (Sud) est l'un des principaux acteurs du marché des « Pfandbriefe », des obligations hypothécaires très prisées dans le financement de projets immobiliers car réputées comme sûres.
« Une faillite provoquerait un choc psychologique très fort dans ce secteur, qui n'a jamais connu un défaut de paiement », rappelle le professeur.
Fondée en 2003, HRE avait mené une stratégie de croissance tambour battant qui avait culminé par l'acquisition de la banque germano-irlandaise Depfa, spécialiste du crédit aux collectivités locales.
Depfa avait pris le risque de refinancer à court terme des placements à long terme. Avec la crise, ce système s'est écroulé et les déboires de la filiale sont brutalement retombés sur la maison mère.
Selon des analystes, le risque de défaut de paiement de HRE s'élèverait à 235 milliards d'euros, alors que l'établissement a déjà obtenu 102 milliards de garanties, publiques pour la plupart.
Lors de la grande dépression des années 1930, des instituts de crédit allemands avaient été nationalisés, notamment Commerzbank, un mouvement qui avait été poursuivi sous le régime nazi.
Pourtant, une comparaison avec ce qui arrive à Hypo Real Estate « n'a pas de sens », selon M. Schalast. « La loi de nationalisation est issue d'un processus démocratique, elle n'obéit à aucune idéologie. C'est une loi taillée pour une seule banque. Personne en Allemagne ne veut d'un système bancaire étatique », a-t-il martelé.

