Pékin prévoit 4 000 milliards de yuans de dépenses en 2009-2010, dont 1 186 milliards seront apportés directement par le gouvernement, le reste émanant des entreprises, notamment d'État, et des collectivités locales.
Les compagnies étrangères tablent sur ces dépenses tous azimuts, comptant prendre une part du marché.
Une dizaine de grands patrons français, sous la houlette de l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, ont ainsi fait « passer le message qu'ils souhaitent participer au plan de relance chinois », lors d'entretiens avec de hauts responsables chinois cette semaine à Pékin, selon M. Raffarin.
Cependant, « la signification du plan pour nous n'est pas encore très claire », soulignait hier Jean-Pierre Duprieu, vice-président du groupe de gaz industriels et médicaux Air Liquide.
Les mieux placées devraient être les sociétés implantées de longue date : « Il y aura des opportunités mais pas pour les "touristes" », relève Charles-Edouard Bouée, qui dirige le cabinet de conseil Roland Berger en Chine.
« Beaucoup d'argent va être investi dans des projets et des provinces spécifiques. Tout dépendra en fait de l'intégration des acteurs dans le tissu local », ajoute-t-il.
Cela pourrait être une bonne chose pour les européens Alstom, Siemens, Schneider ou Lafarge notamment et autres compagnies présentes dans les infrastructures. Car celles-ci « dominent clairement » dans le plan de relance, « lourd en projets d'infrastructure, des routes, aéroports et chemins de fer, aux projets de fourniture d'électricité ou d'eau », souligne Moody's Economy.com.
« Dans les infrastructures bien sûr, tous sont intéressés », relève Joerg Wuttke, président de la Chambre de commerce européenne et patron de BASF en Chine.
« Nous espérons aussi tous des retombées. Mais celles-ci varieront selon les secteurs et des pourcentages de "contenu local" obligatoire », ajoute-t-il.
Certains entrepreneurs estiment pouvoir apporter à la Chine ce qu'elle souhaite, notamment dans le domaine de l'environnement, de l'énergie propre, du développement durable.
Lors d'un colloque franco-chinois mercredi, le président du fabricant de matériel électrique Schneider Electric, Jean-Pascal Tricoire, a insisté sur les réalisations de son groupe en matière d'économie d'énergie : « Notre technologie peut permettre jusqu'à 30 % d'économie. »
Mais Joerg Wuttke manifeste des inquiétudes quant aux contreparties que la Chine pourrait exiger : « La Chine a le marché, l'argent, les cerveaux. Pourquoi faire profiter les étrangers ? La crainte est qu'ils demandent encore davantage de transferts technologiques, mais nous espérons que la compétition sera juste. » « Nous sommes aussi inquiets quant à certaines spécifications qui pourraient disqualifier les étrangers », ajoute-t-il.
Même sans cela, « la compétition va être extrêmement rude », en raison des approches différentes entre Chinois et étrangers, souligne M. Bouée.
Les firmes chinoises, explique-t-il, ont déjà entrepris de nouer des alliances ou bâtir des consortiums, pour aller attraper les investissements futurs avec une proposition commune.
Face à ces partenariats, pouvant englober des sociétés ayant « puissance de feu et de lobbying », « vous pouvez être le meilleur en aval, cela sera plus dur pour vous. Que vous soyez étrangers ou chinois d'ailleurs ».
Or, souligne-t-il, les étrangers ne sont pas coutumiers d'une telle « agilité tactique » avec des mouvements très rapides, qui peuvent aller jusqu'à des fusions et acquisitions.

