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Moyen Orient et Monde

Les limites du bonapartisme

De David RIEFF*
Après quatre décennies, la France vient de retrouver sa place au sein du commandement militaire intégré de l'OTAN. D'un seul geste, le président Nicolas Sarkozy a renversé l'un des piliers de la politique française - et par là l'un des piliers de l'héritage de Charles de Gaulle, le fondateur du parti politique auquel appartient Sarkozy.
La décision prise par le président français s'inscrit dans le droit-fil de la manière dont il gouverne depuis son élection en 2007. Qu'il s'agisse de la réforme du système juridique, de la réforme de la carte administrative, de la proposition d'une nouvelle alliance des pays de la Méditerranée ou de la volonté apparente de mettre fin à la politique ambiguë d'alignement et en même temps de non-alignement avec les États-Unis, Sarkozy fait preuve d'une ambition indiscutable.
Le problème tient au fait qu'un nombre trop important de décisions prises par le président français se sont révélées être purement symboliques, comme le projet calamiteux d'Union méditerranéenne ; ou comme la réforme de la carte judiciaire, mal conçue et à laquelle s'oppose la quasi-totalité de la profession judiciaire et légale ; ou servant ouvertement ses intérêts, comme la réforme administrative qui prévoit comme par hasard d'abolir uniquement les administrations régionales et les départements contrôlés par l'opposition socialiste.
Plusieurs membres UMP du gouvernement critiquent de plus en plus ouvertement sa manière d'agir. En effet, au lieu de laisser une marge de manœuvre sérieuse dans le processus décisionnaire à son Premier ministre François Fillon ou à son gouvernement, Sarkozy et ses conseillers du palais de l'Élysée se sont arrogé quasiment tous les pouvoirs.
Il ne fait aucun doute pour les observateurs informés que Jean-David Levitte, le conseiller diplomatique de Sarkozy, a bien plus d'influence que le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. De même, pour ce qui est de la politique intérieure, Michèle Alliot-Marie, la ministre de l'Intérieur, n'a pas le même pouvoir auprès du président de la République que le secrétaire général de l'Élysée Claude Guéant, qui fait partie depuis longtemps de l'équipe de Nicolas Sarkozy.
Malgré les habitudes autoritaires de De Gaulle ou de François Mitterrand, la personnalisation de la présidence par Sarkozy est sans précédent dans l'histoire de la Ve République. Sarkozy ne cache pas son mépris pour les membres de son propre parti, en invitant des socialistes comme Kouchner et Rama Yade, la jeune secrétaire d'État aux Affaires étrangères, à participer à son gouvernement ou en nommant des politiciens socialistes en retraite, comme l'ancien Premier ministre Michel Rocard, à la tête de commissions nationales et comme ambassadeur chargé des négociations sur les pôles. Sarkozy peut bien sûr se permettre de snober son parti, compte tenu de la débâcle totale de l'opposition socialiste, qui perdra très probablement l'élection présidentielle de 2012.
Si Sarkozy gouvernait de manière efficace, ses écarts politiques et institutionnels pourraient être perçus comme une bouffée d'air frais dans une société dont les institutions semblent de plus en plus mal adaptées face aux défis posés par une société pluriethnique et postindustrielle (même si la France dirigiste a su mieux préserver sa base industrielle que beaucoup d'autres économies avancées). C'est d'ailleurs ainsi qu'il était perçu par beaucoup lors de la campagne présidentielle. Malgré une orientation politique différente, Sarkozy devait être pour la France ce que fut Margaret Thatcher pour la Grande-Bretagne : quelqu'un qui sortirait le pays de l'impasse en conservant les meilleurs aspects du dirigisme, tout en permettant aux entrepreneurs de se développer, en réduisant la criminalité et en réformant l'éducation.
Mais Sarkozy n'a pas gouverné de manière efficace, comme le montrent sans l'ombre d'un doute les nombreux sondages d'opinion et la désillusion de son propre parti. Le côté maniaque de sa présidence - avec le lancement d'une initiative après l'autre, chacune étant la solution transformative du problème existant, et toute opposition dénoncée comme étant mensonges, mauvaise foi et lâcheté - a fait long feu.
Sur un certain nombre de questions, notamment les salaires, l'assouplissement des conditions de l'emploi, et les réformes de la carte judiciaire et de l'éducation, les projets annoncés en fanfare ont dû être suspendus ou abandonnés. Sarkozy en a fait porter presque à chaque fois la responsabilité au ministre concerné pour ensuite passer au prochain sujet qui l'intéresse. Parallèlement, il nourrit sans relâche son obsession à être le centre d'attention quotidien des médias, aussi futile que soit le prétexte. Il s'est même montré sur les lieux de crimes - pas dans le cadre d'émeutes urbaines, mais de crimes passionnels où aucune raison ne pouvait justifier la présence du président de la République.
Compte tenu de la situation déplorable de l'opposition socialiste, il est difficile d'imaginer le prix qu'aura peut-être à payer Sarkozy pour le bilan de son mandat. Mais son style de gouvernement - d'ailleurs plus proche d'une campagne électorale que d'une action gouvernementale - garantit en fait que rien d'important ne sera accompli.
Lors d'une récente conférence de presse, le président américain Barack Obama faisait remarquer qu'il n'était pas enclin à commenter à chaud des questions de grande importance avant d'être absolument certain de savoir de quoi il retournait et d'avoir pu se forger une opinion sur la question. Beaucoup de Français seraient ravis que Sarkozy fasse preuve d'une discipline similaire. Mais au vu de son tempérament, cela restera sans doute un vœu pieux. Cette administration en laquelle un nombre élevé de personnes plaçaient de grands espoirs est donc aujourd'hui vouée à sombrer dans l'inefficacité et la démagogie.

© Project Syndicate, 2009.
Traduit de l'anglais par Julia Gallin
Après quatre décennies, la France vient de retrouver sa place au sein du commandement militaire intégré de l'OTAN. D'un seul geste, le président Nicolas Sarkozy a renversé l'un des piliers de la politique française - et par là l'un des piliers de l'héritage de Charles de Gaulle, le fondateur du parti politique auquel appartient Sarkozy.La décision prise par le président français s'inscrit dans le droit-fil de la manière dont il gouverne depuis son élection en 2007. Qu'il s'agisse de la réforme du système juridique, de la réforme de la carte administrative, de la proposition d'une nouvelle alliance des pays de la Méditerranée ou de la volonté apparente de mettre fin à la politique ambiguë...
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