Exemple de ces petits gestes qui en disent long sur les bonnes (et, pour l'heure, cachées) intentions : « Il serait malavisé de la part d'Israël d'attaquer la République islamique », vient de déclarer, dans une interview à CNN, le vice-président Joe Biden, en un clair avertissement à Benjamin Netanyahu. Réponse, quelques heures plus tard, de Mahmoud Ahmadinejad : « Le chef de l'Exécutif américain a reconnu récemment que nous avions droit à la technologie nucléaire à des fins pacifiques, mais pas à la bombe. Or nous n'avons jamais cherché à avoir celle-ci. » Puis, cette petite phrase lourde de sous-entendus : « Vous nous avez tendu la main. Si vous êtes sincère, votre offre est la bienvenue. » On le voit, les rails ainsi posés, il reste au train à les emprunter, dût-il être un tortillard peinant dans les côtes.
Que d'un côté comme de l'autre on se montre circonspect à la veille de cette presque réconciliation s'explique par un précédent malheureux. Au printemps de 2003, un diplomate iranien de haut rang, Sadegh Kharazi, faisait parvenir au département d'État un message indiquant que tout, du programme d'armement aux rapports avec Israël en passant par l'adoption de l'initiative de paix du sommet arabe de Beyrouth en 2002, pouvait constituer matière à discussion. Il était évident, au vu de ses liens avec le régime, que l'homme n'agissait pas de son propre chef. Il représentait alors son pays en France et était le neveu du ministre des Affaires étrangères de l'époque, Kamal Kharazi, proche de l'ayatollah Ali Khamenei. Par la suite, il avait été relayé par Mohammad Javad Zarif, représentant permanent aux Nations unies. Mais l'administration républicaine ne voulait rien entendre, préférant œuvrer à un changement de régime. Lequel devait se produire cinq ans plus tard... à Washington. Entre-temps, les mollahs avaient durci leur attitude, notamment après l'élection, en 2005, d'un ultraconservateur.
Il a fallu attendre Hillary Clinton pour avoir droit à la révélation du dialogue engagé à La Haye, où se tenait la conférence sur l'Afghanistan, entre Richard Holbrooke et Mohammad Mahdi Akhoundzadeh. Encore ne portait-il que sur le cas, humain, de trois ressortissants disparus en Iran : l'ex-agent du FBI Robert Levinson et deux participantes à la campagne du « million de signatures », Roxana Saberi et Esha Momeni. Une rupture des liens avec le Hamas et le Hezbollah tout comme un arrêt de la construction d'usines de production d'uranium enrichi paraît, en l'état actuel, hautement improbable. D'autant plus qu'en regard, les trois principales revendications ne semblent pas avoir été avancées comme monnaie d'échange, soit la libération des avoirs gelés par les USA, l'abolition de l'embargo sur les échanges commerciaux, enfin la levée des trois séries de sanctions décrétées par le Conseil de sécurité de l'ONU. Notre rôle, dit-on aujourd'hui à Téhéran, est essentiel à Bagdad comme à Kaboul, dans le Golfe comme au Machrek. Ce ne sont pas les Américains qui prétendraient le contraire. Mais plus que tout, les héritiers de Khomeyni demandent à être reconnus comme interlocuteurs valables sur la scène mondiale, qu'il s'agisse du Proche ou du Moyen-Orient, et surtout qu'il leur soit montré le respect auquel ils estiment avoir droit. C'est chose faite, en partie du moins, depuis l'élection d'Obama, lequel a préféré, simple exemple, ne pas répondre aux rodomontades qui ont fleuri à l'occasion du récent essai d'une fusée à longue portée.
On peut en déduire qu'elle est révolue, l'époque de la carotte et du bâton chère au cœur des précédentes administrations américaines. Non, les concurrents ne sont pas encore sur la ligne du « nouveau départ » évoqué il y a deux semaines par la Maison-Blanche. Mais il faut croire que la séance d'échauffement est en cours.

